22 juin 2014

C’est aussi ça, le foot !

Mekhloufi5.jpgAlgérie, 1958. L’international français Rachid Mekloufi abandonne l’AS Saint-Etienne et ses espoirs de disputer la Coupe du monde. Il rejoint clandestinement l’Algérie, en pleine guerre d’indépendance, et fonde l’équipe nationale d’un pays qui ne verra le jour que quatre ans plus tard.

imagem202.png

Brésil, 1970. Une dictature militaire censure, déporte, emprisonne, torture et tue. Le milieu vedette du club de Botafogo lance «la révolte des barbus». Afonsinho refuse de raser sa barbe et couper ses longs cheveux, signes ostentatoires de gauchisme et d’opposition. Pour ces raisons, il ne jouera jamais en sélection nationale.

carlos-caszely.jpgChili, 1974. Lors de la Coupe du monde en Allemagne, la sélection chilienne est reçue par le général Pinochet. Le buteur Carlos Caszely refuse de lui serrer la main, et le paie cher. Sa mère est arrêtée, torturée. En 1988, Caszely réalise un clip de campagne contre Pinochet. Sa mère y témoigne. Ce film aura un grand impact sur la destitution du dictateur.

Sócrates_-_Democracia_Corintiana.jpg

Brésil, 1983. Une nouvelle ère, les clubs impriment le nom de leur sponsor sur les maillots. Socrates, la star des Corinthians de Sao Paulo, convainc ses coéquipiers de le remplacer par  le mot « Democracia ». Lors de la finale du championnat, l’équipe entre sur le terrain avec une banderole, « gagner ou perdre, mais toujours en démocratie ».

media.media.7623fc4c-6d28-48ff-9301-2d5becf42e71.normalized.jpegBosnie-Herzégovine, 1994. Malgré les bombardements et le siège de Sarajevo, Predrag Pasic, un ancien joueur de l’équipe nationale de Yougoslavie, choisit de rester dans sa ville natale et d’y fonder une école de football multi ethnique.

150682.jpg

Angleterre, 1997. En quart de finale de la Coupe des coupes, l’avant-centre de Liverpool Robbie Fowler marque, relève son maillot et exhibe un T-Shirt sur lequel le téléspectateur lit : « 500 dockers de Liverpool congédiés depuis 1995 ». On lui inflige une amende.

 

indio_copa300x400.jpgBrésil, 2014. Lors de la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde, trois enfants entrent dans le stade de Sao Polo. Un Blanc, une Noire et un Indien. Ils lâchent une colombe blanche sur le rond central devant les caméras du monde entier.

En quittant le terrain, le jeune Indien sort de sa poche une banderole rouge sur laquelle il est écrit « Demarcação ». Un appel pour que le gouvernement poursuive la démarcation des terres indiennes et fasse cesser les expulsions.

Ce geste de protestation n’est pas retransmis par les télévisions du monde entier.

26 mai 2014

Nav’ de nuit en mer des Caraïbes

PetitPiton.jpgLagon turquoise et palmiers émeraude. La baie de la Jalousie, au sud-ouest de l’île de Sainte-Lucie, dans les Petites Antilles, est un croissant de sable blanc bordé de deux aiguilles volcaniques, le Gros Piton et le Petit Piton, deux merveilles culminant à 700 mètres au-dessus du niveau de la mer des Caraïbes.

Un voilier nommé ZeBreak mouille dans la baie, un ketch de 37 pieds, pavillon suisse flottant en poupe, un fameux deux-mâts presque aussi fin qu’un oiseau. Au coucher de soleil, verre de ti-punch à la main, on donne raison au poète : « Elle est retrouvée. /
Quoi ? L'Eternité. /
C'est la mer allée / Avec le soleil ».

Une fois la nuit tombée, le capitaine et ses matelots se préparent à faire cap sur Saint-Vincent-et-les-Grenadines. On plie le hamac tendu à la proue, suspend l’annexe, désencombre le cockpit et largue les amarres.

A la lueur des étoiles, le Petit Piton est un aileron de requin. Le Gros, une pyramide. La voie lactée traverse un ciel comme on n’en fait plus chez nous. La mer se forme lentement. Dix-huit nœuds sud-est. On prend un ris et étarque la grande voile. On déroule le génois et borde l’écoute sous le vent. On remonte au près, à sept nœuds, bâbord amures. On ne hissera pas l’artimon, on ne déroulera pas la trinquette, on naviguera en père peinard.

Lorsque ZeBreak n’est plus sous le vent de Sainte-Lucie, la mer se creuse. Le vent aussi se lève, ça tangue, on a trop de gîte, on prend un deuxième ris et roule un bout de génois.

A minuit, on prend le premier quart, avec gilet de sauvetage et ligne de vie. Ce n’est pas le radeau de la Méduse. Aux jumelles, un point lumineux devient cargo. On loffe, il abat, on le laisse à tribord, il passe à plus d’un mile.

