19 mai 2010

L'âme voyage à la vitesse du chameau

ejaf1.jpgUn vol Lufthansa pour Sarajevo. Un rêve jailli du siècle passé. Juste une ligne sur le panneau des départs. Ligne rouge, vol annulé. Satanée éruption du volcan Eyjafjöll, bye-bye Sarajevo.

Ne pas perdre la face, improviser un road trip éclair en direction du sud, ­saluer la dent de Morcles, une pensée pour celle qui vit à Orsières, une pensée pour ­celui qui vit à Liddes, s'enfiler dans un tunnel, ressortir en Italie, perdre de ­l'altitude, traverser les rizières du Piémont, apercevoir la mer à Gênes, se baigner près de Bibonna, embarquer à Piombino, en ­fumer une sur le ferry et débarquer sur l'île d'Elbe.

Eyjafjöll, merci, c'est beau, un voyage au raz du sol.

Au volant, penser à celui qui n'a pu être ­expulsé vers le Nigeria, forcé de prolonger son exil en terre inhospitalière, en Suisse. Penser aux avocats d'affaires londoniens qui ont offert 114'000 euros à qui les amènerait à Paris en jet privé. Au fleuriste fâché de n'avoir reçu ses orchidées ­thaïlandaises. A la tranquillité retrouvée de la place Jemâa el-Fna, à Marrakech. Aux voisins de l'aéroport de Cointrin qui ont connu une semaine de sommeil inespéré.

Sur le ferry, lever les yeux au ciel, me laisser surprendre par une surface vierge, toute bleue, ce ciel qui n'est plus une autoroute (et regretter de n'avoir connu les dimanches sans voiture de 1973).

Sur l'île d'Elbe, promener mon index sur une carte au 1:25 000 et me souvenir d'avoir un jour rejoint Vladivostok par le rail, ­Kashgar par la route du Taklamakan, ­Kandahar en minibus public, Dubaï en ferry, Sanaa en jeep, Djibouti en barque, ­Addis-Abeba en train, Ngirme en dromadaire, Tamanrasset en camion. Sans ces oiseaux migrateurs de malheur. Sans avion...

Me voilà aujourd'hui au rang de ceux qui ont des «semaines de vacances». Où partir cet été? L'Indonésie? Trop touristique! Peut-être Madagascar, mais ne pleut-il pas l'été? New York? En Grèce, les prix ont chuté...

Et si... Et si on le faisait pour de bon! Un an! Un an sans avion! Comme pour se prouver qu'on n'est pas accro! Ou mieux : si on prenait le bateau pour ­rendre visite à ce bon vieux Eyjafjöll !

14 avril 2010

Nouveauté n'est pas modernité

Official-Movie-Poster-for-Tim-Burton-s-Alice-In-Wonderland-HQ-alice-in-wonderland-2009-8993099-691-1024.jpgNe faisant partie du million de Suisses à avoir consommé l’Avatar de James Cameron, je me suis racheté avec l’Alice au pays des merveilles de Tim Burton, puis ai regretté de n’être pas allé voir un muet, ça m’aurait plus parlé, ou un monochrome, il aurait eu davantage de profondeur. A l’avenir, lorsque je voudrai voir des êtres en trois dimensions avec une atmosphère sonore réaliste, j’irai au théâtre.

Car les trois «d» de ce prétendu nouveau cinéma riment avec «dépense excessive» (22 francs la séance !), «douleurs oculaires» (et pas moyen d’embrasser qui que ce soit avec ces satanées lunettes…) et «désillusion».

Ce n’est pas le coup de gueule d’un passéiste. Je crois en la modernité, mais ne veux en être l’esclave. Surtout s’il s’agit d’un avatar trompeur de modernité.

Car la modernité, c’est avant tout du sens. Qu’Alice ait coûté 200 millions de dollars m’importe peu, pourvu que ces moyens soient mis au service d’une intention artistique ; fond et forme sont indissociables. Si le scénario est pauvre, la forme, aussi innovante soit-elle, ne peut qu’être gadget, régression technologiste. Rien ne sert de planquer derrière un support 3D un film sans épaisseur.

La modernité, c’est aussi de la création. Et force est d’admettre qu’Alice est une régression artistique après Edward aux mains d'argent ou L'étrange Noël de Monsieur Jack. Le dernier Burton repose sur une histoire mal recyclée, binaire, prévisible, presque intelligible, qui se dilue au final dans une morale marchande : Alice rompt avec l’imaginaire pour s’engager dans le monde… de l’entreprise !

La modernité, c’est enfin une évolution dans les consciences. Or il est improbable qu’Alice révolutionne l’histoire du cinéma. Il y a eu le son, la couleur, le numérique et maintenant la 3D, mais ce seront toujours les réalisateurs, les scénaristes et les acteurs qui feront avancer le cinéma. Pas les supports.

