12 mars 2014

Deux vendanges par année !

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Sur un atoll de Polynésie française, des « aventuriers œnologues » l’on fait...

Bateau, boulot, dodo. C’est en barque que les vendangeurs quittent le village d’Avatoru, traversent l’une des passes de l’atoll de Rangiroa et gagnent leur vigne. Tous portent un T-shirt « Vin de Tahiti », le nom de leur appellation.

rangiroa.jpgLe domaine Ampélidacées, pris entre lagon et océan, entre eaux turquoise et cocotiers, à quelques centimètres au-dessus du niveau de la mer, est le premier essai de viticulture sur un atoll ; c’est le seul vin de Polynésie française.

Sur un fond calcaire composé de débris de corail blanc, une couche de compost végétal forme un sol étonnamment vert, grâce notamment à six pompes solaires qui puisent dans la nappe phréatique de l’atoll.

image008.jpgA Rangiroa, ni mildiou ni grêle. Sévissent par contre le thrips, un insecte parasite, les crabes qui raffolent des jeunes pousses, les sternes en guise de moineaux, la sécheresse et  les cyclones, comme Oli en 2010... Alors pourquoi cultiver de la vigne ici ? Parce que le climat tropical et l’absence de saisons permettent à la plante de n’obéir qu’à son cycle végétatif : les récoltes peuvent ainsi se faire 2,2 fois par an !

Les cinq vendangeurs se répartissent justement dans les lignes du plant fétiche, le carignan, un cépage rouge encore présent dans le Languedoc. Puisqu’à cause d’un sol très hétérogène, la maturation n’est pas uniforme, on ne récolte que les grappes mûres. A la fin de la journée, une tonne de raisins est acheminée en bateau à Avatoru, puis en pick-up vers la cave.

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La cave, c’est le royaume de Sébastien Thépénier, 36 ans, œnologue et patron du domaine depuis 2002. Il utilise un pressoir suisse Bücher et des fûts de chêne du Limousin. Cette année, et pour la première fois, la demande dépasse la production. Un tournant peut-être amorcé en 2008 et 2009, lorsqu’il obtint une médaille d’argent aux Vinalies Internationales de Paris. On attend ainsi la visite de la direction de l’hôtel Four Seasons de Bora Bora, une île qui absorbe 30% de sa production annuelle (35'000 bouteilles pour un domaine de 7 hectares).

Dans la salle de dégustation, la discussion dévie. Sébastien Thépénier a suivi un stage de formation à Lutry chez le viticulteur-encaveur François Rousseil. Dans deux semaines, sa cave accueillera un concert du guitariste de jazz Jan Vanek. Il ne prévoit plus de rentrer en métropole ; sa femme est polynésienne, elle lui a donné un enfant, et sa vie est désormais ici.

Si l'eau sépare les hommes, le vin les unit.