11 juillet 2008

Coup de foudre sur coup de foudre

Ton nom a résonné dans l'Otogar de Bodrum. Gümüşlük! Bouée lancée dans une marée d'Aryens en tong. Gümüşlük, la destination d'un vieux dolmus diesel.

portgumusluk.JPGÀ l'ouest de Bodrum, ce village (prononcez “gumuchluk”) ressemble à ce que devait être jadis un village méditerranéen (photo). Un port de pêche, un marché hebdomadaire, de l'eau et du vent. Petite touche personnelle, ledit village possède sur sa plage une gargote foudroyante. Prenez place sur l'une des deux tables du Soğan Sarmisak (“Oignon-Ail”, en turc). À peine le soleil s'est-il couché au pied des îles grecques de Kalymnos et de Lerros qu'un second soleil vous surprend : traditionnel yemeni noué tel une auréole autour de sa chevelure de braise, boucles d'oreille en forme de corbeille à fruits, tablier brodé d'edelweiss et sourire au zénith, Zeynep (photo ci-dessous), la patronne du resto, vous conseille son fameux Imam Bayild (“imam évanoui”) suivi d'une dorade au four à la sauge sauvage. Vous dites oui à tout.

ZeynepCan.JPG

La serveuse s'appelle Inga, vient de Tbilissi et met du turc dans son russe. Entre deux services, elle chante son pays en s'accompagnant au piano (photo). Vous la rejoignez à l'intérieur. Dans un coin de la pièce, la mère de Zeynep lit un journal avec une loupe. Un minimusée familial sur la mezzanine, des topianoraisinée.JPGnnes de livres de cuisine, un poster “olive make the heart grow stronger”, des guirlandes d'ail et... une tarte à la raisinée flanquée d'un drapeau suisse!

Zeynep vit depuis vingt ans entre Vevey et Gümüşlük. Six mois, six mois. “Il y a 25 ans, je voulais acheter une maison en Turquie. J'ai parcouru en voiture toute la côte, d'Izmir à Antaliya... C'était Gümüşlük ou rien!” Elle dut patienter deux ans avant d'obtenir une première offre, une vieille bicoque en béton de 48 mètres carrés. Zeynep n'aime pas le béton. Elle engage donc l'un des trois derniers tailleurs de pierres de Bodrum et construit la maison de ses rêves dans l'un des derniers sites du litoral turc préservés du tourisme de destruction massive.

construction.JPGPendant trois décennies, Gümüşlük ne voyait passer que des intellectuels et des artistes d'Istanbul (qui se gardaient bien de divulguer l'adresse). Beaucoup de films y furent réalisés. En 1995, fin du scénario. Le village fut “découvert” par le grand nombre et toutes les collines environnantes sont depuis flanquées de centaines de résidences secondaires pour Turcs aisés et étrangers (3'500 habitants l'hiver et 20'000 l'été : photo). Pour l'instant toutefois, les sites archéologiques découverts en 2004 interdisent toute nouvelle construction dans le village.

En 1986, il y avait trois restaurants, chaque habitant avait son bétail et quelques mandariniers, se souvient Zeynep. Aujourd'hui, le village dispose de cinquante restaurants, le dernier cultivateur cherche à vendre et seules deux familles élèvent encore des bovins. Les natifs de Gümüşlük ont appris à acheter leur lait en brique à la Migros de Turgutreis... Ce sont eux qui veulent l'implantation de grands hôtels pour profiter des retombées!”

littoralGumusluk2.JPG

01:43 Publié dans k Turquie | Lien permanent | Commentaires (3)

Commentaires

Bonjour, nous l'apprécions également beaucoup ! Avons eu la chance aussi de pouvoir partager de grands moments de bonheur sur place, sur ce coin de paradis ! Avec son sourire, son amabilité, ses coups de coeur culinaires ! Elle a d'ailleurs son site http://www.cuisinedusoleil.net/ qui n'est qu'un pâle reflet de ce si beau coin de Turquie !

Elle a également son papa qui a un charmant petit hôtel à Turgutreis !les transports se font par mini-bus locaux ! les gens sont aimables et souriants ! on y trouve toutes sortes de terrasses (pas trop touristiques) le coup d'oeil est féérique !

Amitiés - et à ne pas manquer ce coin sur Terre ainsi que Zeynep !

Écrit par : Viviane & Patrick | 12 juillet 2008

Un vrai bonheur que cette Sevinç (alias Zeynep).

J'étais sur place quand elle a commencé à installer son restaurant... quelle histoire!

Rien n'était simple, les autres restaurants essayaient de lui mettre les batons dans les roues.

Je suis heuereux de constater que la notoriété est d'actualité.

Chez elle, vous ne trouverez rien d'ordinaire. Adieu le döoner kebab !

C'est vraiment lacuisine traditionnelle de sa mère, ceci sans oublier les décorations intérieures! On se croirait transporté dans l'ambiance de la chanson "Suzanne" de Leonhard Cohen.

Grand veinard d'avoir pu faire cette expérience!

Gérard Blanc
Réd en chef du magazine Je pars

Écrit par : Gérard Blanc | 16 juillet 2008

J'ai perdu un carnet sur kequek figurait le n° de téléphone de Sevinç.

Son site web ne s'ouvre plus.

Serriez-vous assez aimable de me redonner ses coordonnées?

Un grand merci d'avance.

Gérard Blanc

Écrit par : Gérard Blanc | 07 janvier 2012

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