Juste avant d’écrire ce billet, j’étais en compagnie du vieux Godard et de son Pierrot le Fou (1965), un trésor inaltérable d’émotions et de modernité : dialogues avec le spectateur, collages, diversité des genres, imprévisibilité du scénario… A sa sortie, Pierrot le Fou fut interdit aux moins de 18 ans pour «anarchisme intellectuel et moral». La modernité, c’est peut être aussi cette quatrième dimension-là.

17 mars 2010

L’arabe, ce moteur à deux temps

Le «temps», c’est trois colonnes dans le Petit Robert, mais qu’un seul mot.

Les arabophones, eux, lui en consacrent deux : «waqt», le temps du sablier, celui des secondes et des années, et «zamân», un temps sans début ni fin qui dépasse la vie humaine et lui donne tout son sens. Ainsi prennent-ils peut-être mieux conscience que le «waqt» s’est emballé, qu’il a rompu avec le «zamân». L’homme moderne végète volontiers lorsqu’il faut agir et se précipite lorsqu’il faudrait attendre : bienvenu dans la dictature du temps court, la tyrannie du «waqt» !

Dali.jpgLa langue arabe aide à mieux saisir les précipitations de l’Histoire, les rendez-vous manqués et les somnolences du monde de l’après-11 septembre, l’invasion quasi instantanée de certains pays «non alignés», le synchronisme (et l’uniformisation!) des informations livrées sur la Toile, l’extrême précarité des places boursières, les décisions présidentielles ajustées à la taille des mandats, la sacro-sainte «actu» des médias, la lutte contre le vieillissement biologique, l’alternance des vacances oisives et des burn-out carabinés , le temps qui est de l’argent, etc.

Aujourd’hui, la vitesse du «waqt» dépasse les limites de l’entendement. Voilà pourquoi le monde moderne peut sans sourciller poursuivre sa route, avec un pied dans le Moyen-âge (exploitation des mineurs, trafic proxénète, SDF, esclavage clandestin) et un autre dans le XXIème siècle (Nobel de médecine, technologie guerrière, Exposition universelle, Mars nous voilà !).

Se reposer, c’est mourir, alors l’homme préfère tuer le temps en d’insignifiantes occupations jusqu’à l’âge (lui aussi précaire) de la retraite, pour regretter alors de s’être ainsi fourvoyé dans le «waqt», alors qu’il aurait fallu gagner sa vie à perdre son temps, comme on dit, redonner du temps au temps, mais seule la proximité de la mort, dit-on, rétablit sa vraie valeur au temps.

Alors par les temps qui courent, peut-être faudrait-il oser vivre en avance sur son «waqt», rattraper le temps perdu et travailler à plein «zamân», oui, prendre du bon temps et retrouver le bon vieux «zamân».

10 février 2010

Uniformisez vos lieux de vie grâce à l’iPad d’Apple

Encore dernièrement ce fut le cas. Quel plaisir de trouver dans le salon d’un parfait inconnu un objet d’art aimé ! Comme une passerelle instantanée entre deux êtres. Sur une étagère étrangère, surprendre ainsi ce livre qui m’avait dénoué le cœur : Loin de Chandigarh de Tarun Tejpal. Parmi une pile de disques, cet album qui m’avait retourné les tripes : La Marmaille nue de Mano Solo. Et aux murs, des photographies, des tableaux, chacun son origine, son projet, son destin, son héritage, un passé qui ne demande qu’à être conté.

ipad_bookstore2.jpgChangement de décor. Ici, sur un meuble de verre, un ipod. Si ce baladeur numérique, pratique et ergonomique ne prend pas de place, il ne raconte aucune histoire. Vivaldi, NTM, Beyonce et Jacques Brel ont la même forme et la même couleur, celle d’un ipod sur un meuble de verre.

Là, au mur, un tableau industriel acheté à bon prix chez un détaillant de mobilier en kit suédois ; lui non plus n’a rien à dire. À côté de lui, des images numériques tournant en boucle dans un cadre impersonnel ; des souvenirs qui n’ont pas le temps de s’émouvoir.

Enfin, sur le sofa, un Kindle, un petit boitier blanc de 10 sur 20 centimètres qui permet de télécharger et lire sur un même écran des centaines de milliers de livres en format numérique…

Voilà pourquoi, quand le grand gourou de la firme Apple présentait la semaine dernière son iPad, le nouveau support pour livres et journaux électroniques, plus joli, plus sexy, plus trendy, plus cher, mais Ô combien plus révolutionnaire, je n’ai pas été submergé par la joie.

