10 novembre 2015

Avoir mal à ses murs

Je suis de la génération de la Chute du Mur, je me souviens des coups de masse, du concert de Rostropovitch et d’une foule radieuse qui y croyait : Plus jamais ça en Europe !

Le Mur de Berlin était le tout dernier « MUR DE PAUVRES », un modèle unique créé pour emprisonner ses propres citoyens et éviter qu’ils aillent s’enrichir ailleurs. Il y a dix ans, des historiens se sont battus pour l’inscrire au patrimoine de l’Unesco, en faisant alors un « MUR TOURISTIQUE », au même titre que la Muraille de Chine et le Mur d’Hadrien.

Dès lors, l’Europe comptait sur son « MUR NATUREL », la Méditerranée, un bassin sur lequel on ne voyage qu’à sens unique, du Nord au Sud (un bassin qui doit pourtant sa richesse à trois millénaires d’échange).

Mur_grec_(Le)_grand.jpgEn faisant le tour de cette mer, en 2008, j’avais côtoyé des clôtures hautes de six mètres, à Melilla et à Ceuta, les deux enclaves espagnoles au nord du Maroc. Je viens maintenant de lire Le Mur grec, de l’auteur vaudois Nicolas Verdan, un excellent roman presque policier qui a pour décor une cloison construite à la frontière turque en 2012, à grand renfort de subventions européennes.

La tendance est en effet aux « MURS DE RICHES », à l’instar de celui que les Américains ont érigé en face des Mexicains, sur 1'300 kilomètres.

En 2013, la Bulgarie a repoussé son voisin turc derrière une barrière d’une trentaine de kilomètres (58 kilomètres supplémentaire d'ici 2016). Cette année, la Hongrie a posé 175 km de barbelés sur sa frontière serbe. Pire, au sein même de l’espace Schengen, l'Autriche a matérialisé sa frontière avec la Slovénie, et en France, une double clôture grillagée entoure la rocade qui mène au port de Calais…

Tous les spécialistes de la migration le disent : verrouiller une frontière ne résout rien, il y aura toujours contournement.

En réalité, la construction d’un mur n’est qu’une réponse maladroite à un problème plus global : le pillage des pays pauvres, leur précarisation à cause des pays riches, une mondialisation à sens unique.

Subsiste un maigre espoir : l’Homme a toujours su fabriquer des échelles plus grandes que les murs qui lui faisaient face.

Commentaires

Merci de ce billet, Blaise. Si seulement une révolution des coeurs et des consciences pouvaient s'élaborer à partir de la citoyenneté mondiale à laquelle nous appartenons désormais. Bien à toi. J'espère que tu vas nous sortir une histoire dont tu as le secret de cette absence des peuples à la citoyenneté planétaire et à cette instrumentalisation scandaleuse des pouvoirs qui nous poussent dans le mur de l'apocalypse en flattant les nationalismes et les fascismes. Dernier en date. L'église orthodoxe sous Poutine qui trouve de belles vertus civilisationnelles à Staline...

Écrit par : pachakmac | 10 novembre 2015

"Subsiste un maigre espoir : l’Homme a toujours su fabriquer des échelles plus grandes que les murs qui lui faisaient face."
Comprendra qui pourra.

Si l'UE a ouvert les frontière à l'intérieur de la communauté, c'est une exception mondiale.
Ailleurs, nous avons l'Afrique des identités ethniques. En Asie, des cultures qui placent les étrangers comme personne de seconde zone (Japon, Corée, Chine,...), et je ne parle même pas des pays où l'aspect religieux intervient.

En dehors de l'Europe, les frontières, les identités, le communautarisme sont de mise.

Un monde sans frontière est typiquement une vue que partagent certains occidentaux, méconnaissant les différentes cultures mondiales.

"le pillage des pays pauvres, leur précarisation à cause des pays riches, une mondialisation à sens unique"
Lorsque c'est aussi simpliste, tout perd son sens. Si on prend les BRICS avec la Corée du Sud, etc.. Plein de pays nouveaux "riche" qui étaient pauvre, voir très pauvre. Sans oublier une croissance assez importante en Afrique.
Le monde est plus complexe que votre vision manichéenne.

Chaque pays a le droit de contrôler l'immigration. Et c'est ce qui se passe dans le monde entier. D'ailleurs, en général, beaucoup plus contrôlé qu'en Europe.

Mais la Suisse en tant que pays appartenant à la communauté mondiale a des devoirs morales: Aider, conseiller les pays qui le souhaitent. Un monde stable est souhaité autant pour éviter des migrations que pour l'économie.

A l'intérieur de la Suisse, avec parfois des villes qui frôlent les 50% d'étrangers, il est naturel que des suisses ne veulent pas devenir minorisé.

Écrit par : motus | 10 novembre 2015

L'invasion de l'Europe par les barbares fait partie du plan américain pour sauvegarder leur puissance. Quand ils seront là, plus rien ne sera possible.
Comment faites-vous pour ne pas le voir ? C'est tellement évident...

Écrit par : Géo | 10 novembre 2015

"Subsiste un maigre espoir : l’Homme a toujours su fabriquer des échelles plus grandes que les murs qui lui faisaient face."
... Mais vraiment très, très maigre... Dans la majorité des cas les échelles ne sont pas fabriquées, mais rêvées, telle que l'a été celle de Jacob, vue en songe uniquement.

Écrit par : La paille et la poutre | 06 janvier 2016

Merci beaucoup de ce billet

Écrit par : film regarder | 23 février 2016

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