14 avril 2010

Nouveauté n'est pas modernité

Official-Movie-Poster-for-Tim-Burton-s-Alice-In-Wonderland-HQ-alice-in-wonderland-2009-8993099-691-1024.jpgNe faisant partie du million de Suisses à avoir consommé l’Avatar de James Cameron, je me suis racheté avec l’Alice au pays des merveilles de Tim Burton, puis ai regretté de n’être pas allé voir un muet, ça m’aurait plus parlé, ou un monochrome, il aurait eu davantage de profondeur. A l’avenir, lorsque je voudrai voir des êtres en trois dimensions avec une atmosphère sonore réaliste, j’irai au théâtre.

Car les trois «d» de ce prétendu nouveau cinéma riment avec «dépense excessive» (22 francs la séance !), «douleurs oculaires» (et pas moyen d’embrasser qui que ce soit avec ces satanées lunettes…) et «désillusion».

Ce n’est pas le coup de gueule d’un passéiste. Je crois en la modernité, mais ne veux en être l’esclave. Surtout s’il s’agit d’un avatar trompeur de modernité.

Car la modernité, c’est avant tout du sens. Qu’Alice ait coûté 200 millions de dollars m’importe peu, pourvu que ces moyens soient mis au service d’une intention artistique ; fond et forme sont indissociables. Si le scénario est pauvre, la forme, aussi innovante soit-elle, ne peut qu’être gadget, régression technologiste. Rien ne sert de planquer derrière un support 3D un film sans épaisseur.

La modernité, c’est aussi de la création. Et force est d’admettre qu’Alice est une régression artistique après Edward aux mains d'argent ou L'étrange Noël de Monsieur Jack. Le dernier Burton repose sur une histoire mal recyclée, binaire, prévisible, presque intelligible, qui se dilue au final dans une morale marchande : Alice rompt avec l’imaginaire pour s’engager dans le monde… de l’entreprise !

La modernité, c’est enfin une évolution dans les consciences. Or il est improbable qu’Alice révolutionne l’histoire du cinéma. Il y a eu le son, la couleur, le numérique et maintenant la 3D, mais ce seront toujours les réalisateurs, les scénaristes et les acteurs qui feront avancer le cinéma. Pas les supports.

Juste avant d’écrire ce billet, j’étais en compagnie du vieux Godard et de son Pierrot le Fou (1965), un trésor inaltérable d’émotions et de modernité : dialogues avec le spectateur, collages, diversité des genres, imprévisibilité du scénario… A sa sortie, Pierrot le Fou fut interdit aux moins de 18 ans pour «anarchisme intellectuel et moral». La modernité, c’est peut être aussi cette quatrième dimension-là.