28 avril 2008

Gamal Maqqar, conteur avant tout (1/5)

- Vous ne devriez pas. Un shisha équivaut à trente cigarettes...
 
L'oeil malicieux, le rictus ironique, il s'adresse à un étranger attablé au café New Sun, un porte-cigarette dans la main. “Vous êtes ici en touriste?” J'hésite. Puis réponds, comme pour m'en convaincre, que je suis écrivain, que l'organisation suisse Pro Helvetia m'a offert une résidence d'écriture au Caire, que... “Moi aussi, je suis écrivain!”, rétorque-t-il de manière plus franche. Et comme pour le prouver, il fait sortir comme par magie de son veston un article lui étant consacré. “Allez, je vous emmène dans le vrai Caire! Downtown n'est pas Le Caire. Venez à la maison...”

1649767351.jpgOnze stations de métro plus au nord, nous voilà donc à Ain Shams (“les yeux du soleil”), une banlieue cairote peu reluisante bâtie sur la ville antique de Héliopolis. Au marché (qu'il appelle sa caverne d'Ali Baba), il prend son temps, visite les différents étals, s'enquiert du prix, échange quelques mots avec les vendeurs, puis choisit une à une ses patates, les soupèse, ses tomates, les renifle, ses concombres. On croit Gamal Maqqar lorsqu'il dit pouvoir chercher un mot une nuit entière.

104230625.jpgHELIOPOLIS Rue El Zahraa, l'immeuble vétuste appartient à la famille Maqqar. Il ne rapporte pas un sou, car la légisalation a gelé les loyers sur les barêmes d'il y a trente ans. Dans le hall d'entrée, une représentation de la Sainte Cène et une statue de la Vierge. Ses parents étaient coptes orthodoxes. Lui a lu le Manifeste de Saint Marx, a rejoint le Parti en 1975, puis a renoncé à tout engagmenent, aussi bien religieux que politique, pour poursuivre une lutte par les mots.

548231338.jpgDans son bureau, un portrait de son frère décédé (“il a voyagé dans 68 pays”) et un transistor pour apprécier la voix de la diva libanaise Fairouz. Du papier journal sur la table, on épluche les légumes en parlant de littérature. Il montre son premier manuscrit, non publié, écrit à la main, une très belle écriture pour un sombre drame familial qui donne dans le crime et la drogue.

MAQQAR L'ISOLÉ Né à Suez en 1955, Gamal Maqqar est devenu écrivain en 1991, lorsqu'un prix financé par le Koweit (Soaad El Sabbah's Contest) lui a été décerné pour sa nouvelle La nature n'a pas de merci sur les créatures misérables. Ont suivi le Prix du Conseil Culturel égyptien, en 1995, pour La Chanson du sang, et la récompense de l'Etat pour Les Bannis, en 1998. Cela n'a pas suffi. Gamal Maqqar continue d'écrire dans l'ombre. “Pour être reconnu, traduit ou invité dans les salons internationaux, il faut se faire voir dans les cafés de l'intelligentsia, au Zahret el Bostan, à l'El Atilah, au Nadoah Sakafia, au Souk el Hamideia...” L'hebdomadaire Al Ahram du 14 juillet 1999 avait titré un article le concernant: “Maqqar l'isolé”. Il aime citer l'écrivain irakien Saadi Youssef : “Je vis dans l'ombre et écris dans l'affrontement...”

Selon Gamal Maqqar, il n'y aurait que 5'000 lecteurs en Egypte (vrai que dans le métro, on n'en rencontre pas un seul). “On n'a pas entraîné les Arabes à lire. Et contrairement aux Libanais, aux Syriens et aux Emiratis, les Egyptiens n'ont pas le temps de lire. D'autres soucis les préoccupent. Ainsi, malgré ses 80 millions d'habitants, un grand tirage égyptien ne signifie que 3'000 exemplaires. C'est pour cela qu'il faut absolument être traduit. Un éditeur de Beyrouth m'avait fait une proposition, mais les éditeurs libanais sont réputés pour être des voleurs...”