Le pilote automatique affiche 171°. Le canal VHF 16 donne la météo du lendemain. Le GPS mesure la vitesse, le cap et la durée estimée de la navigation, seize heures vingt. Deux écrans digitaux signalent la profondeur des eaux et la force du vent.

On pourrait déplorer cette mainmise technologique, regretter les siècles de navigation aux étoiles, se désoler de la voile moderne, loisir de plaisance ou sport de compétition pour millionnaires…

Pourtant la magie opère. Fendre l’eau, le vent, le silence, la nuit.

Ces vagues qui s’amusent des sept tonnes de notre ketch. Ces sept tonnes qui filent à toute allure par la simple propulsion du vent. Ce mouvement élémentaire. Dans l’air. Sur l’eau. Comme jadis.

Il nous prend alors l’envie d’entonner un tonitruant « Santiano », de rendre un hommage, même dissonant, aux « Copains d’abord », d’évoquer Belle-Île-en-Mer, Marie-Galante, Saint-Vincent...

2Pitons.jpgA midi, faisant l’ascension du Gros Piton, la sueur avait su mettre du sel dans nos vies.

Vers minuit, l’émotion qui perle dans nos yeux rappelle que l’eau de mer a toujours coulé dans nos veines.

19 mai 2014

Xochitl Borel, premier roman essentiel

Xochtil Borel.png« Adéquat » est le pire mot de la langue française, c’est pourquoi le premier roman de Xochitl Borel est une ode à la vie instinctive, un réquisitoire contre la grisaille des  distances intellectuelles.

Par soucis d’adéquation, Soledad, la narratrice, a troqué sa robe à fleur d’enfant contre un tailleur de dame, et son innocence contre de bonnes notes, des mentions, des distinctions. L’étudiante en droit, devenue « une tête », a failli perdre le goût du bonheur. Un goût de bonbon au miel, selon elle.

Dans un contexte où les mères sont mortes ou très malades, les pères insensibles ou incestueux, où les ventres se tricotent comme des mensonges ou des secrets de famille, il faut revenir à quelque chose de plus simple.

L’Alphabet des anges n’est donc pas né par la tête mais par le ventre. C’est un roman arrondi, humide, avec des rires en cascade et des torrents de larmes. On se livre, on s’arrose de sel jusqu’à s’aveugler, on s’apprivoise, et les rires se suspendent comme des guirlandes. La femme stérile par accident comprend soudain celle enceinte par miracle ; le cérébral s’éprend de l’instinctive ; la fleur de peau pardonne au bloc de marbre. Les mondes convergent. Le psychologue de la petite enfance envoie valser ses postulats épistémologiques pour gagner la complicité d’une fillette ; la maladie autorise le sévère à ouvrir une lucarne de tendresse ; l’arrogante affronte ses propres démons, montre à nouveau du doigt un vol d’oiseau. Et les familles se recomposent.

Le seul personnage qui n’entre jamais en adéquation, qui ne « fait jamais le nécessaire », est une gamine de 6 ans, la véritable héroïne du roman : « il y avait sous sa chevelure feuillue et insoumise tant de poésie désarmante, prête à s’engager et à supporter, prête surtout à aimer ».

Quand les petites filles font du piano ou du violon, Aneth souffle dans une trompette, en salopette. Alimentée autant par la pulsion de vie que l’instinct de survie, c’est un fort caractère qui ne se laisse enfermer ni par ses handicaps, ni par les contraintes d’une école normative qui se moque des étrangetés - oreilles atrophiées ou yeux crevés - et distribue hâtivement  des étiquettes : haut potentiel, caractéristiques autistiques, intelligence précoce, etc.

Réticente à la soustraction, au solfège et à l’orthographe, Aneth s’invente une langue : « l’alphabet, mais sans l’orthographe. Juste le mouvement des lettres ». Elle développe un humour premier degré, des jeux de mots au pied de la lettre. Elle s’accroche à la vie, évolue au rythme des plantes, naturellement, avec des airs de petit animal, à l’image de Basilic, son alter ego, un chien borgne comme elle qui mordrait aussi volontiers les mollets des hommes pressés.

Il faut lire L’Alphabet des anges comme un poème en prose. Des phrases courtes, simples et sans crainte de la répétition. Un rythme organique, sans rien de trop. Xochitl Borel ne se regarde pas écrire ; elle parle l’enfant, cette poésie « en attente de presque rien » qui tord les normes de l’alphabet selon la fantaisie des anges. On reprend alors aux origines de la langue, on réapprend à lire, écrire, et voilà le résultat : « un jour en fil de coton, les nuages en couverture d’horizon ».

ob_8b1073_anges-borel.jpg


Xochitl Borel

L'alphabet des anges

éd. de L’Aire

06 mai 2014

Quand Tweeter renouvelle la littérature

Il y a eu le « blog2print », un blog transformé en bouquin, puis l’ « egobook », un profil Facebook relié en format livre. Paraissent aujourd’hui les premiers recueils Tweeter.