Car je suis un vieux con qui aime les livres écornés, annotés, usagé, ces objets uniques, ici une dédicace amicale, là un paragraphe souligné, des miettes de croissant, du sable de la plage de Préverenges, l’auréole d’un verre d’Humagne. Un vieux con qui refuse qu’on dématérialise la littérature, comme on l’a fait avec la musique et la photographie. Un vieux con qui aime le papier, le disque et la pellicule. Un vieux con qui aime lorgner les bibliothèques de ses hôtes, errer entre les rayons des bibliothèques publiques et vivre près de sa propre bibliothèque. Un vieux con qui ne veut pas d’un lieu de vie « dupplicable », téléchargeable, « what you see is what you get ». Un vieux con qui ne demande qu’à tourner la page, en croquant dans de véritables pommes.

26 janvier 2010

Haïti : les catastrophes naturelles n'existent pas

J’avais envie de questionner la guerre humanitaire déclarée à Haïti, la guerre des chiffres aussi, en temps réel, nombre de victimes et millions de dollars US.

J’avais envie de démystifier l’engagement massif du gendarme planétaire, décrire la peur d'une invasion d'immigrés haïtiens en Floride et la nécessité de faire mieux que les Républicains lors de l’ouragan Katrina.

J’avais envie de rappeler que 10'000 ONG galéraient déjà sur place avant la catastrophe, d’accuser la mission onusienne de surtout travailler pour sécuriser les étrangers qui font encore des affaires à Haïti, et puis donner la paroles aux manifestants qui ont défilé le 28 juillet 2009 à Port-au-Prince pour dénoncer l’occupation de leur pays.

J’avais envie de rappeler qu’en 2009, Haïti consacrait 79 millions de dollars au paiement de sa dette, plus du double de ce que l’état recevait pour faire fonctionner ses écoles, son système de santé et ses transports.

J’avais envie d’accuser un gouvernement inconscient, cupide et corrompu, évoquer les constructions anarchiques, l’absence de registre foncier, l’appropriation des terres par l'état et l’émigration rurale.


J’avais envie de rappeler que si depuis dix ans, plus de 4 milliards de dollars ont été consacrés à la reconstruction de sites détruits par les ouragans, les inondations et les glissements de terrain, Haïti stagne à la 146e place (sur 153) au classement des pays suivant l'indice de développement humain.


J’avais envie de condamner le business de la charité qui fait que des humanitaires bloqués à Saint Domingue sont forcés de débourser 3’000 dollars pour rejoindre en hélicoptère les zones meurtries.


J’avais envie de rappeler que le 25 mars 2008, le quotidien haïtien Le Matin publiait un article titré « Risque sismique élevé sur Port-au-Prince », et puis envie de me demander ce qu’il en sera dans dix ans.


J’avais envie de dénoncer le rôle des médias, le danger de la lassitude, la lutte pour la visibilité, le sensationnalisme, la surenchère émotionnelle, le voyeurisme morbide, les lectures simplistes et les explications fatalistes.


J’avais enfin envie de dire qu’au XXIème siècle, les catastrophes naturelles n’existent plus : si un séisme est naturel, la vulnérabilité du pays touché est due à l'homme.

Et puis j’ai vu les images et j’ai eu envie de me taire.

01 décembre 2009

Une dette envers l'Islam

Liberation.pngLa peur. Après la honte, la colère et la cogitation. J’avais peur que ce 29 novembre soit un indice supplémentaire du conflit de civilisations qui guette, peur que la petite histoire (l'actualité) amoche irréversiblement la Grande Histoire (les fondements des civilisations).
Seulement voilà, la petite histoire distille aussi ses bonnes nouvelles : heureux hasard du calendrier, les éditions neuchâteloises Chaman publient dans quelques jours Traces, un beau livre signé Georges A. Bertrand, photographe, historien de l’Art et écrivain français (il est notamment l’auteur d’un Dictionnaire étymologique des mots français venant de l’arabe, du turc et du persan). C’est un livre qui tombe à pic et qui pourrait être polémique… s’il n’appartenait à la Grande Histoire.
«Nos concitoyens auront du mal à comprendre que l'on doive quelque chose aux Arabes », anticipe à juste titre Georges A. Bertrand. Voilà pourquoi son ouvrage s’ouvre sur une citation rafraîchissante de Goethe : « celui qui se connaît lui-même et les autres reconnaîtra aussi ceci : l’Orient et l’Occident ne peuvent être séparés ».
Toute l’enquête photographique de Georges A. Bertrand naît d’un constat pour le moins naïf : les portails des églises du Limousin, au cœur de la France, ressemblent étrangement aux portails des mosquées qu’il a vus dans l’ouest de l’Algérie. L’intuition et la persévérance feront le reste. Son ouvrage prouve que l’Occident chrétien et l’Occident musulman n’ont pas connu uniquement des relations conflictuelles et que les Arabes ont maints fois joué le rôle de passeurs, dans le temps comme dans l’espace. Au moyen d’images qui se superposent, Traces atteste des emprunts de l’architecture chrétienne aux arts islamiques (les ornements, les sculptures, les arabesques, les entrelacs).
En refermant l’ouvrage, une conclusion s’impose au lecteur. L’Occident a une dette envers le monde musulman ; ce dernier a été l’un des terreaux qui permit la floraison de la civilisation européenne. Et vice-versa !!!
En Suisse, l’avenir de Traces s’annonce bien… en partie grâce aux votations du 29 novembre. L’auteur se plaît à relayer l’enthousiasme de son éditeur, basé en Suisse : « il m'a dit que les commandes du livre explosaient là-bas ! ».
Alors la peur se dissipe peu à peu : la Grande Histoire saura faire taire la petite.

