13 mars 2013

Pas toujours du bon côté...

 

Réfugié dans les étages de son château ce lundi soir, le Conseiller d’Etat socialiste Pierre-Yves Maillard aurait peut-être donné cher pour perdre quinze ans, son poste... et tourner sa veste.

château.jpgAlors que la fonction publique en grève manifestait sous ses fenêtres contre son plan d’assainissement des caisses de pension, criait des slogans très peu respectueux et huait son nom, cet ancien syndicaliste aurait en effet certainement préféré dépoussiérer son mégaphone et clamer ce qu’il écrivait dans un article paru en 1998 :

« La grève est une libération. Elle est une affirmation de force et de dignité […] Qu’elle revienne donc, qu’elle enrichisse nos moyens de lutte, qu’elle gagne nos têtes, qu’elle ouvre à nouveau le champs des possibles... »*

L’Histoire est pleine d’ironie. Cet ancien prof d'école est maintenant seul dans son donjon, prisonnier du devoir de collégialité. Sur la place, il y a ses anciens collègues qui contestent, qui revendiquent et qui protestent. Dans les slogans des manifestants, le nom de Maillard a rejoint ceux de Broulis et de Leuba : même brouillard, même malice, même combat…

Vrai que cela me fait comme un pincement au cœur. Un pincement, certes de différente intensité, mais éprouvé à deux reprises ces derniers mois :

La première fois lorsque j’apprenais que ce monument de Gérard Depardieu, ce joyeux drille des Valseuses, fils de prolétaires et ancien petit loubard de la banlieue de Châteauroux, avait retourné son pantalon, était devenu le lâche multimillionnaire que l’on sait, fugitif, et à la botte d’un dictateur liberticide.

La seconde fois lorsque j’apprenais avec effarement qu’avant de devenir l’opportuniste patron de Novartis, cet ogre de Daniel Vasella militait au sein de la Ligue marxiste révolutionnaire, un ancien parti d'extrême gauche communiste qui luttait contre le capitalisme…

Alors, pour se consoler, il n’y a qu'un seul geste : celui de retourner au modeste, à la constance, la valeur sûre, la clairvoyance de Georges Brassens :

 « Quand ils sont tout neufs, qu'ils sortent de l’œuf, du cocon, tous les jeunes blancs-becs prennent les vieux mecs pour des cons.

Quand ils sont devenus des têtes chenues, des grisons, tous les vieux fourneaux prennent les jeunots pour des cons ».

*Article paru en 1998 dans Les huitantes ans de la grève générale, édité par le Parti socialiste lausannois.