18 juillet 2008

Thucydide en préambule et cocaïne en aparté

Cet article mesure un demi-kilomètre. Une ligne droite de 2'500 ans. De l'Acropole à la rue Menandrou.

ATHENES Au siècle de Périclès, Athènes imposait sa supériorité militaire (entre deux tourniquets de cartes postales, une tenue complète de soldat athénien), politique (la Constitution européenne cite Thucydide en préambule), économique et culturelle.

CaféKlepsydra.JPGAvant toute chose donc, se faire prendre en photo sur l'Acropole (fâcheux, quel que soit le décor - Mont Lycabette ou golfe de Salonique - il y a toujours sur le champ un épais smog, ce satané “nefos”). Redescendre ensuite vers le quartier épicurien de Plaka – ruelles pavées, façades de couleurs chaudes, verdure et toits en tuile – prendre le temps au café Klepsydra (photo) et commander un café turc (on l'appelle ici “café grec”, mais c'est kif-kif).

Au bout de la rue Dioscure, un couple se demande s'il a déjà visité l'Agora romain. Elle sort le guide et dit que oui. Le couple s'en va donc flâner de boutique en boutique, de souvenirs en souvenirs: best-seller illustré La vie amoureuse des Grecs anciens, écharpe des supporters du Panathinaikos (il fait 37 degrés), plages ensoleillées peintes sur des “fridge magnet”, boules en verre pour enneiger l'Acropole (...se souvenir alors de la différence entre “la situation est grave, mais pas désespérée” et “la situation est désespérée, mais c'est pas grave”, ou fermer boutique).

Passer devant l'étonnante Bibliothèque d'Hadrien, une mosquée séculaire aménagée en Musée de la céramique, un conteneur éducatif pour l'art du recyclage alu-plastique-papier, la station de métro Monastiki (devenue carrefour de deux lignes grâce au JO 2004), des tables de restaurants alignées comme des transats, des cerises à cinq euros le kilo et des simit turc (ces pains circulaires au sésame s'appellent ici koulouri, mais c'est kif-kif).

Gagner ensuite le quartier de Psiri et changer d'ambiance. Dans la rue Miaouli, cafés à narguilé, bars gay, lounges branchés et clubs alernatifs (les graffitis et les coiffures excentriques sont une fête pour les yeux de celui qui vient du sud). Des affiches annoncent une manifestation le 12 sur la place Syntagma contre la montée des prix (ils ont flambé ici cinq fois plus qu'en Europe), un débat le 14 sur la place Kaniggos sur le sort des immigrés et la venue des Sex Pistols le 16 au stade Karaiskaki (55 euros le billet, pas très punk).

RueMenandrou.JPGPoursuivre, toujours plein nord, rue Aristophane, pour se fondre ensuite dans la cohue bigarée de la rue Menandrou (photo) entre nounous albanaises, Nigériens revendeurs de sacs à main, Chinois affairés sous des enseignes d'import-export, marchands de dévédés de Bolywood, barbu en shalwar kamiz au “Lahore market”, parieurs fixant nerveusement des tours de passe-passe, jeunes faméliques, lignes de cocaïne et policiers aux épaules triangulaires pour fendre la foule comme jadis Moïse au milieu des eaux, l'émerveillement en moins...

De l'Acropole à la rue Menandrou, de l'Âge d'Or à la flamboyante globalisation, un demi-kilomètre, cinq rues, 2'500 ans d'histoire et une fin sordide. Il faut relire La Vie amoureuse des Grecs anciens.

18:20 Publié dans l Grèce | Lien permanent | Commentaires (4)

14 juillet 2008

La Grande Bleue

CartesKolofana.JPGChez Yannis, l'ouzo est servi large, sans eau et avec une cuillère de myzithra, fromage maison. Quatre acolytes y tapent le carton. Celui de gauche tapote du doigt sur la table. Il a un sacré bon jeu. Aplati sur sa chaise, celui qui tourne le dos est et restera tout à fait immobile. À droite, celui au visage sec est un mauvais perdant doublé d'un tricheur. Le dernier me lance souvent des clins d'oeil. Aux murs du café, une carte du monde et une affiche du Grand Bleu. Ce dernier avait été tourné ici, au milieu de la mer Égée, sur l'île la plus orientale des Cyclades, celle d'Amorgos.

AMORGOS Yannis est du genre bavard même s'il a les rides d'un grand silencieux. De larges mains, du sel dans les cheveux et de l'azur plein les yeux. Aucun doute, il vit sur l'île à l'année (ils sont moins de 2'000). Yannis est surtout du genre à offrir quelques bons morceaux de mouton à celui qui commande une indigne petite salade grecque. La tournée du patron! Du folklore dans le transistor. On y resterait toute une vie...  s'il n'y avait plus urgent.