Votations du 29 septembre 2009 : le peuple suisse s'est prononcé à 57,5 % contre la possibilité de construire des minarets  (22 cantons contre 4).

30 juillet 2008

Retour au pays, Médit'ation et tour d'horizon

Fin juillet, six mois après. Gare de Zagreb, un train de nuit pour ne plus voir les marchands de soleil salir cette mer qui finira par me manquer. De la Croatie, de la Slovénie et de l'Italie, pas un mot. Mes excuses.

De retour donc. Cela s'écrit dans un TGV Lyria à destination de Paris. En face, une femme, la quarantaine, née en Syrie. À ma question: "qu'est ce qu'un Méditerranéen finalement?", elle a répondu avec un large sourire: "le contraire d'un Suisse!"... Paris. Capitale qui accueillait deux semaines auparavant dans une garden-party (presque) tous les présidents du pourtour méditerranéen. Paris. Après avoir goûté au chef d'oeuvre d'animation Valse avec Bashir, une subtile réflexion sur la mémoire d'une période sombre du Liban, j'ai commandé une “pizza turque” à un Algérois qui prenait l'avion le lendemain pour “le bled”... Pour peu, j'entendrais les vagues. Du sel sur la peau. Dans tous mes états. "On ne peut tout de même pas se contenter d’aller et venir ainsi sans souffler mot", écrivait Kenneth White.

Que dire. Qu'il est possible de "faire" le tour de la mer sans quitter l'asphalte (en attendant les 39 kilomètres du futur tunnel de Gibraltar et l'Autoroute de la Mer, qui reliera Alexandrie à Tanger). Que la Méditerranée n'est pas aventureuse (parti avec une tente "une place", je rentre avec un ordinateur portable). Que j'ai échoué, qu'il manque Malte, Chypre, qu'il manque Israël. Qu'il manque du temps (six mois pour “faire le tour” d'un sujet vieux de 3000 ans). Qu'il manque surtout la maîtrise de l'arabe.

Constantine (Algérie).JPGMED' DE LA DISCORDE Le jeune Croate qui partageait mon compartiment dans le direct Zagreb-Zurich (il se rendait au Grand Hôtel de La Fouly pour animer des colonies de vacances) se moquait volontiers des Slovènes: "trop carrés, trop méticuleux, trop sérieux!" Les Monténégrins, pas mieux: “pour nous Occidentaux, il sont le commencement de l'Orient..." Les Monténégrins détestent les Albanais: “tous des mafieux et des traficants de drogue”. Les Albanais se méfient des Grecs: “ils nous regardent de haut”. Les Grecs luttent contre l'immigration clandestine en provenance de Turquie, en attendant de régler la problématique chypriote. Traitez un Turc d'Arabe et vous comprendrez ce qui les sépare des Syriens. Ces derniers ont toujours un oeil sur “leur” Liban. Les Libanais engagent volontiers des Syriens, qu'ils paient au lance-pierre, mais en règle générale, les haïssent de tout leur coeur. Et pas même besoin de parler d'Israël.

LeptisMagna(Libye).JPGEn abordant la mer par l'autre bout, les relations ne sont guère plus joviales. Si les Espagnols se paient des résidences secondaires à Chefchaouen (lire article) ou exploitent les Marocains pour des travaux qu'ils ne veulent plus faire, ils protègent leurs deux enclaves africaines - Ceuta et Melilla - derrière des grilles électrifiées de six mètres de haut. Pour les Marocains, les Algériens vivent dans un pays en guerre (la frontière ne se rouvrira pas prochainement - lire article). Pour les Algériens, les Tunisiens sont des opportunistes à la botte de l'Europe. Pour les Tunisiens, les Libyens sont des sauvages qui ne visitent leurs plages que pour se saouler et s'offrir des Tunisiennes. Pour les Libyens, les Égyptiens sont une main d'oeuvre corvéable, bon marché et facilement expulsable (lire article). Et pas même besoin de parler d'Israël.

Bien. L'huile d'olive et la sieste. Serait-ce tout ce qui unit les deux (ou trois) rives ? La Méditerranée ne serait qu'un mythe littéraire ? Les Noces de Tipaza, un mirage poétique ? Mare Nostrum, des vestiges antiques pour touristes ? Le creuset des trois monothéismes, juste un casse-tête ?

