10 juin 2008

Le Sud-Liban comme si de rien n'était... ou presque

“La diversité religieuse, politique et culturelle est merveilleusement enrichissante. Sur Tyr plane un pacifique nuage blanc, gage d'une cohabitation solidaire et fraternelle" , lit-on dans un prospectus publié par la Ville.
TYR En juillet 2006, pendant la “guerre des 33 jours”, le Hezbollah (et l'armée libanaise...) est parvenu à chasser les Israéliens du Sud-Liban. Beaucoup de Tyriens avaient momentanément quitté la ville, même si cette dernière fut partiellement épargnée. “Grâce aux sites classés par l'UNESCO ou à la présence de la FINUL (Force intérimaire des Nations unies au Liban), selon certains. Ce sont les villages environnants qui ont "ramassé": un déluge de bombes, dont une grande partie n'a pas encore explosé...
Malgré tout, en flânant, hic et nunc, à 25 kilomètres de la frontière israélienne, on ne sent qu'une brise légère et oublieuse. Carpe diem amnésique. “Les Tyriens peuvent, du jour au lendemain, faire la paix ou la guerre”, me dit-on.

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Le long de la corniche nord, de vieux bus VW se garent à espace régulier. Dans chaque coffre, une machine à café. A l'intérieur, tables, chaises, 1650680023.jpgparassols, narguilés, petite restauration et matériel sono. Les yeux perdus sur l'horizon, les consomateurs ne veulent pas entendre parler de guerre. On profite. Avant la prochaine. Car pour beaucoup, l'élection du nouveau président le 25 mai dernier n'était qu'un "camoufflage". Tyr, ville à majorité chiite, est persuadée que le Hezbollah prépare en ce moment sa prochaine offensive. "L'offensive définitive". Contre Israël? Contre l'état libanais? Le ciel, le soleil, la mer...“À Tyr, on n'a pas les problèmes de Beyrouth, le stress, la pollution... Ici, c'est tranquille... sauf quand il y a la guerre”.

581496379.jpgLa corniche nord mène au port. On y rencontre des pêcheurs palestiniens qui vivent dans le petit camp d'Al-Bass, celui que les Libanais appellent “le civilisé”, par opposition aux deux autres camps, Burj El Shamal et Al Rachidiya, autrement moins verdoyant, urbanisé et commerçant.

SOUQ HUMANITAIRE Mais revenons au port, car il en dit long sur la ville. De frêles embarcations de pêcheurs côtoient des dizaines de jet-skis japonais garés devant la terrasse du restaurant Le Phénicien. Du port, on a une belle vue sur la vieille ville, ce dédale de ruelles prisonnières d'une péninsule cerclée par la mer (Tyr, ou “Sour”, en arabe, vient de “Surru”, rocher). On distingue au-dessus des 2139536987.jpgtoits la cathédrale des Croisés, l'église maronite du quartier chrétien, trois minarets (dont celui tout neuf de l'université islamique), des colonnes grecques (photo) et un château d'eau que la guerre a transformé en passoire. Une mixité que vient encore renforcer les voitures de Médecins sans frontières, l'enseigne de Terre des Hommes et le QG du Comité International de la Croix-Rouge. Un chauffeur libanais attend à proximité de son véhicule. Lui travaille pour l'ONU, touche 1000 dollars par mois et se dit heureux d'avoir remis son magasin: “je voyage à travers le pays, 1574601200.jpgj'ai l'impression d'être en vacances...” Un peu plus loin, il faut jouer les interprètes de fortune entre un Onusien polonais qui aimerait savoir où acheter un ordinateur portable et un passant libanais francophone...

De l'autre côté de la vieille ville, à nouveau la plage, le sable, le soleil, une lignée de bâtiments criblés d'impacts de balle (photo), puis le mur de l'école Imam Sader sur lequel des peintures naïves racontent ce qui se passe dans la tête des enfants:

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DO YOU PLAY “BAARA”? De retour sur la plage, un choc. Des jeunes se mettent à dix pour asséner une sévère correction à l'un d'eux, dans l'hillarité générale. En m'approchant, je m'apperçois qu'il s'agit d'un jeu. Après m'avoir demandé pour quelle organisation je travaille, on m'explique les règles du “Baara”:

31676635.jpgSoit deux territoires carrés de cinq mètres sur cinq. Un homme seul se présente sur le territoire des autres joueurs (de 2 à 5). Son but est de toucher de la main l'un d'eux, puis revenir sur son territoire. L'adversaire touché sera ainsi éliminé. Mais si l'homme seul est plaqué au sol 1939211060.jpgdans le territoire adverse, sans avoir pu revenir “chez lui”, il a droit à une sévère correction: mêlée, étouffement, sable dans la bouche, coups, etc. Il suffit de dire “Baara” et tous le laissent reprendre ses esprits et se débarbouiller dans la mer, mais l'orgueil les fait résister le plus longtemps possible. "Baara", tout un symbole... 

UNITED NATION Au bout de la plage enfin, derrière des barbelés, se réfugie la plage privée du Rest House Hôtel (15'000 lires - 12 $ - d'entrée). Dans le parking, une bonne vingtaine de voitures "UN". Sur certaines, des drapeaux espagnols et allemands, Euro 2008 oblige... mais l'envie de "faire ma mauvaise langue" me passe en sortant du Rest House, lorsque juste en face, un monument rappelle le nombre 1482496286.jpgdes victimes onusiennes du conflit libanais. Le monument n'était initialement prévu que pour les victimes de 1978 à 1998. Il a fallu ajouter une stèle de marbre au dessus pour les victime de 1998 à 2004. Jour du décès, grade et nationalité du défunt. Toute l'Europe est réunie, les Etats-Unis, le Népal, les îles Fiji, le Swaziland... Quand vous vous y rendrez, on aura certainement inauguré la troisième stelle.

12:39 Publié dans i Liban | Lien permanent | Commentaires (2)

Commentaires

En arabe libanais, "baara" veut dire "vache"

Écrit par : Amin | 11 juin 2008

Dis Amin, saurais-tu le rapport qu'il y a entre ce jeu sympathique et le mot "vache" ? Personne n'avait su me dire...
...quant a ta formule "arabe libanais", elle me fait pense a un Algero-belge rencontre la veille. Il etait en visite au Liban pour un mariage. Ne a Alger, bien que vivant a Bruxelles, il parle couramment "l'arabe algerien", mais ne comprend rien a "l'arabe libanais" (plus classique que le sien). Et pas un Libanais ne le comprend. Bref, il s'est fait une raison. Il parle francais avec ceux qui parlent francais...

Écrit par : Blaise H | 11 juin 2008

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