26 juin 2008
Lattaquié, tendance été 2008
Est-ce le reflux de la mer, le trafic du port ou un décret solaire ? Le fait est qu'un tel spectacle ne m'avait plus été présenté depuis... disons... l'Espagne. Non, la ville de Lattaquié ne ressemble pas à ce qui vient à l'esprit lorsque l'on prononce le mot “Syrie”. Parlons peu, parlons fringues. “Welcome in Syria.”
Ces dames d'abord : sandalettes rouges ou talons à aiguille argentés, bermuda en jeans moulant, body en treillis militaire, ombrelle turquoise, démarche de clips libanais et lunettes de chez Dior, maquillage bien apprivoisé, franges et permanente, souvent décolorées, parfois réussies. À Lattaquié, des femmes se promènent mains dans les poches (un petit pas pour la femme, mais...), un tiers seulement se couvre la tête et le tiers restant porte de larges ceintures taille-de-guêpe, des corsages flashy ou des tailles sous-évaluées qui annoncent que le meilleur reste à venir...
Ces messieurs ne sont pas en reste. Les souliers vernis à pointe relevée jouent sèchement du talon sur le sol (tout le monde doit avoir vu les souliers vernis à pointe relevée). On achète volontiers au double du prix des pantalons neufs préalablement usés (et merde pour les pauvres!). Avec cela, une chemise à paillettes ouverte jusqu'au troisième bouton (parfois le quatrième, en fonction du facteur pileux) ou un juste-au-corps rose bonbon agrémenté d'une inscription anglophone (des articles qui ne se porteraient peut-être pas si l'anglais était compris). Pas de moustaches à Lattaquié, mais des barbichettes précises qui doivent prendre des heures. Parfois l'ongle d'un auriculaire plus long que les neuf autres doigts ou une boucle d'oreille. Lattaquié ose le short Hawaï, le marcel blanc, l'aigle tatoué, la gomina et le tronc bodybuildé. On trouve (encore) suspendus aux balcons beaucoup de drapeaux... italiens.
À Lattaquié, la rue ressemble enfin aux vitrines des magasins et aux affiches publicitaires. On se permet des extravagances vestimentaires “hors mariage”. Résultat : l'amplitude des styles ouvre le regard des gens, plus personns ne dévisage le truc-qui-dépasse et même le plus ringard de tous - pourtant placardé dans tous les cafés, les magasins, les places publiques, les bâtiments officiels et les timbres-poste (Monsieur le Président) - ne suscite aucun commentaire dévalorisant...
Sur les plages toutefois, les versions divergent. Il y a les plages dites “occidentales” (on y rigole très peu) et les autres. Dans ces dernières, l'écran total est d'usage chez les femmes... mais l'une ouvre la marche, papa s'occupe de la petite et un couple échange des mots doux en se tenant par la main. Rien à redire. Welcome in Syria!
10:54 Publié dans j Syrie | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
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Commentaires
J'espere que ton estive se passe bien... les souris grossisses.
Yann
Ecrit par : Yann | 26 juin 2008
Bonjour,
Il y a 10 ans, j'ai eu l'occasion de traverser la mer de part en part en voilier. Une des étapes fut Lattaquié. Et en effet, quand j'ai annoncé ma destination aux autorités chypriotes, ils ont fait une moue à faire douter du "Welcome in Syria". Arrivée dans la brume et une chaleur étouffante , tandis que tonnaient des coups de canon d'exercices militaires, on s'est longtemps demandés si c'était une bonne idée d'y aller.
J'ai reconnu dans votre article les bourgeons de liberté déjà visibles il y a 10 ans en ballade sur le front de mer (été 98). Sur place, l'accueil au port (2 seuls voiliers de plaisance entre des cargos chinois et des vedettes militaires), ces couleurs et ces quelques fantaisies ont très vite dissipié nos inquiétudes...
Ecrit par : Xavier | 26 juin 2008
Je viens de passer un mois et demi à Lattaquié. J'en garde un souvenir très agréable. J'y suis allée dans le passé et je peux dire que c'est une ville qui embellit et se modernise à vue d'oeil; Tout y est pour plaire, la mer, la beauté de l'arrière pays , la culture avec tous les sarkophages et les colonnes Romaines qui sortent de terre et dont on ne sait que faire. Au printemps, les odeurs d'orangers envahissent la ville; Les rapports entre hommes et femmes paraissent sans complexes dans la limite bien sûr d'une société traditionnelle. Les patisseries sont un régal. Les restaurants et les cybercafés abondent. Pas de problèmes pour retirer de l'argent, il y a plein de guichets automatiques; Si vous avez des problèmes, il y a un consulat de France. L'accueil y est sympathique. J'ai pris le train à Lattaquié pour Alep. J'y ai passé la journée. Pour un prix dérisoire, on vous servira en plus le café et vous aurez droit au journal. Allez vite dans ce pays avant qu'il ne soit envahi par le tourisme de masse car je le sens venir!!!
Ecrit par : Monique | 07 juillet 2008
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