MarsaMatrouh(Égypte).JPGMÉD' À SENS UNIQUE Quand le mur de Berlin est tombé et que l'Europe a commencé à exister concrètement, le mur s'est déplacé vers le sud. La Méditerranée, une ligne, l'horizon, un fil où suspendre les rêves de soleil du nord... et les rêves d'exil du sud. Une question de terminologie. À l'étranger, les Européens sont des touristes et les Africains, des immigrés.

MÉD' AMNÉSIQUE Aussi périmées que soient ses opinions sur la Méditerranée (surtout vis-à-vis du monde musulman), Fernand Braudel, LE spécialiste de l'histoire méditerranéenne, avait su montrer la permanence des civilisations malgré les sursauts de la “petite histoire”. Il distinguait en effet le temps immédiat de l'actualité (inauguration de l'Union pour la Méditerranée), le temps ralenti de l'histoire (anciens colonisés contre anciens colonisateurs) et le temps immobile des civilisations (notre Antiquité commune, Rome et Carthage). Rappeler ainsi, et de manière purement anecdotique, qu'Athènes était une ville ottomane au début du XIXème, qu'à la moitié du XIXème siècle, les Français et les QornetSawda(Liban).JPGAnglais se partageaient la rive sud, que pendant deux millénaires, il existait des quartiers juifs dans tout le nord de l'Afrique...

Le travail de mémoire qui mettra à niveau la Méditerranée réelle et son mythe de vie doit s'effectuer simultanément des deux côtés de l'espace et de l'histoire concernés, pour éviter la collissions des durées, courtes et longues, qui ne cessent de s'y croiser tels des navires sans gouvernail, afin qu'un jour quiconque y voyage pour ses affaires ou pour la paix de son âme soit convaincu de pouvoir le faire dans les deux sens” (Raphaël Draï).

Palmyre(Syrie).JPGMED' GLOBALE À la nécessité d'élargir le spectre temporel, il faut également dilater l'espace. La  Médi-Terranée n'est plus la “mer au milieu des terres”. Partout se pressent les compagnies chinoises (lire La Chinafrique, Pékin à la conquête du continent noir de Serge Michel et de Michel Beuret). Les Etats-Unis sont omniprésents dans la gestion des conflits du Proche-Orient, dans le partage du pétrole arabe et dans le rôle géostratégique attribué à la Turquie. L'Afrique noire a depuis longtemps vue sur la Mer.

Lattaquié(Syrie).JPGMED' UNION ? L'impression que la Méditerranée réunit autour de sa table des couples de divorcés qui n'arrivent pas à se quitter : la France et l'Algérie, le Maroc et l'Espagne, l'Italie et la Libye, le Liban et la Syrie, la Turquie et la Grèce... Ainsi, l'Algérie dénonce le racisme de l'Hexagone et les violences de la colonisation, mais rêve unanimement de passer "de l'autre côté". Ainsi, un million de Marocains vivent en France, 100'000 Français sont résidents permanents au Maroc. Ainsi, pour le meilleur et pour le pire, les deux rives (ou trois) ne se quittent pas des yeux. Dans ses contradictions et ses frictions, une certaine "Union pour la Méditerranée" existait déjà... avant le projet de monsieur Sarkozy.

Analya(Turquie).JPGBeaucoup d'encre a coulé pour dénoncer ce projet simpliste, opportuniste, européocentriste, paternaliste, etc. Au-delà de la "petite histoire" et des intérêts des présidents, j'ai envie d'y croire. Y croire sur le long terme (un siècle serait bien peu pour réunir deux rives qui se froissent - et s'enrichissent - depuis trois millénaires). Aborder à nouveau cette mer comme un foyer lumineux et ouvert sur le monde. S'offrir une deuxième Renaissance. Raffraîchir le sens du mot “humanisme” et souffler à l'oreille de monsieur Sarkozy les conseils de deux grands esprits méditerranéens :

Un bon capitaine transforme l'Atlantique en Méditerranée ; un mauvais capitaine transforme la Méditerranée en Atlantique”, Amin Maalouf dans Le périple de Baldassure.

Toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels”, Montesquieu dans l'Esprit des Lois.

Amorgos(Grèce).JPGDROIT AU VOYAGE Pendant trois mille ans, les migrations ont fait l'histoire et l'unité de la Méditerranée. Le comble est qu'elle menacent aujourd'hui de la défaire. Pourtant, on ne peut rien contre la dérive des "continents humains", ce joyeux foutoir induit par la mondialisation. Autour de 1950, les deux tiers de la population méditerranéenne vivait sur la rive chrétienne. Aujourd'hui, elle se répartit à peu près également entre les deux rives et vers 2025, les deux tiers devraient se trouver du côté musulman.

Voilà pourquoi je me réjouis de lire un semblable blog tenu par un Africain du Nord qui aurait comme moi eu le droit de voyager librement une demie année autour de la mer. Le droit de le raconter...