Son éditeur actuel, Shorouk, lui reverse le 15% des ventes (un livre coûte en librairie environ quatre francs suisses). Un maigre salaire qu'il étoffe avec des prix (visiblement alignés sur les barêmes occidentaux, puisqu'il vient de toucher 10'000 dollars de la Sawiris Foundation For Social Developpement!). Mais puisque ces “cadeaux du ciel” sont rares, il travaille à plein temps comme comptable et écrit la nuit (au Caire, on écrit la nuit, quand la ville s'apaise enfin).

L'auteur n'est pas tendre avec les ouvrages français contemporains: “Je ne comprends pas ce que les auteurs veulent dire. Les écrits ambigus créent des âmes ambiguës. C'est à cause d'eux que de plus en plus de personnes se tournent vers la télévision pour retrouver un message simple...” Gamal, lui, garde les pieds sur terre. Quand on lui demande de quoi parle son prochain livre, il respire profondément, fait briller ses yeux et entame un monologue enjoué de trois-quart d'heure, larges gestes à l'appui. De ces moments de Joie que seul le voyage peut offrir...

2041392383.2.jpg...il faut l'accompagner une journée dans “sa" campagne pour saisir la force de ce lien qui l'unit au monde (qui tant fait défaut chez les scribes de nos latitudes). Assis, silencieux, l'âme en éveil, le doigt près de la gâchette, prêt à capturer le premier beau mot venu. Le déplumer, le faire mijoter et le savourer en compagnie de personnes qui apprécient les bonnes choses.

15:18 Publié dans g Egypte | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

In 1998, Gamal Maqqar received the Award of the State for his novel Tareid, or "The banished" (Tareid).
The novel Tareid portrays a very special type of Christ through Nagy, the main character. He is a strange and strong man who repents his sins and tries to gain salvation. He escapes from his master to join a monastery.
The council of the monastery consisted of the Superior Father and three senior monks agreed to keep him in the monastery as a consecrated monk "A kind of a servant for monks, and also as a stage before monkhood"
He accepts staying on that condition to save his soul, devotes his enormous might to serve the monks and the monastery. However, they looked at him with suspicious eyes as a sinner who has no hope of salvation. They rejected his theory that the old well is drying and they must drill a new one. When the Superior Father accepted his proposal of drilling a new well, they grumble "it will be so far for us".
When his theory turned to be true, they saw that his might is very dangerous. They lessen his diets after convincing him "you should kill your body to live by soul".
Toiling for ten long years in the monastery, they finally accept to put him before his permanent and insisted upon question "WHEN". However, in a very cunning way, the Superior Father asks him:
"Tell me, Nagy. If your father is ill and wants to see you, will you go to see him?"
"Of course father." Nagy replied.
"But if I prevent you, will you insist?"
"The man wants to see me as his last wish."
"But God wants you. Shouldn't you know that the kingdom of God is not from this world?"
"But, I should go and see him."
"You, Nagy, are as foolish as virgins. You should pray for God's mercy. You have no place her in the monastery. Take your way is in the world. Go."
Tareid, or "The banished", is a novel written in a so economical and poetic language. The novel raises many questions concerning freedom, salvation, might, and the relationship between man and the world.

Écrit par : infos | 28 avril 2008

Je voudrais parler de vous à la radio FM mais je n'ai pas vos contacts.

Mona Réalisatrice

017 72 12 579

Écrit par : Gamal El Dine | 03 septembre 2011

merci part tellement avec moi ce site merveilleux J'aime votre disposition de site Web

Écrit par : nicki minaj hairstyles | 24 septembre 2011

J'ai vu votre blog et ce que un grand poste qui a été

Écrit par : Short Wedding Hairstyles | 26 septembre 2011

Hello !
Je vais débuter par te dire un grand wouaw pour la ligne éditoriale du blog.
J'aimerais aussi rebondir à l'idée suivant : que je me retrouve face à un important soucis (apparamment de design), avec mon pc sous Linux : le logo est décalé vers le bas.

Écrit par : Léa | 24 octobre 2012

Chapeau concernant cet article!
L'un des plus cools à ce propos que j'ai pu lire.
Bye bye.

Écrit par : Cadeaux noel homme | 07 novembre 2012

Il est dur de trouver des gens qui soient expérimentés sur ce thème, mais vous vous savez ce dont vous parlez!

Merci beaucoup.

Écrit par : Curtis Minecraft | 05 juillet 2013

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