10 février 2013

La fin des villages ?

Cette chronique est née cet hiver lors d’un road trip à travers les Etats-Unis durant lequel j’ai vu ce que je ne voulais pas voir chez moi. D’un côté, des villages résidentiels éparpillés sur des kilomètres, où plus personne ne marche. De l’autre, en réaction, la mode du « Nouveau piétonnisme », des quartiers flambant neufs, à taille humaine, des imitations de village, mais sans histoire ni traditions.

001942490.jpgCette chronique a mûri à la lecture de La Fin du village du sociologue Jean-Pierre Le Goff. Cinq cents pages qui revisitent un demi-siècle de l’histoire d’un petit bourg provençal, le sien. Sa conclusion : la mort imminente de ce que l’on appelait « village ».

L’autoroute a rendu la ville trop proche. Barricadés derrière les clôtures de leur villa ou de leur ferme rénovée, les « rurbains » ou « néoruraux » ont importé leur individualisme. La propriété est privée. L’autochtone, minoritaire. L’animation, subventionnée. Le reataurant, asiatique. Et l'instituteur, bobo citadin. Bref, selon Le Goff, le dialogue est rompu entre ceux qui portent encore un surnom et ceux qui tondent leur gazon, ceux qui travaillent sur place et ceux qui y font garder leurs enfants, ceux qui sont le patrimoine et ceux qui disent tant vouloir le préserver, ceux qui s’arrêtent bavarder sur la place et ceux qui préfèrent passer des soirées cathodiques ou anxiolytiques…

Cette chronique aimerait donner tort au modèle américain et au pessimisme du sociologue, remettre l’église au milieu du village. Ce dernier est-il vraiment, chez nous aussi, en voie de disparition ?

Mes amis qui ont récemment choisi de s’établir dans un village encore « abordable » pour voir grandir leurs enfants me racontent leurs difficultés d’appartenir à une communauté. A quoi bon devenir propriétaire si la propriété devient forteresse ? Comment ralentir la déshumanisation des campagnes ?

Le thème est complexe et la réponse ne tiendra pas dans ce petit rectangle. Il y a pourtant des petits gestes qui feraient de bonnes résolutions 2013.

Si nous ménagions parfois nos voitures, non dans un souci écologique, mais pour multiplier nos chances de rencontrer un voisin ? Si nous nous intéressions à l’histoire du terrain et de la maison où nous venons d’emménager ? Si, le 3 mars prochain, nous choisissions d’accepter les « effets secondaires » de la Loi sur l’Aménagement du Territoire afin d’éviter le mitage des campagnes, la multiplication d’îlots bétonnés, et d’optimiser les zones à bâtir existantes au sein des villages ? Si nous allions ce soir manger à l’auberge communale ? Et si nous rasions enfin ces satanées haies qui délimitent nos prisons?

Commentaires

Le printemps dernier, de passage à Champagne, je m'en suis allé avec ma grand-maman chez monsieur Paulet, qui n'était qu'à quelques encablures de ses 100 ans. Quand on est arrivés, il était sur le point de sortir; c'est qu'il était attendu à l'amicale du taillé aux greubons, dont il est un des derniers rescapés parmi les membres fondateurs. Il a juste eu le temps de me dire ceci:

"Bien sûr que les jeunes ne peuvent plus parler du village, le village n'existe plus."

Au plaisir de te revoir, par Cudrefin (en parlant de village mité...) ou ailleurs.

Écrit par : katch | 12 février 2013

Comment comparer les USA ä la Suisse? Notre pays n'est qu'une grande ville avec beaucoup de zones vertes. Prière de la laisser prospérer gràce au travail acharné de ses habitants, et prière d'admettre que les hommes politiques plutôt que les fonctionnaires aient la haute main sur l'aménagement du territoire. Que le canton de Vaud et ses communes restent libres sur leur terre. Le pouvoir central de l'administration prévu par la LAT est sinistre, car sans crainte d'opposition, avec but avoué de faire ce qu'il veut lui. Et griserie du pouvoir s'en suit. J'ai vécu à l'étranger la stupidité de certains chefs de service omni puissant , pas drôle pour la population.