Paris, canal Saint-Martin. Le Comptoir Général, un vaste espace aménagé dans une ancienne étable, un lieu branché, très festif et un peu militant, organise une rencontre avec l’auteur Sear - prononcez « Cheur » et comprenez « Signataire Eternel d'Articles Radicaux », rien que ça.

Sear-Get-Busy-Down-With-This-©-Aurore-Vinot.jpgNé dans le 9-3, en Seine Saint-Denis, de père kabyle et de mère yougoslave, Sear est un pur produit des banlieues. Un géant, la quarantaine nonchalante, lunettes sérieuses, crâne rasé, fringué de pied en cap avec la marque Fila.

Sear est venu présenter Interdit aux bâtards, un condensé de cinq années de ses « gazouillis » sur Tweeter, un « best of » de messages n’excédant pas 140 signes. Visiblement plus à l’aise seul derrière son écran qu’avec un micro face à ses lecteurs, il parle comme il écrit, de manière cinglante, brève, définitive, souvent cocasse, parfois obscène, violente même, toujours d’une honnêteté désarmante.

Fidèle à sa griffe, il traite des banlieues, « entre l'amour et la haine, la frontière est mince, et chez nous elle a un nom : périphérique », de la crise, « marre de ce soleil, on se croirait en vacances alors qu’on est juste au chômage », du mal-être, « ne nous suicidons pas maintenant, on a encore des gens à décevoir », de politique, « j’ai jamais voté à Secret Story ni à la Starac’, pourquoi j’aurais voté aux primaires socialistes ? », de réseaux sociaux, « c’est décidé, j’arrête les statuts de connard ! Dorénavant, je fais comme tout le monde, je poste que des citations de Paul Coelho », de popularité, « putain, j’ai que 3’592 amis. A mon âge, Jean-Pierre Hutin en avait déjà 30 millions »

Tweeter et littérature font bon ménage depuis quelques années. Salman Rushdie, Haruki Murakami et même Paulo Coelho tweetent. Gabriel Garcia Marquez twittait. Sean franchit une étape supplémentaire en fixant ses « punchlines » sur papier. Avec brio car les 140 signes impartis aux « twitts » le forcent à densifier sa prose. Cet exercice de style renoue avec la fulgurance du haïku. L’aphorisme se fait coup de poing. Le lecteur passe du rire à l’émoi, de l'absurde au concret, du personnel à l'universel. Interdit aux bâtards parle mieux de la banlieue que la plupart des romans sociaux.

C’est frappant de voir qu’à l’heure où l’on craint que la Toile et les liseuses tuent le livre, certains font marche arrière. Ça rassure. Facebook est déjà dépassé, Twitter le sera très bientôt. Internet vieillit encore plus vite que la télévision. Et ni l’un ni l’autre n'a eu la peau de la littérature sur papier.

P1D2514136G.jpg


Sean

Interdit aux bâtard

éd. Le Gri-Gri

12 mars 2014

Deux vendanges par année !

image005.jpg

Sur un atoll de Polynésie française, des « aventuriers œnologues » l’on fait...

Bateau, boulot, dodo. C’est en barque que les vendangeurs quittent le village d’Avatoru, traversent l’une des passes de l’atoll de Rangiroa et gagnent leur vigne. Tous portent un T-shirt « Vin de Tahiti », le nom de leur appellation.

rangiroa.jpgLe domaine Ampélidacées, pris entre lagon et océan, entre eaux turquoise et cocotiers, à quelques centimètres au-dessus du niveau de la mer, est le premier essai de viticulture sur un atoll ; c’est le seul vin de Polynésie française.

Sur un fond calcaire composé de débris de corail blanc, une couche de compost végétal forme un sol étonnamment vert, grâce notamment à six pompes solaires qui puisent dans la nappe phréatique de l’atoll.

image008.jpgA Rangiroa, ni mildiou ni grêle. Sévissent par contre le thrips, un insecte parasite, les crabes qui raffolent des jeunes pousses, les sternes en guise de moineaux, la sécheresse et  les cyclones, comme Oli en 2010... Alors pourquoi cultiver de la vigne ici ? Parce que le climat tropical et l’absence de saisons permettent à la plante de n’obéir qu’à son cycle végétatif : les récoltes peuvent ainsi se faire 2,2 fois par an !

Les cinq vendangeurs se répartissent justement dans les lignes du plant fétiche, le carignan, un cépage rouge encore présent dans le Languedoc. Puisqu’à cause d’un sol très hétérogène, la maturation n’est pas uniforme, on ne récolte que les grappes mûres. A la fin de la journée, une tonne de raisins est acheminée en bateau à Avatoru, puis en pick-up vers la cave.

image006.jpg

La cave, c’est le royaume de Sébastien Thépénier, 36 ans, œnologue et patron du domaine depuis 2002. Il utilise un pressoir suisse Bücher et des fûts de chêne du Limousin. Cette année, et pour la première fois, la demande dépasse la production. Un tournant peut-être amorcé en 2008 et 2009, lorsqu’il obtint une médaille d’argent aux Vinalies Internationales de Paris. On attend ainsi la visite de la direction de l’hôtel Four Seasons de Bora Bora, une île qui absorbe 30% de sa production annuelle (35'000 bouteilles pour un domaine de 7 hectares).

