22 avril 2008

Du littoral découpé dans un morceau d'éden

582386683.jpgSUSAH Quittant les hauts plateaux du Djebel al-Akhdar, la route redescend abruptement vers la mer, les ruines grecques d'Appolonia et594391653.jpg une usine de désalinisation (photo). A Susah, l'ancien marché italien tombé en ruine n'accueille qu'un musée fermé. Le Beau est ailleurs, tout au long de la côte de la Cyrénaïque, entre Susah et Darnah.

1440854951.jpg328737961.jpgGrèves, falaises et plages se succèdent. Un univers brut. Une côte absolument pas exploitée. Pas un toit, pas un barbelé, pas une ordure prises dans les buissons. Juste une station météorologique, des étudiants qui font du stop près des dos d'âne, des moutons au milieu de la route, et des vaches, mieux éduquées, traînant le sabot sur le côté.

315593711.jpg1053973732.jpgA la sortie de Ras-al-Hilal, un bateau est venu s'échouer sur le rivage lors des tempêtes du mois dernier. Il y sera probablement toujours l'an prochain.

 

1951127063.jpgDARNAH La magie cesse un peu avant Darnah (photo) lorsqu'un panneau informe le passant que la compagnie coréenne Won est en train de construire un millier d'appartements dans une cité jouxtant l'usine électrique.

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20 avril 2008

CYRÈNE : faut-il les laisser jouer sur les ruines ?

1980614764.jpgAssis à deux pas du désastre: deux classes en course d'école se battent pour chevaucher une statue de lion dans le nympée du sanctuaire d'Appolon.

TOURISME DURABLE Qui suis-je pour leur dire de ne pas toucher à ces pierres qui sont plus à eux qu'à moi ? “Les biens culturels constituent un patrimoine de l'humanité...” Ces vieilles pierres valent-elles plus que des rires d'enfants ? “Prendre conscience du fait que ces sites sont uniques et non renouvelables...” N'est-ce pas une façon ludique de familiariser les enfants à leur héritage identitaire ? “L'activité touristique ne peut accéder au monde des biens culturels qu'à condition d'en garantir la protection...” Que pèse un touriste étranger au milieu de cinquante écoliers de la région ?

Un adulte arrive sur les lieux. Il fait descendre tous les enfants. Cris à l'appui. Je culpabilise un peu de ne l'avoir pas fait. Pire, d'avoir pris une photo... En fait, l'adulte a fait descendre les enfants pour pouvoir photographier son propre fils sur le lion de pierre du sanctuaire d'Appolon.

Mettre de l’éthique dans le tourisme est devenu une mode. Les labels des voyagistes fusent. Tourisme solidaire, tourisme humanitaire, tourisme équitable, tourisme responsable, écotourisme, tourisme durable. Des sites y sont consacrés, comme Echoway ou Alliance, et une Charte de l'éthique du tourisme ciulturel a été rédigée. Tous unis contre les touristes infantilisés par leur voyagiste !

775440128.jpgCYRÈNE La cité grecque de Cyrène, la mieux conservée du pays, trône sur un promontoire rocheux avec vue sur la mer. Elle raconte cinq siècles d'implantation hellénistique et fut le berceau de l'hédoniste Aristippe, des mathématiciens Théodoros et Eratosthène. C'est grâce à un citoyen de Cyrène, Annicéris, que Platon fut libéré en 388. Elle aurait sauvé la Grèce de la famine de 390 grâce à sa production de blé.

 Le tourisme culturel doit découler d'une forte motivation; il ne doit pas être simplement occasionnel, et encore moins subi. Un touriste désireux de comprendre en profondeur la signification d'un bien culturel en garantit le respect...”

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De gauche à droite : L'esplanade du gymnase et ses colonnes doriques. Statue féminine en marbre. Ruines non excavées en périphérie du site.

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De gauche à droite : Le sanctuaire d'Apollon regroupant temples, thermes, fontaines et autels. Le théâtre grec construit au VIème siècle avant notre ère et devenu amphithéâtre romain au IIème siècle. Les 2'000 tombeaux de la nécropole qui ont déjà subi beaucoup de pillages.

