21 octobre 2013

Guerre en mer Méditerranée

Le 3 octobre dernier, le naufrage d’une embarcation clandestine faisait au moins 359 morts à Lampedusa. La veille, l’Etablissement vaudois d’accueil des migrants (EVAM) annonçait la fermeture à Gland de son abri de protection civile. 

La première nouvelle a suscité des vagues d’indignation, de honte, de colère et des images crues au TJ.

La seconde, il faut l’avouer, a plutôt réjoui la région. Cette année, plus que 140 requérants entraient dans le canton chaque mois, contre 188 l’an dernier ; et 106 requérants le quittaient, contre 76 en 2012 et 58 en 2011. Sur ce petit bout d’Europe, la rive nord de la Méditerranée avait semble-t-il remporté une bataille.

555916-drame_de_lampedusa_nouveau_bilan_22439_hd.jpgCar c’est bien d’une guerre dont il est question. Pas une guerre totale comme celle qui avait vu les Alliés bombarder l’île de Lampedusa lors du débarquement de Sicile. Non, une guerre larvée, invisible, terriblement meurtrière (4’000 migrants morts en Méditerranée depuis 2009) et bien plus inégale que celle de 39-45, puisqu’elle lance des civils à mains nues contre des détecteurs de CO2 et de battements cardiaques, des drones aérien, terrestres, maritimes, tout l’attirail de Frontex, une agence européenne crée en 2005 qui a vu son budget multiplié par 15 ces cinq dernières années.

Une guerre durant laquelle l’ennemi sudiste meurt de noyade, de soif, de faim, de froid, étouffé dans des camions, assassiné, écrasé ou suicidé. Une guerre qui interdit aux pêcheurs nordistes de Lampedusa de secourir l’ennemi, à cause d’une loi établie en 2009 qui décrète « le délit d'immigration clandestine »...

En 2008, j’étais à Zuara, la ville libyenne d’où partent les bateaux pour Lampedusa. On y trouvait des plages de sable blanc, des quads, des jet-ski… et des opportunistes qui y faisaient déjà fortune grâce au trafic de migrants (2'000 euros le passage).

L’accident du 3 octobre n’est pas une tragédie, c’est un choix politique et économique. Il y a des responsables parmi les nordistes et les sudistes, comme pour chaque guerre.

Alors que faire ? Ouvrir toutes les frontières, comme le préconise cet allumé de Cohn-Bendit ? Investir dans le développement du continent africain comme on le fait depuis 50 ans ? Organiser un sommet sur la migration, un de plus ? Manifester en s’allongeant dans des sacs en plastique noir sur le parvis du Trocadéro à Paris ?

Il faut avant tout redonner une allure humaine à ces 359 morts. Ils ne sont pas les zombies recroquevillés que nous ont montrés les médias, mais des êtres souvent éduqués, bien entourés, qui ont eu le courage de vouloir vivre plus dignement.

Il faut surtout se souvenir qu’en ce moment, la Jordanie accueille un demi-million de réfugiés syriens et le Liban près d'un million (pour quatre millions d'habitants !).

Commentaires

Toujours les mêmes erreurs qui reviennent indéfiniment. "qui ont eu le courage de vouloir vivre plus dignement". Ce n'est pas comme cela que cela se passe. On envoie le fils le mieux formé en Europe pour qu'il envoie des sous à la famille, donc au pater familias. J'ai vu un des ces "palais" chez les Soninkés, plus de 350 personnes y vivent. Tout a été construit par l'argent des fils envoyés comme OS chez Renault, qui mènent en France des vies d'esclaves logés à la Sonacotra. Le pater familias avait 12 fils, 11 sont en France chez Renault, le 12ème surveille leurs épouses qui pondent un gosse par an, conçu lors des vacances de leur mari...
Ce système a bien fonctionné, jusque il y a une vingtaine d'années, mais il est depuis victime de son succès. Notons tout de même que l'esclavagisme familial reste de l'esclavagisme. Mais bon, tant que cela reste entre Africains, cela ne choque pas trop les "humanistes" européens. Ce qui les intéresse, c'est de dégueuler sur la mère patrie (ce qui est la notion la plus clairement stupide jamais exprimée, je suppose que vous me l'accorderez ? Mère patrie ? Pourquoi pas Père Matrie...?) pour des raisons qui les regardent mais qui ont plus que probablement à voir avec les relations qu'ils ont eues avec leur papa...
(Hypothèse exprimée par Axelle Kabou dans son livre "L'Afrique refuse-t-elle le développement?").

Aujourd'hui, on voit des gens très bien formés, en Afrique mais aux frais des contribuables européens, en particulier français (voir EIER, ETSHER au Burkina, par exemple) qu'on envoie en Europe pour nourrir la famille et qui se retrouvent en esclaves en Andalousie à produire des salades. Ces gens dépensent chaque année plusieurs centaines de millions d'euros pour passer clandestinement en Europe. Ces sommes considérables, qui passent en mains de mafias sans scrupules, ne pourraient-elles être investies dans le développement de leurs pays ?

Quel est donc votre avis sur ce sujet ?

Sachez en tout cas, que revenant de la plage de Nouakchott un samedi matin où 14 cadavres de migrants venaient d'être rejetés, j'avais demandé au jeune et brillant patron du bureau T..., associé au projet où je travaillais, pourquoi il ne se proposait pas pour expliquer aux jeunes Africains qu'il ne fallait pas émigrer dans ces conditions, puisqu'il travaillait dans le social (on dit mesures d'accompagnement...). Sa réponse a été cinglante : il se ferait très rapidement supprimer. Les migrants ne partent pas sans acheter très cher le droit de partir...

Écrit par : Géo | 21 octobre 2013

Géo@ L'Espagne et l'Italie ont vraisemblablement un intérêt à faire venir ces migrants, comme vous le soulignez: travailleurs agricoles exploités dans des conditions dignes de l'esclavage du 18ème siècle. Récolte de tomates sous serres, vigne etc. Des Africains s'étaient révoltés contre ces conditions à Rosarno, en Calabre, et s'étaient fait mater par la mafia locale. Les pays de la Méditerranée ferait mieux de s'en prendre aux passeurs criminels qui organisent la venue de cette main d'oeuvre. Les laisser pendre par les pieds jusqu'à ce qu'ils sèchent. Ce n'est visiblement pas l'arsenal militaire qui manque.

Écrit par : Lou | 21 octobre 2013

Lou@ Ce n'est pas l'intérêt de l'Italie et de l'Espagne. Comme tous les Suisses ne touchent pas des bonus millionnaires comme tous les employés de l'UBS...
Il s'agit d'initiatives opportunistes de quelques-uns qui se disent qu'on pourrait les utiliser comme main d'oeuvre, ces gens, après tout...
Le problème de l'Espagne comme de l'Italie, c'est que le respect des lois y est faible. Pensez à l'importance de la mafia au sud de l'Italie...
Quant au sud de l'Espagne, nous nous contenterons de remarquer que la Reconquista n'a peut-être pas accompli encore tous les effets souhaités. Mais bon, cela pourrait passer pour un peu "raciste"...et oui, j'aime beaucoup la musique gitane et le flamenco...

Écrit par : Géo | 21 octobre 2013

Bonjour, cet article est vraiment super. Je le met tout de suite dans les favoris.

Écrit par : assurance auto devis | 15 septembre 2014

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