Homme&âne.Lagadha.JPGCar il s'agissait en réalité de retrouver ici les quatre moulins à vent visités il y a une dizaine d'années avec un ami. Les recherches commencent au Cap Xodotos, au nord-est de l'île, au petit matin. On l'atteint depuis le village de Lagada, un labyrinthe de murs épais et de marches polies par le temps sur lesquelles on a peint de larges fleurs blanches. Certains portiques sont encore plafonnés de bois. Tous les patios sont garnis de fleurs. Explosion de bougainvilliers. Pas un angle. Que des courbes douces. À la sortie du village, VillageTholaria.JPGun peintre profite de l'aube pour rafraîchir une maison à grands coups de pinceau. Du blanc. Le second être humain se rencontre sur un sentier bordé d'un muret de pierre. Il voyage en âne. Me tournant magistralement le dos, il a vue sur le village de Tholaria (photo de droite), un amas de cubes blancs. Bientôt, deux églises isolées, puis le Mont Kroukellos (821 m), le point le plus haut de l'île... mais pas de moulins.

IleNikouria.JPGTraverser ainsi l'île, de long en large, passer devant l'île Nikouria (photo), devant le village de Chora (photo ci-dessous), invisible depuis la mer. Un spectacle aveuglant – de l'eau métallique que gravent des bourrasques de vent, ces fameux meltèmes sur lesquels jouent les mouettes de l'Égée – "le vent qui passe à travers la montagne me rendra fou" - des nuages grimpent sur les crêtes pour mieux sauter dans le vide - des hameaux ne comptent que deux maisons... mais nulle trace des moulins.

Chora.JPG

ÉgliseStavros.CapXhodoto.JPGEncore et toujours des églises, des lieux saints comme des remparts contre les tueries et les pillages des pirates, des autels qui n'ont pas empêché l'invasion des Turcs en 1537 et des Russes en 1770, mais ont permis de célébrer le rattachement de l'île à la toute nouvelle Grèce en 1832. Aujourd'huiMonastereChozoviotissa.JPG, le fléau est davantage démographique : on abandonne les terres et les villages. Comme remède, l'île a introduit la culture du touriste, une race non indigène qui se fait pourtant très bien au climat. On les trouve principalement dans les quartiers résidentiels des deux villes portuaires : Katapola (et sa plage nudiste) et Aighiali (la deuxième station essence de l'île).

CapKalotaritisa.JPGAu sud-ouest de l'île, à Kato Meria, en plus des oliviers et de la vigne cultivés sur terrasses (les "chtia"), on trouve des champs de blé ponctués de maisons éparpillées au pied de l'Aspro Vouno ("Mont Blanc"), puis déjà le Cap Kalotaritisa... mais toujours pas les moulins en question. Qu'importe. Deux fois qu'importe :

BaieMastichia.JPG

"J'étais heureux d'être un homme, un homme et un Grec, et je pouvais ainsi, sans l'intervention déformante de la pensée abstraite, d'instinct, ressentir l'Égée comme mienne, l'héritage de mes ancêtres, et voguer parmi les îles, de bonheur en bonheur, sans sortir des frontières de mon âme..."

                                             Nikos Kazantzakis, Lettre au Greco.

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12 juillet 2008

Excursion au Moyen-Orient & Incursion en Europe

MosqueeKos.JPGSur l'île grecque de Kos, à une quinzaine de kilomètres de la côte turque, au pied d'une mosquée recyclée (convertie) en débit de boissons, bijoux et souvenirs, un voyagiste vend des excursions d'un jour à Bodrum, en Turquie : “à 20 minutes de bateau de Kos, Bodrum vous offrira un goût de Moyen-Orient : ses rues étroites, ses maisons traditionnelles et ses bazars. Ne manquez pas l'occasion de sentir l'athmosphère de l'Orient et de goûter au fameux döner kebab !”.

PropagandeTurquie.JPGKOS-BODRUM Le business fonctionne, les amateurs sont légion et sur le port de Kos, cinq embarcations amarées côte à côte vendent de la Turquie à la demi journée.

De retour d'une virée à Bodrum, des vacanciers se plaignent toutefois de l'heure d'attente passée au poste de douane grec...

On est trop loin pour entendre les plaintes des Turcs de Bodrum : pour visiter l'ile de Kos, ces derniers doivent se rendre au Consulat d'Izmir, déposer une importante Kos-Bodrum.JPGsomme d'argent et patienter quelques semaines pour se voir souvent refuser un visa touristique grec... Ainsi lit-on dans l'Athens News du 11 juillet que, selon le Ministère grec de l'Intérieur, 112'000 clandestins en provenance de Turquie ont été arrêtés en Grèce en 2007. Entre 2002 et 2007, l'immigration illégale aurait augmenté de 93% et le nombre de requérents d'asile de 461%.

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