Dans la salle de dégustation, la discussion dévie. Sébastien Thépénier a suivi un stage de formation à Lutry chez le viticulteur-encaveur François Rousseil. Dans deux semaines, sa cave accueillera un concert du guitariste de jazz Jan Vanek. Il ne prévoit plus de rentrer en métropole ; sa femme est polynésienne, elle lui a donné un enfant, et sa vie est désormais ici.

Si l'eau sépare les hommes, le vin les unit.

21 février 2014

Les leçons d’un paysan suisse émigré

Le premier colon de Fatu Hiva, l’île la plus australe des Marquises, en Polynésie française, est un Suisse, un certain François Grelet, de Vevey.

François.jpgC’est Sarah, sa petite fille, qui me l’apprend, et me remet trois liasses de lettres jaunies, celle que François adressait à sa famille de 1892 à 1916. La Feuille d’Avis de Vevey qu’il recevait en retour, glissée dans la réponse de sa mère, était toujours périmée de deux mois.

Après une tentative infructueuse au Nouveau Mexique, avec d’autres colons vaudois, François quitte San Francisco à bord du cargo Galilée et met le cap sur les îles Marquises avec l’ambition d’y planter du café.

Il découvre son eldorado : « je suis dans l’un des plus riches pays du monde mais peuplé de paresseux. J’entends déjà maman qui dit : ça doit lui aller. Cela m’irait en effet si je n’avais pas à utiliser ces paresseux »…

En bon colon, François se fait construire une maison de style colonial. Entre des cocotiers, des arbres à pain et des pommiers Cythère, il est le premier à cultiver tomates, carottes et pommes de terre d’Amérique. Il laisse gambader poules, cochons et vaches. Il ouvre un petit magasin pour échanger les habits qu’il coud lui-même contre les noix de coco de ceux qu’il appelle « canaques ». Il ouvre une petite distillerie pour ne pas gâcher les fruits non consommés. Et surtout, il plante 2’500 pieds de café !

Lettre.jpgLe voilà donc à 28 ans à la tête d’un vrai royaume, parfois nostalgique, « on cherche des moyens d’existence dans des pays lointains mais ces moyens acquis, on s’empresse de venir en jouir dans les lieux qui nous ont vu naître », parfois seul, « ici, il ne me manque qu’une femme, je n’en désire pas une riche, pourvu qu’elle soit bonne ménagère, agréable et qu’elle ait assez d’instruction pour que sa conversation et sa société ne soient pas trop banale »…

On en rirait volontiers, si sa vie ne basculait pas ensuite. Une mauvaise chute à cheval en 1894, la fièvre typhoïde en 1895, la sécheresse en 1896, les contraventions pour divagation en 1897, des pluies diluviennes en 1898, la peste en 1900, un ouragan en 1907, la sécheresse en 1910…

Sa plantation de café est détruite. De toute manière, la demande avait chuté : « au départ, on m’achetait le café 3 francs le kilo. Maintenant, nous avons plus d’une tonne à la maison que nous ne pouvons pas vendre ». Quand François Grelet décède, le 24 juillet 1916, il est toujours un pauvre colon à l’autre bout du monde. C’est son fils William qui cueillera les fruits de son labeur et se verra même remettre la Légion d’Honneur pour avoir su développer l’île.

Pourtant, même William est loin d’imaginer qu’un siècle plus tard, toute l’île ne jurera que par un café en poudre fabriqué par une multinationale… sise à Vevey.

15 février 2014

Paradis à donner contre bons soins

Vous êtes à 9'000 kilomètres du Japon, 8'000 du Chili et 7’000 de l’Australie. Vous êtes en Polynésie française, sur l’île la plus australe de l’archipel des Marquises, la plus jeune (1,3 millions d’années) et la première à avoir été « découverte » par les Espagnols. Vous êtes à Fatu Hiva.

FatuIva_BaieDesVierges_Panorama_20061111.jpg

Dépourvue de piste d’atterrissage, c’est par la mer que vous y accédez. Trois bonnes heures avec un moteur 200 chevaux. Vous apercevez enfin la Baie des Vierges, le plus beau mouillage du monde, selon les globe-trotters de plaisance. Entre deux défilés vertigineux de falaises volcaniques, une baie surplombée de gigantesques pitons de basalte. Ces pitons lui ont donné son nom. Les Espagnols avait opté pour la « Baie des Verges ». Les missionnaires ont rectifié. Baie des Vierges.

