31 mai 2013

Ils vont me rendre idiot

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C’est grave, docteur ? Oui, c’est grave, il y a urgence à consulter. Consulter une boîte mail, une application message ou un fil d’actualité.

C’est sûr, on m’a programmé, on a trafiqué mon cerveau, déconnecté mes circuits neuronaux. Un téléphone a poussé au bout de mon bras et j’ai un écran incrusté dans la rétine. Iphone is watching me et Google colonise ma matière grise.

Depuis que j’ai commencé à rédiger cela, j’ai reçu trois nouveaux courriels, un spam, deux textos (auquel j’ai répondu illico) et consulté la page d’accueil d’un grand quotidien vaudois, plus par distraction que par curiosité intellectuelle.

Je suis un humain 2.0 souffrant d’hyperconnexion, un web-addict qu’un flux de particules traverse en continu. Ma concentration s’effiloche. J’ai la mémoire qui flanche. En surcharge d’informations, mon esprit n'est que moteurs de recherche, algorithmes, images numériques, vidéos populaires et bannières publicitaires. Plus moyen de me plonger dans un livre pendant une heure sans interruption. Mes synapses demandent des liens hypertextes. Je ne lis plus de gauche à droite – tranquillement, librement - je m’emballe, rebondis, navigue, zappe, podcaste, clique, double-clique, surfe, scanne, jongle, blogue... et bug.

Multitâche je suis, et à connexion haut-débit. Un boîtier électronique m’indique le chemin à suivre : un point bleu sur un écran tactile. Mes phrases se raccourcissent. Mon français s’anglicise. Je suis un digital-native de la Net génération.

Prisonnière du binaire, mon intelligence est artificielle, assistée : what you see is what you get. Plus de place pour le doute, le silence et la nuance. Je est un processus mécanique. Interdiction de divaguer, de méditer. Ne plus réfléchir, décoder, saturer le vide de contenus. Vite, parcourir en ligne des gros titres ou de tout petits articles pas trop compliqués. Je suis hanté. De l’immédiat ! De l'optimal ! De l’instantané !

C’est grave, docteur ? C’est très grave.

Mais il y a un remède (la santé mentale est à ce prix) : la désintoxication par déconnexionIl est grand temps de vivre un grand bug estival, de reconquérir ces terres négligées, ce continent fait de luxe et de volupté, ce monde de concentration et de contemplation, le calme de la pensée.

Commentaires

Excellent.

Écrit par : Andre | 03 juin 2013

10/10.
Je propose de faire mettre mon adresse email (avec sa boîte) à la poubelle. ça ne pourra que me faire du bien, ou au mieux un peu de calme pour ma pensée. Merci Blaise :-)

Écrit par : Marco | 04 juin 2013

très bon article qui reflète hélas une bien triste réalité et ressentie par de nombreux Suisses

Écrit par : lovsmeralda | 04 juin 2013

Les gens le nez planté sur leur écran dans le train, l'ordinateur allumé 23h sur 24, cela me révolte aussi, mais pourtant on peut choisir. On sait depuis bien longtemps que toute cette communication est envahissante et "dangereuse", tout le monde en a conscience et pourtant, tout le monde attend le trop plein pour tout stopper? Tout n'est pas que noir ou blanc... On peut modérer et se forcer à gérer, on peut s'opposer un peu aux gens-moutons et refuser de faire comme tout le monde, sans toutefois tout arrêter. Il me semble que tous ces progrès sont utiles à petite dose et faire des montagnes russes entre le Tout et le Rien n'est pas une solution qui tienne la route. Alors oui, ne rien faire est plus difficile qu'avant, notre imagination est parasitée, mais pour moi, être admirable serait de savoir gérer les deux, pouvoir être un peu ouvert aux deux mondes, sans alterner la fermeture complète à l'un ou l'autre de ces mondes.
Merci de m'avoir un peu bousculée :-)

Écrit par : Olivia | 04 juin 2013

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