27 juin 2008

Échange finale turque en Turquie contre match matinal à Alep

Citadelle.jpgEn fin de journée, ils se moquent pas mal de la citadelle (photo) qui domine les trente-sept souks de la médina (comment du reste y ferait-on rentrer deux millions et demis d'Alépins?). Ils déambulent plus volontiers dans le parc de la nouvelle ville. Plus précisément autour de son bassin central.

ALEP La foule se densifie. Elle attend quelque chose. Nuit noire. Soudain, un air arabo-électronique balancé à plein régime annonce la chorégraphie multicolore de centaines de jets d'eau qui montent et descendent en rythme. On ouvre grand les yeux (et la bouche) sans piper mot. C'est d'une beauté. Les enfants dansent. Les uns laissent une caution pour emporter un narghilé près du bassin. Les autres investissent dans des bâtonnets fluorescents ou des cafés à la cardamome.

Un vieillard raconte des blagues sur les habitants de Homs, “les Belges de Syrie”. Immortalisant le spectacle sur son téléphone portable, un jeune alépin avoue n'être jamais allé à la mer, “faute d'argent” (son Motorola coûte 2'500 lires – 50 francs suisses - l'équivalant d'une quinzaine d'allers-retours vers le littoral). Plus loin, un Irakien dit avoir décidé de ne plus attendre la fin des hostilités pour rentrer: “depuis 2006, la loi syrienne s'est durcie” (1,3 millions d'Irakiens se sont réfugiés en Syrie)...

PlacedesMartyrs.JPGFin du show, la foule rejoint la Place des Martyrs (photo), une large esplanade décorée par trois affiches géantes: présentation des grands projets d'Alep, annonce de prix cassés chez la compagnie Syriatel et portrait du président. Devant la statue des Martyrs, le “Syrian Family Planning” mène une campagne de prévention. Si les drogues dures ne sont pas encore un problème à Alep, l'alcoolisme préoccupe davantage l'association: abus d'Al-Chark, la bière brassée à Alep, mais surtout d'arak, l'équivalant syrien du raki turc ou de l'ouzo grec.

TURKIYA ! Vingt-deux heures, grand temps de chercher où suivre la demi-finale opposant l'Allemagne à la Turquie... Cybercafé, “Beauty center”, pâtisserie, boutique “Oui, ma chérie”, disquaire, hôtel Baron (arborant une affiche de 1911: ¨l'unique hôtel de première classe à Alep, le seul recommandé par les agences de tourisme”)... enfin une CinemaOpera.JPGmaison de thé avec téléviseur. On semble regarder le match “à défaut de mieux”. À la cinquantième minute, un problème de retransmission sur les chaînes syriennes ne perturbe aucunement l'assemblée. Elle me conseille l'Opéra (photo), un cinéma qui projette des films “sexy” la journée et des matchs le soir.

Dans la salle obscure, plusieurs centaines de fanatiques braillent et s'agitent pour soutenir la Turquie (qu'importe le sandjak d'Alexandrette, le "don" de la régıon syrienne d'Antioche aux Turcs en 1939 et les problèmes récurrents du partage des eaux de l'Euphrate, on ne trouve des drapeaux allemands qu'aux balcons d'Al-Jdeida, le quartier chrétien). Turkiya! Turkiya! Turkiya…

Trois à deux pour l'Allemagne : perdu la possibilité de suivre la finale chez un finaliste, mais décroché une invitation pour une partie de foot le lendemain. À Alep, on joue de six à huit. Six heures le matin.

09:51 Publié dans j Syrie | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Comme j'apprécie ces nouvelles du monde éclairées par une lucarne tout à fait personnelle !

Écrit par : marie agnes | 27 juin 2008

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