Autre drôlerie onomastique : un trou dans les hautes falaises qui surplombent ladite baie avait reçu de ces mêmes Espagnols le doux nom de… « Puta ». Et les Marquisiens de le rebaptiser « Te Vahine Naho ». La Passe du Désir.

L’île de Fatu Hiva compte deux villages, Hanavave et Omoa, 600 habitants chacun, reliés par une mauvaise piste que plus personne n’emprunte, préférant la voie des mers.

Si parfois « le temps s’immobilise aux Marquises », comme le chantait le poète, il peut aussi s’emballer. Aussi, il y a un demi siècle, vous auriez trouvé ici un troisième village nommé Ouia.

Pour vous y rendre, vous chargez votre sac d’un pamplemousse cueilli au bord de la piste, tombez sur un panneau Attention piège à chat (une association française lutte pour la sauvegarde du Monarque de Fatu Hiva, un oiseau endémique dont il ne reste que 50 individus), empruntez un sentier laissé à l’abandon qui traverse une forêt d’une densité inouïe, bambous, pandanus, mousses, lianes, fougères, passez un col, des contreforts déchiquetés, traversez une vallée encaissée, une gorge sombre, un versant abrupt - beautés mélancoliques – et  entrez soudain dans un Pays de Cocagne, la vallée d’Ouia.

Arrivé sur la plage, vous avez tout : eau douce, noix de coco, oranges, bananes, pastèques, mangues, arbres à pain, poissons, fruits de mer, chèvres et cochons sauvages. Vous avez tout et c’est gratuit.

Vous apercevez encore les fondements de pierre des maisons du village fantôme d’Ouia. Tout est recouvert de végétation. Le dernier habitant est mort en 1968. Depuis, plus rien, sinon la visite épisodique de chasseurs ou de coprahculteurs. La nature a repris ses droits. Et c’est navrant. Car règne encore ici une impression de vie.

Adeptes du retour à la nature qui rêvez de communautés autarciques et d’écovillages, une terre vous attend ! Sûr que l’île vous accueillera, si en échange, vous vous engagez à défricher un peu la vallée. Paradis à donner contre bons soins, contactez la mairie de Fatu Hiva au 00.689/92.80.23...

« Ils regardent la mort comme tu parles d’un fruit »

La première chose que j’ai faite en arrivant aux Marquises, c’est d’aller voir la tombe de Jacques Brel. Il y avait mieux à faire.

jacques-brel-derniere-ligne-droite-aux-marquises_69173987_1.jpgChapeau de paille, chemise et pantalons blancs. Stylo glissé sous le bracelet de sa montre. Brel ne fume plus depuis deux ans, il a pris un peu de ventre.

Les enfants lui crient «jakbrel !», en un mot. Il leur répond «bande de petits salopiauds !». Direction le magasin Gauguin pour aller boire une bière. A son bras, Maddly, sa «Doudou», une Guadeloupéenne rencontrée lors du tournage de L’Aventure, c’est l’Aventure. Elle a 33 ans. Lui 47.

«Je vis sur une île perdue, belle à crever, mais rude et austère.» Il n’a pas le téléphone et l’électricité est coupée le soir. «Il n’y a pas la télévision, alors on lit beaucoup, on parle beaucoup, on rit beaucoup, puisqu’on est obligé de faire soi-même ce que quelqu’un, un jour, pourrait faire à la télévision pour vous.»

Brel revalide sa licence de pilote, achète d’occasion un Twin Bonanza et transporte le courrier, se charge des évacuations sanitaires. Un jour, à bord de son Land Cruiser vert foncé, il lance à Sœur Elisabeth : «venez ma sœur, on va s’envoyer en l’air !».

Un autre jour, il s’adresse à Maddly : «veux-tu que je refasse un disque ? Ne réponds pas tout de suite. Réfléchis bien. Je ne suis pas drôle quand je travaille. Tu n’as jamais vu ton vieux travailler, je suis infernal». Elle dit oui, alors il compose Les Marquises, le disque le plus vendu de toute l’histoire phonographique, un album qu’il ne chantera en public qu’une seule fois, et devant une seule personne : une jeune Marquisienne aveugle nommée Henriette.

Brel achète un orgue électronique, une chaine hi-fi, de la musique classique, et puis Trenet, Nougaro et Brassens. Il est abonné au Canard enchaîné et commande à Papeete les œuvres complètes de Shakespeare. Changer la mort de Léon Schwartzenberg sera son ultime lecture…

Aujourd’hui, je suis devant sa tombe. Et ne ressens pas grand-chose.

Sur le chemin qui redescend au village, aucune trace de sa maison. Détruite, puis reconstruite en plus moderne, elle est louée à des Tahitiens.

Ici, on n’aime pas la musique de Brel ; on ne peut pas danser dessus. Ici, on n’entend ses chansons qu’à l’Espace Brel, une sorte de musée, un hangar qui abrite son avion restauré.

C’est qu’aux Marquises, on n’a pas le culte de la relique. On vit. On ne regrette pas.

