28 mars 2008

SFAX : ainsi fabrique-t-on les plages...

A Tunis, on m’a dit: «Sfax est une petite Chine. On ne fait qu'y travailler». Pur chauvinisme ? Séquelles de la dernière dispute entre le Club Sportif Sfaxien et l’Espérance Sportive de Tunis ? Certains ont été jusqu'à décrire la seconde ville du pays comme une Société Financière Avare et Xénophobe (SFAX).

KERKENNAH Sur place - on s’y attendait - j’y rencontre des gens aimables et accueillants. Mais pour dire vrai, je ne venais pas à Sfax pour contredire la capitale ou goûter aux fameuses salades de poulpes, encore moins pour visiter la ville antique de Tbaenae. Non, le port de Sfax sert de porte d'entrée pour l’île de Kerkennah.

 

1773240908.JPGA bord du ferry, les insulaires se reconnaissent facilement. Ils ne montrent pas du doigt les dauphins. Ils les détestent copieusement, car ils percent les filets et leur volent le butin. Sur cette île longue d'une trentaine de kilomètres, on ne trouve que quatre hôtels, des passeurs (l’Europe à partir de 2’000 euros), des chasseurs d’éponges, des palmiers et des plages de sable fin. Un petit paradis sur mer qui pourrait vite faire oublier Djerba-la-Douce, mais cela reste entre nous. Les bonnes adresses ne se divulguent pas. Et puis une île reste une île. Déconnectée. Oublieuse… Revenons au continent.

Sur la place centrale de Sfax, des chevaux blancs patientent devant des calèches désespéramment vides. On a organisé un Festival de musique et retapé les remparts d’une médina datant du IXème siècle (Tunis n’était alors qu’un village, et toc!). Rien à faire. La ville est trop conforme pour attirer les faiseurs de tours. Pas d’arnaque, pas de faux guides et trop de respect.

PROJET TAPARURA Dernièrement, le président tunisien Ben Ali a dû prendre les choses en main, engager une entreprise 1608225562.JPGbelge (Jan de Nul), glaner des fonds européens (prétextant de soudaines convictions écologiques) et relancer le Projet Taparura, une utopie vieille de vingt ans. Ce chantier du siècle fera émerger la Sfax du XXIème. Paroles de dictateur, je veux dire «de président».

En mars 2008, vous quittez le centre, pénétrez dans une zone industrielle peu ragoûtante, empruntez la rue Gagarine - «attention sol mouvant» - puis enjambez un canal nauséabond pour ne trouver en face de la mer qu'un cabanon esseulé au milieu d'un terrain vague. En effet, pas de quoi sortir l’objectif.

 

921345769.JPGMais revenez en 2009. Vous trouverez en lieu et place du cabanon une plage de sable fin sur trois kilomètres bordée par une cité balnéaire haut de gamme. Comment ? Un, fermer l’usine de production d’acide phosphorique NPK, dont les poisons fluorés ont obligé la ville à fermer les plages. Deux, évacuer deux millions de mètres cube de phosphogypse. Trois, contenir le sol sous une épaisse chape de béton. Quatre (on en est là), recouvrir le tout de sable fin. Et cinq, construire une ville de 22'000 habitants qui fera la part belle aux tourisme et aux meetings d’affaire.

Une équation simple. Le soleil ne suffit pas à attirer les visiteurs. Il leur faut des plages, de l’eau propre et des hôtels (une médina peut aider). Créer du besoin là où il n’y en a pas. Ainsi fabrique-t-on le tourisme.

17:58 Publié dans e Tunisie | Lien permanent | Commentaires (4)

Commentaires

Salut Blaise,
Il y a deux ans j'étais sur la côte tunisienne dans l'un de ces complexes à piscine géante et plage de sable dont Djerba et Zarzis ont le secret. On était hors saison dans ce 4 étoiles flambant neuf, le personnel local respirait la bonne humeur et la disponibilité. Bref, j'ai rapidement sympathisé avec l'animatrice dévolue à la garderie, mise au chômage technique par manque d'enfants. De fil en aiguille, elle me parle de son pays et m'avoue en douce qu'il existe encore un endroit authentique en Tunisie, son lieu d'évasion, son coin de paradis: Kerkennah. Elle me raconte les mules sur les chemins, les arbres frutitiers en fleurs, les marchés, les poissons grillés le soir. Les gens. Son enfance sur cette île unique. Soudain prudente, elle me fait promettre en partant de ne pas en parler dans mon pays...
Alors dis-moi, toi qui as eu la chance de la voir de tes yeux, cette île est-elle aussi authentique qu'on le dit? Combien de pièges à touristes y as-tu croisés? Y as-tu fais de belles rencontres?

Écrit par : Ivana | 28 mars 2008

Ivana,
Mes excuses d'avoir "laché le morceau"...
A bord du ferry (50cts pour une heure de traversée), le ton était vite donné. Percussion et chants non stop pour une dizaines de jeunes Tunisiens... Non, pas de pieges a touristes ici. Et durant ce mois de mars, pas de touristes europeens tout court. Mais pas non plus de mules sur les chemins et des ordures qui proliferent volontiers... Malgre tout, des vrais visages de pecheurs, un accueil franc, ouvert. On m'a dit que les insulaires auraient meme offert le repas aux envahisseurs francais venus y chercher de la main d'oeuvre...

Écrit par : Blaise H | 28 mars 2008

Les timides, ça s'tortille, ça s'entortille, ça sautille. ça s'met en vrille, ça s'recroqueville, ça rêve d'être un lapin. Peu importe d'où ils sortent, mais feuilles mortes quand l'vent les portent, devant nos portes, on dirait qu'ils portent une valise dans chaque main.
A l'accordéon c'est très joli. D'abord la basse puis deux fois l'accord. Do, Ré m; Sol, Do. Puis Do, Fa, Sol, Do.

Écrit par : av d'Cour | 29 mars 2008

Dingue, on en parle partout.
Pour le clin d'oeil, l'excellent 4e titre du nouveau disque d'Alain Bashung (très bon aussi)... commence ainsi:

Ici à Sfax, ici à Sfax
Hier à Sousse, hier à Sousse
Demain Paris, demain Paris
Aucun cadran n'affiche la même heure
aucun amant ne livre la même humeur

...

Écrit par : Fernando | 01 avril 2008

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