Le 5 février dernier, j'ouvrais ce blog à Marseille en citant Albert Camus. Le voyage se ferme un 30 juillet avec lui:

La Méditerranée est de tous les pays le seul peut-être qui rejoigne les grande pensées orientales. Car elle n'est pas classique et ordonnée, elle est diffuse et turbulente, comme ces quartiers arabes ou ces ports de Gênes en Tunisie. Ce goût triomphant de la Tipaza(Algérie).JPGvie, ce sens de l'écrasement et de l'ennui, les places désertes à midi en Espagne, la sieste, voilà la vraie Méditerranée, et c'est de l'Orient qu'elle se rapproche. Non de l'Occident latin. L'Afrique du Nord est un des seuls pays où l'Orient et l'Occident cohabitent. Et à ce confluent, il n'y a pas de différence entre la façon dont vit un Espagnol ou un Italien des quais d'Alger, et les Arabes qui les entourent. Ce qu'il y a de plus essentiel dans le génie méditerranéen jaillit peut-être de cette rencontre, unique dans l'histoire et la géographie, née entre l'Orient et l'Occident (...). De même que le soleil méditerranéen est le même pour tous les hommes, l'effort de l'intelligence humaine doit être un patrimoine commun et non une source de conflits et de meurtres. Une nouvelle culture méditerranéenne conciliable avec notre idéal social est réalisable. C'est à nous et à vous d'aider cette réalisation .

 

PS : Les photos ont été prises ces six derniers mois : Constantine (Algérie), les vestiges romains de Leptis Magna (Libye), les plages de sable blanc de Marsa Matrouh (Égypte), le sommet Qornet As-Sawda dominant la mer (Liban), la cité de Palmyre (Syrie), les plages de Lattaquié (Syrie), un hôtel de luxe à Alanya (Turquie), le monastère d'Amorgos (Grèce) et les ruines de Tipaza (Algérie)

23 juillet 2008

Ceci n'est pourtant pas un lac de montagne

Impossible de trancher. Vous hésitez toujours entre la montagne et la mer. Le littoral monténégrin a ce qu'il vous faut.

TroupeauKotor.JPGKOTOR À la gare routière de Kotor, une vieille dame enjouée vous saisira par le bras et prononcera - selon la coutume locale - l'unique mot “étranger” qu'elle connaisse. “Room?” Un coup de fil et quelques sourires plus tard, son mari jettera votre bagage dans le coffre d'une petite Volkswagen éreintée qui a roulé sa bosse en Allemagne avant de prendre sa retraite au Monténégro. Vous Slobo&Bossa.JPGlogerez dans la chambre du fiston ; intacte est la décoration. Bossa (à droite), votre hôte, ne tardera pas à décapsuler trois Nikšićko pivo. La discussion hésitera, puis s'emballera.

Quarante années durant, Slobo (à gauche), son mari, dit avoir été le meilleur peintre sur voiture de tout Kotor. Il conteste la décision “politique” de l'indépendance. En 2006, il comptait parmis les 44% de Monténégrins à avoir dit non : “un pays de moins d'un million d'habitants ne veut rien dire, SunriseKotor.JPGd'autant que les Serbes sont nos frères”. Pour lui, le seul changement notable depuis l'indépendance est le recours à l'euro...

Les heures passent. Agréablement certes. Mais j'oublie que je suis ici pour “visite”. Les Bouches de Kotor sont en effet considérées comme le “fjord” européen le plus méridional et parmis ses golfes intérieurs, celui de Kotor abrite une étonnante ville médiévale (zone ensoleillée sur la photo).

VieilleVilleKotor.JPGAu catalogue donc, cette "Stari Grad” (patrimoine de l'UNESCO, même si la moitié de la vieille ville fut restaurée après le tremblement de terre du 15 avril 1979), quatre kilomètres et demi de fortifications, les concerts classiques gratuits du Festival de l'Été à la cathédrale de Saint Tryphon, un dédale de ruelles baroques qui méritent tous les détours et un pan de muraille qui file quasiment à la verticale vers le bastion Saint-Jean. Des sentiers poursuivent ensuite l'ascension au-travers de forêts de pins vers les plus hauts sommets de la côte adriatique (le mont Orjen culmine à 1894 mètres). De là, les Bouches de Kotor sont des lacs de montagne, à la différence qu'ils changent de couleur à chaque heure du jour. Et qu'il s'agit de la mer. Cette merveille explique-t-elle pourquoi, dans un village proche, à Baosici, l'écrivain-voyageur Pierre Loti est tombé amoureux d'une jeune paysanne, une certaine Pasquala Ivanovic ?

PlageKotor.JPGSilence. Et retour sur terre. Après la politique, l'économie. Celle des Bouches de Kotor reposait sur la pêche, la culture d'oliviers, la marine marchande et militaire. La principale source de revenus est dorénavant... gagné !, le tourisme.