Imaginez Brel aujourd’hui ! Il aurait 84 ans…

C’est clair, les Marquises sont plus qu’un cimetière. Mieux vaut alors leur consacrer mes journées, et me souvenir en secret d’un Belge excessivement vivant :

«La bêtise, c’est un type qui vit et se dit : je vis, je vais bien, ça me suffit. Il ne se botte pas le cul tous les matins en se disant : ce n’est pas assez, tu ne sais pas assez de choses, tu ne fais pas assez de choses. C’est de la paresse, une espèce de graisse autour du cœur et du cerveau.»

02 janvier 2014

ÎLES MARQUISES : Festival de Ua Huka

UNE.jpg

« Notre Père qui es aux cieux, que ton nom soit sanctifié, que… » : avant de larguer les amarres du bonitier, toute la famille de Claude récite sa prière, en français, puis chante, en marquisien, ainsi pas besoin de gilets de sauvetage.

Il est une heure du matin et nous quittons la baie des Traîtres de Hiva Oa, l’île de Brel et de Gauguin. Nous sommes seize à bord, les uns sur les autres. La mer est démontée mais la lune rassure. Trois enfants se fabriquent un royaume de couvertures, Claude s’affale au beau milieu de l’espace vital, le fils s’endort, de puissantes basses dans ses écouteurs, et les filles roulent clopes sur clopes. La mer est démontée et la lune a disparu. Les vagues éclaboussent. L’estomac se fait fragile…

Havei.JPG

Un peu avant cinq heures, le soleil se lève enfin, Claude aussi. Il a 40 ans et s’est marié en septembre dernier, « aux Marquises, on se marie quand on est sûr ». Il vient de Ua Huka mais n’y est plus retourné depuis 18 ans, « ça sera la fête à l’arrivée ! ».

Un poisson volant me frappe l’épaule. Une vingtaine de dauphins jouent dans notre sillon. Nous dépassons Motu Tenaua, l’île aux oiseaux, et entrons dans une magnifique baie cerclée de roches volcaniques, le port de Vaipae, bienvenus à Ua Huka. 

Les 600 habitants de l’île accueillent pour la première fois un festival réunissant 500 danseurs et percussionnistes venus des six îles principales de l’archipel des Marquises. Les familles dispersées dans la Polynésie se retrouvent pour l’occasion, une vingtaine de voiliers étrangers colorent la baie de Hane et une dizaine de touristes tahitiens ont fait le voyage : on n’a jamais vu ça, de mémoire d’insulaires.

paepae .JPG

Pour l’occasion, les organisateurs ont redonné vie à « Tetumu », un lieu sacré laissé à l’abandon. Un « paepae », une plate-forme en pierre, a été reconstitué pour servir de « meae », espace sacré où les Marquisiens se réunissaient pour danser au rythme des « pahu », des tambours géants de bois. Un peu d’ombre est fournie par trois « ha’e », des abris en palmes tressées reposant sur des colonnes sculptées de tek.

Toute l’île est en ébullition. Pour nourrir les festivaliers, les jeunes chassent et pêchent à outrance depuis quelques jours, cochons sauvages, chèvres, langoustes, crabes, etc. On laisse le coprah tranquille et fait des réserves de fruits, mangues, papayes, oranges, bananes, etc. On voit partout les danseuses élaborer leur costume (il a été interdit d’importer des végétaux d’autres îles par peur de la « mouche des agrumes ») et les danseurs sculpter leur casse-tête de bois (le nombre de visages représentés correspondait au nombre de victimes massacrées au combat). Les exilés tahitiens râlent de devoir consacrer leurs vacances de Noël au tressage de paniers qui serviront à cuire de la viande à l’étouffée dans des « fours marquisiens ». Petit à petit, les jeunes danseurs et danseuses des différentes îles, qui dorment les uns sur les autres dans des salles de classe, font connaissance et amèneront peut-être ainsi une solution aux problèmes de consanguinité...

Flic.JPGUn autre mesure préventive a été prise par le maire Nestor (on appelle ici les maires par leur prénom) : « considérant la nécessité d’assurer le maintien du bon ordre et de la sécurité publique durant le festival de Ua Huka, la vente de boissons alcoolisées est interdite du 16 au 21 décembre ». Vrai que les Marquisiens peuvent avoir l’ivresse mauvaise. Une amende est ainsi prévue pour les contrevenants dénoncés à la Gendarmerie nationale fraichement débarquée à Ua Huka.

On se rend au « Tetumu » en autostop. La première voiture s’arrête toujours, c’est ainsi depuis une semaine. Je partage la plateforme du pick-up avec un jeune et son costume soigneusement plié dans une caisse à linges. Il semble avoir davantage l’appréhension de la première que la rage du guerrier. On dépasse quelques marginaux venus à cheval mais l’extrême majorité ne jure plus que par le dieu Toyota.

