30 mai 2008

Qursaya ou la bienheureuse définition de l'anachronisme

Pure ségrégation anti-mâle. Au Caire, le métro laisse aux femmes le choix entre des wagons exclusivement féminins et des wagons dits “mixtes”, alors que les hommes sont forcés de s'ennuyer entre eux...

1875214106.jpgPure provocation, vous l'avez compris. Ou simple esquive, car aucun mot ne peut décrire ce métro-là. On peut risquer de s'en prendre une en osant une photo, bras levé au-dessus des têtes, puis promettre en toute mauvaise foi de l'effacer aussitôt. Incorrigible, je contourne l'obstacle et vous renvoie à la fresque du peintre Bahgory accrochée dans la station Sakiet Mekky: un sublime Guernica souterrain à l'image de ce métro protéiforme.

868372498.jpgLE CAIRE Depuis la station Sakiet Mekky, on peut relever les devantures (“Enter Net, Pay Station & Natwork”) ou emprunter la rue du 6 Octobre. Une grande date (en 1973, en plein Yom Kippour, l'Égypte se ruait sur Israël) pour une toute petite rue luttant contre le soleil avec les moyens du bord: feuillus aux bras longs, aspersion à grands jets, cruches en terre cuite remplie d'eau aussi fraîche que douteuse, montagnes de pastèques, de prunes et de pêches disposées sur de l'herbe humide. Explosion juteuse. Première pêche de l'année. Faire un voeu. J'aimerais. J'aimerais m'extraire de la tourmente...

2016772798.jpgSur les quais où conduit la rue du 6 Octobre, près d'une nasse pleine de carpes hyperactives (pas meilleure démonstration de fraîcheur), on regarde s'approcher une barque pleine d'hommes, de femmes, de brebis et d'enfants. À l'accostage, un homme attrape la corne d'un bouc et l'emmène sur la terre ferme. Le troupeau suit. Les êtres humains ausssi. La barque se vide. Pour vingt-cinq piastres (il n'est pas de plus petite monnaie), on embarque. Un teenager tire sur une chaîne qui grince autour d'une poulie, une chaîne reliée aux deux rives. En face, l'île de Qursaya.

959073615.jpgCultures de trèfles - vert nourrissant - aigrettes - blanc aveuglant – accacias – rouge inouï - et fillettes frottant des assiettes dans le Nil. Jouissant de la sérénité de cette île peuplée de paysans et de pêcheurs, on peine à imaginer ce que ces derniers ont subi en septembre dernier. Une escouade de militaires débarquaient alors, fusil au poing, les priant de bien vouloir quitter les lieux pour faire de Qursaya une base militaire. Armés de cailloux et de bâtons, ils avaient résisté...

Une trop longue histoire pour être contée ici. Disons simplement qu'au moment où ces lignes s'écrivent, la partie est gagnée contre le gouvernement. Même si la menace persiste. Alors que l'armée a établi son campement au nord de l'île, des promoteurs inspirés rêvent de transformer l’île en réserve naturelle ou en complexe hôtelier.

Au milieu de la tourmente, au milieu du Nil, au milieu du vert, du blanc et du rouge, des hommes sages ont disposé un banc de bois sous une treille de vigne et de canisse. L'endroit rêvé pour savourer la leçon de vie d'un insulaire, surpris seul, immobile, sans Coran, sans fatigue et sans tristesse. Noblesse de l'inaction et définition bienheureuse de l'anachronisme.

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09:36 Publié dans g Egypte | Lien permanent | Commentaires (5)

Commentaires

Merci Blaise de m'aider à prolonger mes vacances égyptiennes... J'avais lu mi-avril un super sujet sur les révoltés de Qursaya dans "Libération". Magique. Peut-être avais-tu eu l'occasion de le lire (journal pas évident à trouver, mais je suis tombé dessus sous le pont (auto)routier en arrivant dans le quartier de Zamalek... Bonne continuation. Et ton manuscrit, bouclé?

Écrit par : Guillaume | 30 mai 2008

Salut Guillaume,
Celui qui m'a fait découvrir l'île de Qursaya est un jeune et talentueux photographe fribourgeois, Luca Etter (www.lucaetter.com), en résidence ici pour 6 mois. En rédigeant l'article, je suis tombé sur le papier de "Libé" qui retrace dans les détails la saga : (http://www.liberation.fr/transversales/grandsangles/321633.FR.php). Je n'ai pas rencontré le fameux “docteur Mohammed”, comme on appelle ici ce Mohammed Moustafa dont parle l'article, mais me suis promené dans le jardin d'Eden de sa villa et ai rencontré en coup de vent sa femme Brigitte, aussi une Suissesse. Décidemment... Pour le manuscrit, oui, bouclé! Ce soir pour fêter et demain, en route, ma'assalama Al-Qahira...

Écrit par : Blaise H | 30 mai 2008

Salut Blaise,
J'habite sur Grenoble et je m'apprette à tourner autour de la Méditerranée à partir de Septembre 2008 en mode léger sur une 10aine de mois, à pied avec un petit sac. Je trouve ton blog tres riche d'information, d'annecdote. Merci de nous faire partager ton regard du monde.
S'il t'es possible de me répondre, j'aurais voulu avoir quelques tuyau pour préparer ce trip.
As tu fais des demandes de visas pour les pays qui en nécessite avant de partir, si oui lesquelles? ou achètes-tu au fur et à mesure au frontiere ou aux ambassades ?
Je suis interréssé par ton visas businesss pour entrer en lybie, peux tu me donner plus d'infos sur les passeurs?
Merci d'avance. En attendant de pouvoir plus échanger sur nos voyages.
Bonne route. Suerte.

Écrit par : Vincent | 31 mai 2008

Salut Vincent,
Bonne idée que ce tour de mer... So, mon voyage s'étant préparé en 8 jours, je ne suis parti qu'avec un visa algérien. Pour celui-ci, il te suffit de réserver trois nuits dans un grand hôtel d'Alger (l'Albert 1er...) et leur demander de te faxer une confirmation (pas besoin de payer en avance) : suffisant pour le visa.
Pour le visa business de Libye, je te donne le mail de Moussah sur ton mail (le nom de sa compagnie se trouve dans l'adresse). Possibilité de marchander...
Me prends en ce moment la tête avec Israël. Pour cette partie-la, je ne peux que te conseiller de faire ton tour de mer dans le sens des aiguilles d'une montre...

Écrit par : Blaise H | 31 mai 2008

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