02 février 2019

Les analphabètes du temps

topelement-1.jpgOu comment la lecture en diagonale, Facebook, Instagram, Tweeter et la multinationale Vale font de nous des irresponsables du présent...

Sur les écrans des liseuses, des tablettes et des téléphones, la lecture en diagonale est devenue la norme. Cette pratique anodine déteint en réalité sur nos mécanismes cognitifs, nos circuits neuronaux. Des liaisons apparues dans le cerveau humain il y a 6'000 ans - lors de l’invention de l’écriture - sont en phase de s’éteindre. On sabote lentement des processus intellectuel et affectifs, tels que l’assimilation des connaissances, le raisonnement par analogie, la possibilité de se mettre à la place d’autrui.

Pendant ce temps, jour et nuit, les réseaux sociaux crachent leur fil d’actualité, un torrent ininterrompu de posts Facebook et Instagram. Il se passe toujours quelque chose quelque part. Nombreux sont ainsi ceux qui souffrent du syndrome FoMO (fear of missing out), cette peur de laisser échapper un événement important, un sentiment de manque, une dépendance ; une génération de junkies numériques engloutis sous un flot de présent virtuel.

En politique aussi, les dirigeants ont compris la force de l’instantané. Ceux qui sont élus sont ceux qui travaillent dans le court terme, ceux qui sont réactifs, ceux qui se sont affranchis de la profondeur de l’histoire et de la complexité des programme d’avenir, ceux qui tweetent en direct leurs états d’âme, ceux qui exploitent les peurs simplistes du présent…

Pour s’émanciper de la tyrannie de l’immédiat et retrouver un sens des proportions temporelles - une « conscience du temps » (timefulness) - la chercheuse américaine Marcia Bjornerud recommande l’étude… de la géologie.

Quand est née notre planète (il y a 4,5 milliards d’années) ? Quand le soleil cessera-t-il de briller (dans 5,5 milliards d’années) ? Quand sont nées les alpes savoyardes que nous voyons tous les jours (il y a 30 millions d’années) ? Quelle planète souhaitons-nous transmettre à nos enfants, nos petits-enfants et leurs enfants ? Soudain, la vie prend une autre dimension…

Hélas, un peu partout et surtout dans les grandes entreprises, ceux qui recherchent le profit immédiat, sans se préoccuper des équilibres sociaux et écologiques, reçoivent les plus hauts salaires, et de substantiels bonus. Pensez par exemple à l’un de nos « fleurons » du district, la multinationale Vale, qui a son siège international à Saint-Prex, et dont la pensée à court terme a provoqué l’effondrement d’un deuxième barrage au Brésil (après celui de 2015, qui avait engendré l’une des pires catastrophes écologiques de l’histoire du pays), faisant cette fois une centaine de morts noyés sous une marée de boue contaminée.

Commentaires

Vous avez raison à 100% !

Écrit par : Loano | 12 février 2019

"Vale, qui a son siège international à Saint-Prex, et dont la pensée à court terme a provoqué l’effondrement d’un deuxième barrage au Brésil"
Ouille ! Votre billet partait bien, en parlant de l'évidente supériorité des géologues pour comprendre le monde - devinez à quoi fait allusion mon pseudo...- mais cette conclusion ! Les gens de Vale n'avaient et n'ont aucun intérêt à voir des digues lâcher. Ceux qui ont construit ces digues non plus. Des barrages ont été rompus un peu partout, à Fréjus par exemple, et cela peut arriver parce que ce n'est pas une oeuvre simple à réaliser.
Il y a en fait beaucoup d'arrogance dans vos propos. Le niveau de la qualité du travail en Suisse a énormément baissé. La "qualité suisse" fait aujourd'hui partie de la mythologie et les accidents catastrophiques peuvent nous arriver tous les jours. Ouvrez les yeux : des erreurs telles que l'attribution des trains à deux étages à une entreprise telle que Bombardier est un parfait exemple de l'incurie suisse généralisée. Probablement que la seule raison de leur attribuer ce marché était que Stadler Rail, entreprise suisse, est dirigée par un membre de l'UDC...
Pensez au scandale des Raffineries du Rhône, attribuée au voyou Khadafi par le Conseil Fédéral relativement au terrorisme palestinien : une rançon payée à ces salopiauds pour ne plus avoir d'attentats chez nous...
Et dans la même région, Ciba-Geigy qui produit du phosgène à Monthey, alors qu'une molécule aussi dangereuse ne devrait être produite que dans des endroits désertiques ? Une petite fuite de rien du tout, plus personne de vivant dans le Chablais. Bhopal, vous connaissez ?
Etc, etc...

Écrit par : Géo | 12 février 2019

En lisant le billet en diagonale, j'ai cru à tort que son titre ciblait le journal «Le Temps» et que le fait de les traiter d'analphabètes pour une indélicatesse commise à l'égard de Vale International S.A., n'était qu'une procédure courante. Heureusement que Géo scrute la blogosphère avec plus d'attention.

Écrit par : rabbit | 12 février 2019

J'ai vainement attendu votre commentaire incendiaire sur ce scandale de l'avalanche sur une piste de Crans-Montana, avec deux morts à la clé. Le déclenchement de cette avalanche était de loin plus prévisible que la rupture de ces digues au Brésil et la société des remontées mécaniques paraît nettement moins honorablement connue que Vale.
De plus, juste pour rester à Crans, on a vu la faillite totale du chronométrage, alors que jusque là, on croyait pouvoir penser que les Suisses disposaient d'une certaine compétence en la matière. Voilà ce que c'est, l'ouverture des frontières, mon bon monsieur. Cela a commencé il y a déjà longtemps. La première histoire rigolote s'est passée au CHUV quand ils se sont aperçus que le diplôme de médecine d'un de leurs médecins iraniens était en fait un permis de pêche. Mais continuez comme cela ! A force de gueuler contre ce laisser-aller, contre cette invasion de bras-cassés pour le plus grand bien du PLR et du PS joyeusement associés dans ce désastre, et donc de me faire traiter de vieux con fasciste, j'en suis venu à avoir la haine pour la connerie de mes concitoyens. Et donc, ce qui va advenir, ils l'ont bien cherché. Évitez d'avoir des enfants, l'avenir de ce pays est sombre...

Écrit par : Géo | 24 février 2019

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