19 mai 2017

Hubert, Cap et Audrey

Alors que le grand couturier Hubert de Givenchy a pris ses quartiers à Morges, à la Fondation Bolle, au musée Forel et au Château… souvenir d’une visite chez lui, à Paris.

 

Avril 2014, rue de Grenelle.

Bordé de quatre colonnes doriques, un portail métallique haut de cinq mètres. Je sonne. Une gardienne me dévisage par la meurtrière de sa loge. Un domestique me fait traverser une cour intérieure ornée d’arbustes taillés en boule et me présente l’intendante, qui m’installe dans un salon d’un autre temps : haut plafond avec moulures, horloge dorée, bibelots de porcelaine et miroir au cadre baroque.

Col roulé de cachemire noir, pantalons beige à pli. Poignée de main ferme, regard droit dans les yeux. Hubert de Givenchy me reçoit tout en élégance, en simplicité, en sourire.

50e9b1e0a5d79c03d1a9f19c49e00f67.jpgJe suis venu l’interroger à propos de l’actrice et mannequin Capucine, qui a vécu ses dernières années à Lausanne, et qui, contrairement à son autre amie, Audrey Hepburn, a sombré dans l’oubli. Pendant deux grandes heures, il partage des anecdotes témoignant d’une belle amitié triangulaire, avec Audrey et «Cap», qu’il considère comme sa petite sœur.

1952. Givenchy habite «La Cathédrale», une maison proche du parc Monceau. Il y crée la marque qui porte son nom, et engage son amie Capucine comme modèle. Elle loge alors sous les toits et n’hésite pas à pousser son lit contre le mur pour accueillir les couturières en manque d’espace.

C’est aussi à «La Cathédrale», une année plus tard, que Givenchy rencontre Audrey. En recevant «Miss Hepburn», il croit accueillir Katherine Hepburn, dont il est fan… La déception est de courte durée, il invite la toute jeune actrice à dîner à La Fontaine des Quatre Saisons. Prélude à une amitié qui durera… jusqu’à la mort.

A l’enterrement d’Audrey, à l’église de Tolochenaz, le grand couturier est l’un des porteurs du cercueil, avec les deux fils, Sean et Luca.

Et les cendres de Capucine reposent aujourd’hui autour de sa résidence de campagne, au Château de Jonchet…

- Vous savez, j’ai toujours refusé de prêter mes robes. Capucine fut la seule exception !

 

Si j’avais su. Si j’avais su qu’il se trompait ainsi. Car après Madrid et La Haye, c’est… à Morges qu’il prête 53 de ses robes !

Nul doute que les musées morgiens ont su les accueillir aussi élégamment que le grand couturier m’a accueilli chez lui !

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