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19 avril 2008

Djebel Al-Akhdar, l'émeraude libyenne

1922303331.JPGEntre le bleu du ciel et le jaune des champs, la "Montagne Verte" (djebel Al-Akhdar). Au coeur de la Cyrénaïque, à l'est du pays, le dépaysement est garanti: vaches grassouillettes, moissonneuses John Deere, bottes de pailles carrées, vigne en souches isolées, arbres en fleur, nichoirs géants pour les oiseaux, campements d'apiculteurs...

En 1939, 60'000 Italiens vivaient en Cyrénaïque, pour la majorité dans le Djebel al-Akhdar, profitant des terres les plus fertiles. Rétrospectivement, Mussolini avait affirmé qu'il aurait été moins couteux de loger tous ces paysans au Grand Hôtel de Rome plutôt que de les envoyer en Libye.

996655674.jpg1610065600.jpgSur la route d'Al-Bayda (ville natale de la femme de Kadhafi), les falaises criblées de grottes (photo) du Wadi al-Kuf servirent de refuge pour les résistants libyens face à l'armée italienne.

980243277.JPGLe pont métalique (photo) qui permettait aux Italiens d'acheminer soldats et vivres sert aujourd'hui de mémorial en l'honneur d'Omar al-Mukhtar, héros de la résistance qui figure aux côtés de Kadhafi sur la propagande, sur les billets de 10 dinars et dans Le Lion du Désert (1981) de Moustapha Akkad.

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18 avril 2008

Quand le best-seller de Kadhafi vous parle

Réplique du Petit Livre rouge de Mao, mariage douteux entre une certaine vision de l'Islam et une certaine vision du socialisme, le Livre vert de Muammar Kadhafi méritait bien un studieux après-midi.

933029746.JPGToute ville libyenne qui se respecte possède une Maison du Livre vert, édifice consacré au culte des 21'000 mots du prophète Kadhafi. Celle de Benghazi est parée d'une statue de Gamal Abdel Nasser (photo) et d'un soldat rongé par l'ennui. A l'intérieur, le temps s'est arrêté. Depuis une trentaine d'années. L'espace est désert. Grésillements de néons et bruissements des pages que tourne le chef du prêt.

Une femme dépose sur ma table un assortiment de Livres verts. C'est que l'ouvrage a été traduit en 84 langues. Hébreu compris. Elle s'en va pour mieux revenir. Avec cette fois-ci une tasse de café, des biscuits et un nouveau stylo. Un stylo vert. “L'hospitalité libyenne”, lâche-t-elle en regardant à côté de moi, comme si elle parlait à une personne assise à mes côtés. On lui a appris à ne pas affronter le regard des hommes. Pourtant, le Livre vert dit de belles choses au chapitre intitulé “Femme”...

 

FEMME “La femme est affectueuse, belle, émotive et craintive. Bref, la femme est douce et l'homme brutal, et cela en vertu de leurs caractéristiques innées.”

GOUVERNEMENT “Le référendum est une imposture envers la démocratie. Ceux qui disent oui ou non n'expriment pas réellement leur volonté, mais ils sont baillonnés au nom de la conception de la démocratie classique et il en leur est permis de ne prononcer qu'un seul mot : oui ou non. C'est alors le système dictatorial le plus dur et le plus répressif.”

EDUCATION “L'éducation obligatoire et standardisée constitue en fait une entreprise d'abrutissement des masses.”

SPORT “Il est déraisonnable que des foules se précipitent dans un stade ou des arènes pour assister à des sports individuels ou d'équipe, sans y participer. Le sport est comme la prière, comme la nourriture. Il serait absurde qu'une foule se presse dans un restaurant simplement pour voir une personne prendre un repas.”

 

Si le Livre vert est d'une simplicité qui confine parfois à la naïveté, quelques saillies agréablement provocatrices 598446042.jpgferaient presque oublier que ce “zazou du désert”, cet illuminé cynique et nymphomane, cette icône imprimée sur des T-shirts qui font fureur dans les boutiques touristiques de Tripoli, est un dangereux dictateur craint de tous les Libyens.

On peut alors choisir de lire entre les lignes. Le tyran se fait alors presque attachant. En 1987, un an après le bombardement de Benghazi par les Américains en représaille d'un attentat commis à Berlin, Kadhafi posait de bonnes questions : “il y a dans ce monde des fous qui sont forts. C'est la source de mon inquiétude sur le sort du monde. Sont-ils fous d'origine ou est-ce leur force qui est la cause de leur folie ?”

Hélas, voilà bientôt quarante ans que Kadhafi donne de mauvaises réponses à de bonnes questions.