Sur un parking improvisé, on surprend des danseurs en train de fumer une pipe de cannabis avant les représentations pour se mettre dans l’esprit. A quelques pas, une danseuse de Hiva Oa, arrivée le matin même par une mer agitée, vomit ses trippes... Autour d’eux s’agite un journaliste de Tahiti qui se plaint des réponses monosyllabiques des Marquisiens...

Le festival débute. Par une prière œcuménique. Les Marquisiens sont à 95% catholiques. Puis viennent les hymnes : le marquisien, que tout le monde entonne à tue-tête, le polynésien, dont certains se souviennent des paroles, et puis « La Marseillaise » : il faut bien faire honneur au Haut-Commissaire de la République qui a fait le déplacement et subventionné généreusement les festivités. Il faut même applaudir son discours qui se conclut par un tonitruant « vive la France ! ».

Les choses sérieuses peuvent enfin commencer. D’abord le rythme. Une vingtaine de percussionnistes qui s’usent les mains sur des peaux de chèvres. Cela prend rapidement beaucoup d'ampleur.

Une cinquantaine de danseurs envahissent ensuite le « paepae », emmenés par le « tuhuka », le maître du savoir. Majestueux.

Filles.JPGLes six délégations se succèdent, des heures durant. La tradition impose quelques figures, comme le « Putu » avec lequel les hommes souhaitent la bienvenue, ou le « Ruu » que les femmes dansent à genoux dans le but de calmer les esprits, mais pour le reste, chaque délégation est libre de traiter ses thèmes et raconter ses légendes comme bon lui semble.

Haka.JPGLes nouvelles générations mettent l’accent sur le « Haka Toua », une impressionnante danse de guerriers que les jeunes exécutent avec une jubilation jouissive, encouragés par les cris des danseuses, alors cantonnées au rôle de spectatrices. Après ce « Haka », le sol est recrépi de morceaux de costume.

Autre incontournable, la danse de l’oiseau, « Haka Manu », toute en grâce et en douceur, qui met en évidence une danseuse soliste. Nuku Hiva lui préfère le « Maha’u », la danse du cochon, réservée aux hommes, qui fut interdite jadis par les missionnaires à cause de ses connotations érotiques et du râle particulier émis par les danseurs.

Tahuata est la seule île à faire la danse de la pieuvre durant laquelle les femmes anéantissent un à un les hommes. Hiva Oa se distingue pas la qualité de ses costumes. Nuku Hiva vient offrir aux organisateurs un tambour sculpté de plus de trois mètres de haut. Fatu Hiva organise un « tir à la branche » entre ses danseurs et les chefs des autres délégations. Ua Pou fait virevolter des torches enflammées. Ua Huka invite symboliquement un cavalier dans sa chorégraphie…

 

Cheval.JPG

Durant les danses, les étrangers sont patients, attentifs, émus par l’enthousiasme des enfants, la fierté des pères et la sérénité des femmes. Ils photographient, en noir et blanc de préférence, filment en gros plans, s’improvisent ethnologues et s’appliquent à faire disparaître toute trace de pick-up ou de téléphones portables. Ils aimeraient ne pas entendre la tronçonneuse qui sculpte à proximité une pirogue, ou la meuleuse qui polit un tiki de pierre. Ni entendre un commentateur bilingue lancer : « on vous demande d’applaudir ce chant magnifique dans la plus pure tradition marquisienne ».

Les étrangers aimeraient avoir gommé l’ère des missionnaires et retrouver des tribus cannibales qui s’affrontent sur les hauts plateaux : une société de guerriers sanguinaires et de femmes lascives. En fait, ils sont émus par ce que leurs ancêtres - explorateurs, missionnaires, colons, puis exploitants - ont détruit scrupuleusement...

« Je comprends alors la passion, la folie, la duperie des récits de voyage. Ils apportent l’illusion de ce qui n’existe plus et qui devrait être encore, pour que nous échappions à l’accablante évidence que 20'000 ans d’histoire sont joués. »

Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, 1955 (!). 

Le public marquisien, lui, n’hésite pas à rire à gorge déployée lorsqu’un costume glisse et laisse apparaître un caleçon Calvin Klein peu ragoutant. Ils filment vaguement, rient des imprécisions et se moquent des gestes maniérés des « hommes-danseuses ». Les Marquisiens ne se prennent pas au sérieux. Pourtant, ce festival est la victoire de tout un peuple. Dans les années 30, ils ont failli disparaître à cause des maladies et de l’alcool, importés par les étrangers. En 1980, les enfants se faisaient encore battre s’ils parlaient leur langue à l’école…

Aujourd’hui, les Marquisiens, moins de 10'000 âmes, ont su se refaire une santé identitaire : des danses, des chants, une langue, un artisanat, une mythologie, des costumes, des rythmes et une certaine joie de vivre.

04 novembre 2013

« Un livre ne sert à rien d’autre que de rester en vie et de guérir »

corine_desarzens_news624.jpgDévorer les pages, le petit dernier de l’auteur vaudoise Corinne Desarzens, est le plus beau des cartons d’invitation, un tout-ménage remue-méninges, une lettre d’amour adressée à sa bibliothèque, un roman d’aventure dont le lecteur est le héros.