Écrit par : J'ai 80 ans | 13 février 2013

Notre pays n'a plus d'âme!triste considération en comparant la chaude ambiance qui régnait encore dans certains villages en 2000 et qui du simple au double ont vu arriver nombre de théoriciens arborant de nouvelles idéologies pour mener par le bout du nez les anciens habitants.
On a voulu nous clore le bec a prononcé un ancien qui avait fait la Mob,sur le coup tous les retraités du coin se sont murés chez eux et plus personne ne parle à quiconque.
Vive le progrès ou l'amour passe d'abord par le tri sélectif .Lequel fut aussi relevé sous forme de boutade mais bien amère par un autre de la Mob qui affirma ,on en a connu qui trièrent les humains pensant récolter la croix de la Légion d'Honneur ceux d'aujourd'hui ,doivent sans doute rêver d'une croix du Mérite

Écrit par : lovsmeralda | 19 février 2013

Je partage totalement cet article. J'ai dit récemment à un ami...
Dans les villes, je regarde les gens courir, pendant que je marche. Merci à vous pour cette leçon de sagesse de vie.

Écrit par : Andre | 03 juin 2013

Il y a, dans un joli village entre Lausanne et Echallens, un agriculteur qui y vit depuis plusieurs générations. Normal. Le village est devenu un peu cossu avec ses belles fermes vaudoises rénovées et pelouses manucurées. Normal. Or, cet agriculteur a été prié par le conseil communal de déplacer ses vaches loin du village, et de ne plus les faire traverser les rues pour rejoindre sa ferme. Suite aux plaintes des bobos, mais surtout des nouveaux riches (russes et autres venant de multinationales) ne tolèrant ni les beuses qui tachètent la route, ni le bruit du compresseur le matin durant la traite, ni de patienter dans leur luxueuses autos que "ces dames" aient rejoint l'étable.

Ce pays est en train de se vendre à des beaufs/gangsters, et c'est un véritable scandale !

Écrit par : Pasche | 03 juin 2013

À Monsieur Pasche,

À la vache! C'est vraiment le beusier!... Des nouveaux riches au village!

Certains d'entre-eux seraient-ils devenus riches grâce à la traite?... La traite des Blanches et non pas des vaches, bien entendu.

On comprend le Conseil communal. Il est certain que ce genre de traite permet d'exploiter un "cheptel" moins salissant que celui des Noires-et-Blanches.

Écrit par : Baptiste Kapp | 03 juin 2013

@B.Hofmann merci pour cette lecture réconfortante surtout pour ceux qui peuvent témoigner que vivre en communauté comme en co-propriétés ,cette sorte d'habitat qui devait être garant de sécurité est devenu avec le temps un vrai pièges à rat surtout pour les isolés.
Cloitre et mutisme sont leurs seuls ressources pour ne pas encore exciter les délires d'électrons libres comme ceux qui prétendent sauver la planète en rejetant délibérément ou leurs proches ou personnes handicapées voire même une autre éducation car Suisses et fiers de l'être ,avec armoiries à l'appuis si nécessaire,ceux-là surtout sont très dérangeants!
Normal l'éducation s'est faite en compagnie de gens qui avaient leur savoir à léguer ,les suivants se sont empressés de le léguer a leur descendance afin que la chaine de l'intelligence émotionnelle et intellectuelle ne puisse jamais se tarir
L'intelligence du coeur finira toujours par l'emporter sur la machine,pour preuve de nouvelles volées d'infirmiers en psychiatrie sont entrain d'être formées.On aura pas lutté en vain et le salut des humains livrés à eux mêmes enfin sera entendu mais par des professionnels et non des pseudo psychanalistes ou autres considérés comme très dangereux du temps ou les hopitaux ne fonctionnaient pas uniquement au son de la marche Argent
toute belle journée pour Vous

Écrit par : lovsmeralda | 05 juin 2013

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