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17 avril 2008

Clins d'oeil de Benghazi

244683628.JPGBenghazi se profile à l'horizon, donnant sur plusieurs kilomètres l'impression de ne pas vouloir "exploiter" son littoral...

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Seconde ville du pays et capitale de la Cyrénaïque, Benghazi prend une toute autre allure autour du lac du 23 Juillet. Au centre, l'Islamic Call Building.

 

1076971701.JPGPrès des quais, sur la Sharia Omar ibn al-Khattab, les constructions de l'ère italienne contrastent avec les nouvelles barres.

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A un kilomètre de là, le Marché Funduq, un “quartier africain” que les Libyens déconseillent fortement de visiter...

 

1838306317.JPG...en réalité, à l'ombre d'un chargement d'ail de Tripolitaine, deux Soudanais et trois Egyptiens partagent volontiers leur shisha avec l'étranger.

 

Désolé. Pas de photo de l'hôpital où Cécilia a sauvé ses cinq infirmières bulgares et son médecin palestinien.

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16 avril 2008

Où se cache l'information en Libye ?

Les Egyptiens raffolent des plaisanteries. Des plaisanteries qu'on entend parfois des deux côtés de la mer. On en connaissait la version est-berlinoise, la voilà à la sauce libyenne : Deux chiens crèvent la dalle au Caire. L'un décide de tenter sa chance en Libye. Lorsqu'il revient une année plus tard - le visage bouffi, le poil étincelant et un colier doré autour du cou - son ami lui demande pourquoi diable a-t-il voulu rentrer au pays. "Pour pouvoir aboyer un bon coup...”

MEDIAS OFFICIELS En Libye, les anglophones ne trouvent que l'hebdomadaire Tripoli Post, ses titres à la gloire du Guide. Les arabophones bénéficient d'un large éventail de médias, mais tous possession de l'Etat. Ainsi se rabat-on sur les pages sportives ou les chaînes d'information étrangères: Al-Jezira 602965885.jpg(Qatar), Al-Arabia (Arabie séoudite) et BBC Arabi (Angleterre), lancée le 11 mars dernier. Pour le reste, championnats de football étrangers, clips musicaux égyptiens et surtout libanais (le Libyen Ayman al-Atar, en photo, gagnant de la Superstar 2004, l'équivalent libanais de la Nouvelle Star, avait été reçu par le Guide...).

Dans la rue, on est certes loin de la “décennie noire” (1978-88), mais encore aujourd'hui, les Libyens n'en disent pas plus que leurs médias. Le mot “Kadhafi” n'est par exemple prononcé qu'entre personnes qui se connaissent bien. En règle générale, la population navigue à l'opposé du Guide. Réservée et discrète.

CYBERLIBERTÉ Comme dans tout état muselé, la véritable source d'information est la grande toile. On trouve du reste des cybercafés à tous les coins de rue. Les connexions sont encore extrêmement lentes, mais un nouveau réseau est en train de couvrir le pays: 7000 kilomètres de fibres optiques déposées par les Américains (Alcatel) et les Italiens (Sirti).

Pour feuilleter la presse interdite, il faut donc demander à un cyber consommateur arabophone de relever les articles intéressants dans divers sites d'informations (Libya-alhora.com, Tibsty.com, LibyanHumanRights.com, Libyans4Justice.com,...), copier-coller le texte, puis le traduire via Google.

On y apprendra alors que le Général en charge du tourisme, ayant refusé à Saadi Kadhafi (voir ci-dessous) de partager fifty-fifty les bénéfices du tourisme, aurait été livré aux chiens de garde et aurait passé quatre jours à l'hôpital. On y trouve aussi bien-sûr les  ragots concernant les huit fistons Khadafi, dont la triplette la plus médiatisée :

852269941.jpgHANNIBAL En 2004, pris en flagrant délit d'excès de vitesse sur l'avenue des Champs-Elysées, il avait envoyé ses gardes du corps se battre contre les forces de l'ordre. En 2005, il avait tabassé sa petite amie enceinte. En 2007, il était impliqué dans un réseau de call-girl à Canne.