Mais l'atout de Kotor est que l'eau poluée de son “fjord” et l'absence de sable sur ses rives orientent les vacanciers sur les plages de la Riviera PêcheKotor.JPGde Budva, plus au sud. 

Kotor est toutefois une ville à visiter tôt le matin, avant le lâcher quotidien d'amateurs de croisière adriatique, ou tard le soir, dans l'obscurité de ses nombreuses tavernes. Dans tous les cas, voir Kotor avant que le bastion Saint-Jean soit accessible par téléphérique et qu'il soit décidé d'importer du sable des côtes voisines.

19 juillet 2008

Les intimes contradictions de Tirana

Sur le sentier qui rejoint la capitale albanaise depuis le Mont Dajti (1611 m), les chantiers se suivent et se ressemblent. De vraies verrues pour l'esthétique des lieux, mais un message assez rassurant pour le secteur immobilier. Entre les projets hôteliers et résidentiels toutefois, des “îlots” d'un autre siècle.

VUEsurTIRANA.JPG

Car l'Albanie reste un pays agraire. La moitié de sa population active travaille la terre. Et si le nouveau régime, mis en place en 1992, a cherché à privatiser l'agriculture (il reposait depuis 1945 sur un système de fermes collectives étatisées), le monde rural n'a pas évolé en phase avec la ville.

BoulevardDëshmorët.jpgCOMMUNI-STYLE Quand on arrive en ville, le passé est sur tous les trottoirs. Prise depuis une salle de classe de la très soviétique université de Tirana, la photo (droite) montre le boulevard Dëshmorët e Kombi, la colonne vertébrale de la ville. En le remontant, on passe devant la Pyramide, jadis mausolée d'Enver Hoxha  (l'instaurateur du régime communiste: 1946-1991), devenue “Disco Mummy”, puis salle d'exposition. On atteint ensuite le Musée national des Arts. Il faut alors réveiller le gardien. Il veut bien allumer ses salles. Découverte du réalisme socialiste albanais : La Chanson de guerre pour eux d'Andon Lakuriqi (1974) et Le Géant de la métallurgie d'Isuf Sulovari (1976).

Sulovari.JPGLakuriqi.JPG

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

...ces images ont fait l'éducation des Albanais de mon âge. Prise de conscience. À retenir aussi le rôle joué par les femmes... Aujourd'hui, 60 % de celles qui travaillent le font dans le secteur agricole. Si de nouvelles portes leur sont ouvertes, elles sont de loin pas égales aux hommes et très peu représentées au parlement.

PlaceScanderbeg.JPGATHÉISME ALBANAIS Le boulevard Dëshmorët se termine sur la place Scanderbeg : des “résidus” communistes (Palais de la Culture, Opéra et mosaïque socialiste sur le Musée d'Histoire), mais aussi la mosquée d'Ethem Bey (photo) qui peut à nouveau appeler ses fidèles. En 1967, Enver Hoxha fermait tous les lieux de culte et faisait de l'Albanie le premier État athée au monde. Ce n’est qu’en 1990 que les mosquées et les églises purent rouvrir leurs portes. Ainsi, près de la place, l'état est en train de construire une monumentale église orthodoxe. CathédraleSaint-Paul.JPGUne église qui ne fait pas l'unanimité des passants : “pourquoi un tel gâchis d'argent ?” Est-ce parce que l'état a déjà “restauré” l'église orthodoxe du Saint Evangile, jadis simple bâtiment public, et bâti la Cathédrale catholique Saint Paul, qui ressemble à un hôtel (photo), ou sont-ce des Musulmans jaloux des chantiers chrétiens ? La réponse est plus complexe.

On dit souvent – à tort - que l’Albanie est le seul pays musulman d'Europe (58,8% de Musulmans, 24,2% d'Orthodoxes et 16,8% de Catholiques). Il faudrait plutôt parler de “culture musulmane”. Pour trois raisons :

- Les décennies d'athéisme imposées par le dictateur Enver Hoxha ont fini par atténuer concrètement les convictions religieuses.

- La priorité de l'Albanie est l'intégration dans l'Union Européenne et dans l'OTAN ; cette dernière a été récemment annoncée pour 2009 (et 112 soldats albanais sont partis en Afghanistan la semaine dernière). Dans ces contextes, l'Islam serait perçu comme un “facteur retardant”  (voir Turquie).

- L'identité albanaise repose sur une langue distincte. L'islam n'est pas le seul marqueur identitaire, comme il l'est pour les musulmans de Bosnie-Herzégovine face au Serbes et aux Croates.

En 2008, la société albanaise demeure passablement indifférente à la religion. Le ramadan et les cinq prières sont très peu pratiqués, l'alcool se consomme sans restriction et la viande de porc est vendue partout.

