10 mars 2015

Les survivants du Zoo de Kinshasa

Il aurait été préférable de vous présenter les gorilles du Parc des Virunga, près de Goma. Mais seuls de rares touristes ont les moyens de les voir. Non, autant vous montrer les seuls animaux accessibles aux 12 millions de Congolais agglutinés dans la capitale : ceux du Zoo de Kinshasa.

ZooKin.jpgA son ouverture, en 1938, le zoo était entouré de verdure. Loin du centre-ville, il accueillait 3'000 animaux de 600 espèces différentes. Aujourd’hui, son enceinte est prise dans la jungle asphyxiante des quartiers populaires, à deux rues du très animé marché central. Il n’abrite plus que 150 animaux et les visiteurs sont rares : une classe d’écoliers en uniforme, une dizaine de couples venus s’enlacer à l’abri des regards, et un mundele (un Blanc).

Les deux lions sont morts il y a 20 ans, par manque de soins vétérinaires ; les barreaux de leur cage en ruine sont tapissés de plantes grimpantes. Les ours eux aussi ont disparu ; l’un d’eux avait mangé l’enfant d’un mundele, me dit un gardien, hilare. La cage des léopards, vide aussi depuis sept mois, pour cause d’avarie de viande (à préciser qu’il s’agit d’un produit de luxe pour 90% des Congolais de Kinshasa).

On commence alors la visite avec les deux seuls pensionnaires présents depuis le début, Antoinette et Simon, un couple de crocodiles du Nil ; « depuis 1938 à l’inauguration », lit-on en lettres défraîchies. Il y a quinze ans, Simon avait dévoré un gardien.

Ensuite, un singe vert, originaire du Congo ; c’est par lui que serait née l’épidémie d’Ebola dans les années 70, selon la légende. Puis deux babouins qui auraient à ce jour subtilisé aux visiteurs une dizaine de téléphones. Enfin, trois chimpanzés qu’il a fallu transférer dans la cage des gorilles (morts il y a longtemps) parce qu’ils avaient détruit à trois reprises leur cage pour s’évader.

Dans l’allée des oiseaux, une oie criarde sert de système d’alarme ; on a dernièrement volé quatre porcs épics, et trois varans il y a un an. Plus loin, un marabout à l’aile cassée. Et puis des perruches dites « inséparables », parce qu’elles ne peuvent vivre qu’en couple ; le septième volatile perd déjà ses plumes et mourra bientôt.

Un python de trois mètres sommeille dans une cage sur laquelle est écrit : « don du président de la république Joseph Kabila » ; les chevaux du dictateur paissent également dans la prairie du zoo…

Il paraît que des fonds européen vont permettre de faire revenir les lions, les gorilles et les éléphants. « Dans un futur proche », ajoute le gardien : une expression courante ici.

En secret, le gardien espère vivement que ces fonds iront plutôt à la population. Car si les animaux sont mal nourris, les gardiens, eux, ne sont plus payés du tout. Ils sont aussi les survivants du zoo de Kinshasa.

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