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SAADI “L'ennemi numéro un des Libyens", selon beaucoup de Libyens. Cet ancien attaquant du club italien de Pérouse, condamné en 2003 pour dopage, ordonne de fermer les routes quand il se déplace, en long cortège, cela va de soi. C'est lui qui aurait mis un terme à la fabrication de la voiture libyenne annoncée en 1999, la Saroukh al-Jamahiriya, ne la jugeant pas à son goût.
1480028281.jpgSEIF EL-ISLAM Heureusement, il y a Seïf pour sauver la bande. “Quand il voit une route en mauvais état, il téléphone et l'Etat la refait”, m'a-t-on déjà dit plusieurs fois. Le probable  prochain président est le plus impliqué sur le plan politique. En 1997, il créait la Fondation Kadhafi pour le Développement. En 2003, il publiait un rapport sur les violations des droits de l'homme dans son pays. En 2007, il jouait un rôle déterminant dans le marchandage lié à l'affaire des infirmières bulgares. Affaire à suivre...

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15 avril 2008

l'Union du Maghreb, enfin !

Pour les Marocains, l'Algérie est un champ de bataille sur lequel vivent de dangereux terroristes. Pour les Algériens, les Tunisiens sont de cupides opérateurs touristiques ultralibéraux à la botte de l'Europe. Les Tunisiens ne retiennent des Libyens que ceux qui passent la frontière pour s'ennivrer dans les maisons de passe... Et pas sûr qu'en reprenant la route, dans l'autre sens, je trouve de meilleurs résultats!

1801897448.JPGRabat n'est pas la capitale de L'Union du Maghreb arabe (qui réunit, depuis 1989, l'Algérie, la Tunisie, le Maroc, la Libye et la Mauritanie). La capitale du Maghreb vient d'ouvrir à Benghazi.

Au restaurant Caram Arabi, le caissier est libyen (tout à gauche). Il veut savoir comment il est possible d'obtenir un visa pour la Suisse. Au fourneau s'active un jeune Tunisien qui ne supporte plus de ne vivre en Libye qu'entre hommes. Le serveur est un élégant Marocain (tout à droite) qui s'est établit à Benghazi avec sa famile en 1982 et s'y plaît.

Au Caram Arabi, les vannes fusent, on s'apostrophe, on se tape sur l'épaule, on passe du bon temps et le restaurant ne désemplit pas. Au siège de l'Union du Maghreb, à Rabat, on désespère. L'Union a bientôt vingt ans, ne marche toujours pas et ne fait rien d'autre que coûter de l'argent. Peu d'argent il est vrai (1.85 millions de dollars par an), mais pour très peu de résultats: "les échanges commerciaux entre les pays de l’Union n’excèdent pas 2% du volume de leur commerce extérieur", vient d'admettre le président algéri1460105432.jpgen Bouteflika (Al Arabiya, 13.4), sans trop s'attarder sur la fermeture de la frontière algéro-marocaine.

L'Union du Maghreb, ce grand bateau sur cales, est un sigle, rien qu’un sigle (photo). Et bien plus petit que l'enseigne du Restaurant Caram Arabi.

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13 avril 2008

ON THE libyan ROAD

Le kilomètre 830 de la route Tripoli-Benghazi prend conscience qu'il est possible de faire le tour de la Méditerranée sans quitter l'asphalte et poursuivre ainsi un projet carrossable, une union méditéranéenne béton.

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Pour ses deux premiers clients, un chauffeur fait crapoter une théière de chay na'ana bien tassé sur un brûleur à gaz disposé dans le coffre de son break Peugeot. Les Asiatiques et les Allemandes. La discussion porte sur nos voitures de rêve. Un homme urgent remet au chauffeur une enveloppe et la mission de l'acheminer à l'adresse indiquée, contre un large pourboire. Moins rapide que DHL, plus pragmatique : une fois l'urgence apaisée, le chauffeur se sert de l'enveloppe comme d'une "ramassoir" pour nettoyer ses sièges qui en avait bien besoin.

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On ne visite pas la Libye pour son littoral. On lui préfère la ville caravanière de Ghadamès, les lacs multicolores d'Oubari, les sables volcaniques de Waw al-Namus, les arts rupestres de Methkandous et les montagnes rocheuses de l'Akakus. Il faut aller y jeter un coup d'oeil, m'a conseillé un enseignant de Tripoli (qui m'encourageait aussi à visiter le magnifique Musée Jamahiriya, peu avant d'avouer n'y avoir jamais mis les pieds)(tout comme je vivais à un kilomètre du Musée romain de Vidy)(et caetera)...