“Feja e shqiptarit është shqiptaria” ou “la religion des Albanais, c'est l'Albanie!” Les deux extrémités du boulevard le prouvent et contredisent les statistiques. Au nord, le héros national Skanderbeg, un aristocrate catholique qui a lutté contre les Ottomans au XVème siècle. Au sud, sur le parvis de l'Université, la plus connue des Albanaises, Mère Teresa.

Chromothérapie.JPGCHROMOTHERAPIE & NOSTALGIE Tirana va de l'avant. La ville ne resemble pas à ce qui était attendu. Pourtant, nombreux sont les nostalgiques du régime communiste. “Avant on pouvait sortir seule la nuit”, me dit une Tiranaise. “On bénéficiait d’un très bon service et tous les soins médicaux étaient gratuits. Aujourd’hui, le pays manque de médecins et la plupart des soins sont payants”. Corruption, coût de la vie, chômage... L’Albanie est le pays d’Europe qui connaît la plus forte émigration : plus d’un tiers de ses ressortissants vivent à l’étranger!

On l'a compris. Le passé est lourd, mais, étonnamment, Tirana respire, Tirana prend du bon temps et Tirana se démarque par ses couleurs. La "chromothérapie" de la ville est une décision du maire : les modifications sont spéctaculaires. Mais une couche de dispersion peut-elle suffire ? 

20:28 Publié dans m Albanie | Lien permanent | Commentaires (7)

18 juillet 2008

Thucydide en préambule et cocaïne en aparté

Cet article mesure un demi-kilomètre. Une ligne droite de 2'500 ans. De l'Acropole à la rue Menandrou.

ATHENES Au siècle de Périclès, Athènes imposait sa supériorité militaire (entre deux tourniquets de cartes postales, une tenue complète de soldat athénien), politique (la Constitution européenne cite Thucydide en préambule), économique et culturelle.

CaféKlepsydra.JPGAvant toute chose donc, se faire prendre en photo sur l'Acropole (fâcheux, quel que soit le décor - Mont Lycabette ou golfe de Salonique - il y a toujours sur le champ un épais smog, ce satané “nefos”). Redescendre ensuite vers le quartier épicurien de Plaka – ruelles pavées, façades de couleurs chaudes, verdure et toits en tuile – prendre le temps au café Klepsydra (photo) et commander un café turc (on l'appelle ici “café grec”, mais c'est kif-kif).

Au bout de la rue Dioscure, un couple se demande s'il a déjà visité l'Agora romain. Elle sort le guide et dit que oui. Le couple s'en va donc flâner de boutique en boutique, de souvenirs en souvenirs: best-seller illustré La vie amoureuse des Grecs anciens, écharpe des supporters du Panathinaikos (il fait 37 degrés), plages ensoleillées peintes sur des “fridge magnet”, boules en verre pour enneiger l'Acropole (...se souvenir alors de la différence entre “la situation est grave, mais pas désespérée” et “la situation est désespérée, mais c'est pas grave”, ou fermer boutique).

Passer devant l'étonnante Bibliothèque d'Hadrien, une mosquée séculaire aménagée en Musée de la céramique, un conteneur éducatif pour l'art du recyclage alu-plastique-papier, la station de métro Monastiki (devenue carrefour de deux lignes grâce au JO 2004), des tables de restaurants alignées comme des transats, des cerises à cinq euros le kilo et des simit turc (ces pains circulaires au sésame s'appellent ici koulouri, mais c'est kif-kif).

Gagner ensuite le quartier de Psiri et changer d'ambiance. Dans la rue Miaouli, cafés à narguilé, bars gay, lounges branchés et clubs alernatifs (les graffitis et les coiffures excentriques sont une fête pour les yeux de celui qui vient du sud). Des affiches annoncent une manifestation le 12 sur la place Syntagma contre la montée des prix (ils ont flambé ici cinq fois plus qu'en Europe), un débat le 14 sur la place Kaniggos sur le sort des immigrés et la venue des Sex Pistols le 16 au stade Karaiskaki (55 euros le billet, pas très punk).

RueMenandrou.JPGPoursuivre, toujours plein nord, rue Aristophane, pour se fondre ensuite dans la cohue bigarée de la rue Menandrou (photo) entre nounous albanaises, Nigériens revendeurs de sacs à main, Chinois affairés sous des enseignes d'import-export, marchands de dévédés de Bolywood, barbu en shalwar kamiz au “Lahore market”, parieurs fixant nerveusement des tours de passe-passe, jeunes faméliques, lignes de cocaïne et policiers aux épaules triangulaires pour fendre la foule comme jadis Moïse au milieu des eaux, l'émerveillement en moins...

De l'Acropole à la rue Menandrou, de l'Âge d'Or à la flamboyante globalisation, un demi-kilomètre, cinq rues, 2'500 ans d'histoire et une fin sordide. Il faut relire La Vie amoureuse des Grecs anciens.

18:20 Publié dans l Grèce | Lien permanent | Commentaires (4)