Avant tout, éviter le kiosque, « je ne considère pas comme de la lecture l’effrayante quantité de temps perdu avec les journaux », et pousser la porte d’une librairie. Contourner les têtes de gondole, le « mastodonte tricéphale » (la trilogie Millenium), les confessions des « starlettes aux lèvres à la Donald Duck » et des « auteurs qui écrivent exprès pour ceux qui ne lisent pas », ces livres conçus pour les touristes de la littérature qui ont « la gueule grande ouverte pour se rassasier en une seule fois et dormir le reste de l’année ». Se souvenir que « plus on finit de mauvais livres, moins on a le temps d’en lire de bons » !

« Passé le fameux cap des soixante pages on se dit, eh bien, voilà ce que j’aurais raté si j’étais passé à côté »…, lire, « une fois le rythme accepté, les étapes s’allongent, vous souriez plus souvent et vous dormez très bien, après. Vous rajeunissez. Vous êtes plus leste »…, lire, satisfaire l’imaginaire, comme lors de l'indétrônable scène de la calèche dans le Madame Bovary de Flaubert, lire, s’enfermer dans une chambre d’hôtel et ne ressortir qu’une fois le livre terminé, comme le conseille Louis Calaferte, lire, faire abstraction du quotidien, à l’exemple de Ryszard Kapuściński qui se passionnait pour les Grecs et les Perses d’Hérodote alors qu’il était en train de couvrir la guerre au Congo, lire, tracer légèrement une croix au crayon en marge des passages qui secouent (la page 82 de Je suis un écrivain japonais de Dany Laferrière) puis les recopier à la main ou les partager avec une nouvelle connaissance.

Goûter soudain la dernière phrase, celle qui laisse orphelin, « pire que le choc de la rue à la sortie du cinéma », refermer alors l’ouvrage, « en appuyant les paumes, fort, pour retenir les ondes », comme Corinne Desarzens le fait avec La Mort en Arabie de Thorkild Hansen, ne pas hésiter à le relire, de manière moins avide et plus lente, enfin, comme La légende de Seabiscuit de Laura Hillenbrand, le glisser entre deux autres, « deux favoris pour le réchauffer ».

Pour Corinne Desarzens, un bon livre bien lu laisse des traces : « j’ai la conviction que certains livres nous changent, au sens purement physique, voire physiologique, du terme. Si l’on regardait une coupe transversale de notre corps, on s’apercevrait que les molécules sont arrangées différemment ». Ce ne sont pourtant pas à coup sûr des soutiens, des remèdes, car le livre est à double tranchant, parfois trousse de survie, « ce qui remplace le chocolat offert un jour de deuil », parfois bombe, comme ce fut le cas pour Le Pain nu de Mohamed Choukri, « une pastille de malheur à prescrire pour mieux apprécier tout le reste. Pour immuniser sans attendre ».

Dévorer les pages n’a rien d’un essai. C’est un hommage rendu à la « littérature-monde » qui laisse tranquille le microcosme suisse romand (à peine une mention du brillant Quentin Mouron et une remarque cocasse, « la littérature suisse a de longues jambes », à l’adresse de Nathalie Chaix et Aude Seigne). C’est un état d’esprit, le récit très précis d’une passion vagabonde, emmené sur un ton joyeusement décalé, comme l’illustre la proposition de voir s’afficher, au dessus de la porte coulissante des wagons, le titre des livres lus par les passagers…

En refermant Dévorer les pages, on s’aperçoit qu’une centaine d’interviews de rubrique culturelle en disent mille fois moins sur l’auteur que ses lectures commentées. Corinne Desarzens se met à nu, se dévoile. On voyage avec elle en Ethiopie, à Awra Amba, ou au Maroc, à Fès. On y rencontre son compagnon de lecture, un certain Moreno, enseignant au Collège Emilie Gourd, à Genève. On est témoin d’un coup de foudre, le 9 novembre 2009.

En guise d’épilogue, Corinne Desarzens dresse une liste de « livres à glisser dans une enveloppe ». Elle ne ment pas. Elle m’avait envoyé les soixante pages explosives du Compagnon de voyage de Curzio Malaparte et le Mal de pierre de Milena Agus que j’avais dévoré sur les lieux du drame, en Sardaigne.

devorer_les_pages_120x172.pngCorinne Desazens ira à Vlčnov, en Moravie du Nord, près de la Slovaquie, où se situe l’intrigue de La belle de Joza de Kveta Legatova. Et moi, je file acheter son « terrible cadeau », Compagnie K de William March : « chaque séquence vous laisse sans voix, le souffle coupé. Prévoir, au moins, un jour entier sans parler à personne. Pour retrouver sa propre peau ».

Corinne Desarzens, Dévorer les pages, éd. d’Autre Part, 2013.