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A partir de Misourata, Attention vache devient Attention dromadaire, les clôtures de ces derniers et quelques lignes électriques retiennent parfois l'attention, mais c'est à peu près tout ce qui dépasse jusqu'à Ajdablya, 600 kilomètres plus à l'est (il existe encore paraît-il des pays où l'on peut à tout moment pointer des choses du doigt). La route du littoral est véritablement un moyen d'aller d'un point A à un point B. On y devient "routard", au premier sens du terme. On tient bien la route. Ni celle de la soie, ni celle du rhum, la route du litoral est celle qui force au voyage intérieur. A la rencontre des co-voyageurs de l'habitacle. Même si les Libyens ne peuvent le plus souvent s'exprimer qu'en arabe (la faute à l'embargo, la faute à Kadhafi qui avait interdit l'enseignement de l'anglais à l'école), cela vaut le déplacement.

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Descend alors de la voiture un ouvrier africain, au milieu de nulle part, bien sappé. Il est allé faire sa sortie mensuelle, entre deux mois de poussière et de soleil, et rejoint les forçats de la route, ceux qui font de la route, au sens littéral.

Bientôt du neuf au bord de la route. La compagnie China Railway Construction Corporation Limited a signé deux contrats de 3,2 millards de francs suisses pour la construction de deux voies ferrées. L'une d'Al-Khoms à Syrte (352 km), l'autre d'Al Qaddahiya à Sebha (800 km). Début des travaux, cet été. 

La route libyenne est avant tout mélodique. Lecture coranique. Et qu'importe la langue. Le son avant le sens. La route se fait aussi musicale. Le plus souvent égyptienne et libanaise, mais parfois a-t-on la chance d'entendre l'incontournable Mohammed Hassan, du 'alaam ou du malouf, rarement le grand Ahmed Fakroun, chanteur libyen exilé, comme la plupart des artistes du pays.

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12 avril 2008

La huitième Merveille du monde

La Libye est un pays de tuyaux. Tuyaux de pétrole depuis 1959. Tuyaux d'eau depuis 1985.

1956560168.jpgSYRTE On peut suivre du doigt les tracés rectiligne de la Grande Rivière Artificielle sur une carte. On peut concevoir que le ciment ayant servi à fabriquer ses pipelines aurait pu paver une route entre Tripoli et Bombay. Pour mesurer l'énormité de la chose, il faut se rendre in situ.

La petite ville de Syrte semblait condamnée au sable, au vent et à l'anonymat. Une contingence historique en a voulu autrement. En 1942 y naquit Mouammar Kadhafi, qui, en 1999, lui rendit hommage en l'autoproclamant capitale des Etats Unis d'Afrique. Syrte possède un argument supplémentaire, dans le même esprit, bien qu'autrement plus concret...

GRANDE RIVIERE ARTIFICIELLE Vous quittez la ville. Sur une dizaine de kilomètres, une plaine craquelée vous rappelle que la Libye, couverte à 95% de désert, recourt aux importations pour les trois-quart de ses besoins alimentaires. Soudain, comme un mirage, un rempart d'une vingtaine de 1796500474.JPGmètres sur plusieurs kilomètres. Vous voulez savoir ce qui s'y cache, mais un militaire vous prie de faire marche arrière. A la seconde brèche dans la clôture, c'est un jardinier qui vous répète que le lieu n'est pas “visitable”. Vous prenez alors en direction de l'est et dépassez un interminable convoi de camions à l'arrêt (photo). Sur chacun, un pipe, 4 mètres de diamètre, 80 tonnes l'unité.Enfin, à la troisième des entrées, un policier va prévenir son supérieur et revient tout sourire. “D'accord, mais vite.”

Mi-ra-cu-leux. Au beau milieu du désert, un lac turquoise et anormalement circulaire (photo).

Si les Libyens ne vont pas à l'eau, c'est l'eau qui viendra aux Libyens. Ça se passe comme ça chez le Colonel. Ce lac ne vient en effet ni du ciel, ni de la mer. Il est né sous la “mer de sable” de Rabyaneh, mille kilomètres 1512566211.JPGplus au sud, dans les bassins souterrains. Le réservoir de Syrte intègre le projet de la Grande Rivière Artificielle, défini sur 25 ans, aujourd’hui réalisé aux trois-quarts, qui devrait aboutir en 2010 au transfert de 6,5 millions de mètres cubes d'eau par jour. Toutefois, ce projet ne fait pas l'unanimité. Surtout á l'étranger.

RETICENCES Son coût global d'abord, environ 30 milliards de dollars. La Rivière Artificielle absorberait la moitié du budget libyen. On dit aussi que cette somme aurait permis d'ouvrir une dizaine d'usines de désalinisation, pour le même résultat. Autre bémol, le Soudan et l'Egypte craignent de voir leurs ressources souterraines asséchées. A ce rythme, les nappes aurait une durée de vie d'un demi-siècle. Enfin, la Libye risque paradoxalement d’être exposée à un surplus d'eau. Le projet misait sur l'agriculture, mais si l’eau du Sahara a déjà fait reverdir des dizaines de milliers d’hectares, les vocations agricoles tardent à s’affirmer. Aujourd'hui, 85% des Libyens vivent en ville.

Comme une étrange impression : tant de réticences pour des tuyaux d'eau et si peu pour des tuyaux de pétrole.

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10 avril 2008

SYRTE : Etats unis d'Afrique ou d'Amérique ?

1554957008.jpgPour annoncer la ville natale de Kadhafi, un pont immense en travers de la route pour relier deux petits villages, une allée de lampadaires gigantesques le long d'une route non habitée et des affiches géantes qui se souviennent de deux glorieuses journées. “1.9.69” : mise au pouvoir de Muammar Kadhafi, alors âgé de 27 ans. “9.9.99” : création à Syrte des Etats Unis d'Afrique (EUA).

109479456.pngSYRTE PANAFRICAINE En 1999, l'ex village de Syrte devient donc la capitale panafricaine. En réalité, Kadhafi cherche toujours à convaincre ses homologues africains de créer une monnaie unique et former une seule armée de 2 millions de soldats panafricains. Le colonel a beau porter un badge africain sur son uniforme, “ses” EUA stagnent. L'expulsion annoncée des immigrés clandestins sub-sahariens n'arrange rien.

530532541.JPG Imaginée dans un cabinet d'architectes, la ville de Syrte manque d'âme. Elle rappelle la Chandigarh indienne de notre Corbusier national. Elle désappointe. Aucun centre, aucune place, aucun souk, une seule artère de plusieurs kilomètres, la Sharia al-Jamahiriya (rue de l'Etat des masses), qui débute par l'impressionant Congrès Général du Peuple et se poursuit par une lignée de commerces vitrés (photo), dont certains proposent d'affriolantes tenues féminines que personne dans la rue ne peut porter, sinon des collègiennes déguisées en clip MTV. Derrière d'autres commerces vitrés, la vielle bûche750856129.JPG et le hâchoir du boucher, un élevage de pigeon ou un raccomodeur assis sur le sol. Syrte est une belle coquille vide qui rappelle certaines artères américaines. Aucun piéton, mais des pick-up Toyota et de petites asiatiques qui font des dérapages sur la route ensablée. Il y a encore le plastique sur les sièges. Des salles de fitness. Musclor sur la pancarte. Une imitation de Mc Donald's (photo), encore persona non grata en Libye.

LE "LUXE" DU DESERT A la nuit tombée, Syrte vit dans les cafés et regarde des clips égyptiens pour surprendre des chanteuses sexys qui igorent que leurs atouts artistiques ont ici le r546282161.JPGôle social se soupape contre l'ennui et l'interdit. Je rejoins l'assemblée. Belhaj s'en fout des Egyptiennes. Il a 24 ans et étudie la chimie (en Libye, cela veut dire “pétrochimie”). Il est de Waddan, à 200 kilomètres plus au sud, et aime le désert. Son père l'a envoyé à Syrte, parce qu'à Tripoli, “il y a trop de filles faciles”. Belhaj n'appartient pas à Syrte : “Ici, il n'y a que l'argent et les voitures. Moi, je marche en sandale et n'ai qu'un vieux téléphone portable.” Signe qui ne trompe pas en Libye, il fume des Capital à 75 dinars le paquet. La “haute” ne fume que des Marlboro à 250 dinars. Belhaj rêve d'Europe, mais son père a préféré garder son passeport à la maison. Ce qu'il y a à faire à Syrte ? Internet, prière ou shisha. On retient la dernière option. Au Café Niamey (photo), un beamer pour films américains, un portrait de Kadhafi jeune, des lampes à pétrole “comme dans le désert”, des serveurs égyptiens et une agréable discussion entre deux exilés.

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