19 mars 2008

ANNABA : en cours de révolution

Vaste esplanade au coeur de la ville d’Annaba, au nord-est de l’Algérie, le Cour de la Révolution est un kaléidoscope, un sismographe, un stéthoscope. Idéal pour tâter l’esprit du lieu.

COMMERCE D'OISEAUX A une extrémité du Cour, un parc accueille les jeudis et vendredis (le week-end) une foule dense venue vendre et acheter de l’oiseau vivant. On y rencontre des hommes d’affaires qui ne manqueraient pour rien au monde, à huit heures précises, l’ouverture du marché. On se dit "pauvres bêtes en cage". Eux les écoutent amoureusement chanter, estiment délicatement leur plumage, les comparent... Un chardonnet et sa cage pour 1500 dinars. Remplacer RFI par un doux chant matinal ? On y trouve aussi des lapins, des chiots… et des boucs ! Car Annaba est connue pour ses combats (et ses paris) qu’on ne retrouve, me dit-on, qu’en Afghanistan.

COMMERCE DEVIANTS Devant la gare, à l’autre extrémité du Cours de la Révolution, les échoppes qui bordent le port approvisionnent des voitures qui se succèdent à un rythme soutenu en vin en brique Mouflon d’Or de Tlemcen ou en fioles de pastis Ricard. On trouve également des changeurs de devises au noir qui vous invitent à boire des cafés pour faire les transactions à l’abri des regards. Et refaire le monde.

Entre les amoureux des oiseaux et les petits commerces déviants, le Cour de la Révolution (photo ci-dessus), kaléidoscope donc. Un homme ramasse des miettes de pains laissées pour les pigeons. Et les mange. Un couple d’homosexuels m’invite à sa table. Le temps passe soudain lentement.  Ils font avec leur langue des mouvements désagréables. Une mendiante assise sur un carton gobe un yoghourt. Défile un nombre étonnant d’Algériens aux cheveux long. Et de femmes aux crinières décolorées. Les terrasses s’appellent Glacier, Etoiles des Neiges ou Ours Polaire (Annaba s’appelait Bône). Des motos électriques amusent des enfants aisés. Une caravane de la Croix-Rouge algérienne cherche à convaincre les passants de faire don de leur sang (Zakat contemporaine). Des photographes publics, un théâtre fermé et des supporters en jaune et noir qui font du bruit.
 
LIBYE-ALGERIE-MAROC... Il y a enfin Mourad. Pantalons militaires et pin’s américain sur une veste Prada. Il n’est pas du coin. Mon doigt dans l’œil. Cet ancien chef de rang du restaurant L’Horloge, à Tripoli, en Libye (il me dit décortiquer le mérou en sept secondes), est revenu dans sa ville natale pour se faire faire un dentier et repartir à Marrakech, à la reconquête de sa femme, une Marocaine qui l’a quittée il y a deux ans (Mourad récite par cœur les paroles de C’est écrit de Francis Cabrel). Je me trouve un peu ridicule, justifiant ma balade, en sens inverse, du Maroc à la Libye, en passant par l’Algérie, par simple… curiosité ?

Mourad me fait visiter la vieille ville. Sur la Rue des Surprises, Belmondo aurait mangé au Restaurant Gargantua, aujourd’hui fermé. Un peintre, en train de casser des fèves, me dit bien connaître la Suisse pour avoir passé 24 jours à la prison de Bois-Mermet. Cette ruelle, Mourad me déconseille de m’y aventurer… Mourad, allons voir la mer… On finit donc de faire et refaire le monde au café Dauphin, sur la Corniche, autour d’un shisha que nous prépare une sympathique serveuse, diplômée en psychologie, qui n’a pas trouvé d'autre emploi. Elle ne se plaint pas. Des amies à elle "travaillent" dans les nombreux cabarets de la Corniche. Certaines pour rembourser leur dot et pouvoir ainsi divorcer. Code de la Famille oblige.

Mais je m’égare encore. Avant tout, Annaba est réputée pour les ruines antiques d’Hippo Regius ! …juste fabuleuses. La cité rien que pour moi. Assez d’espace et de calme pour imaginer la ville, parcourir ses ruelles... La première photo montre la signature gravée sur le sol d’un bienfaiteur de la ville ("C Paccius Africanus") nommé proconsul par l’empereur Vespasien en l’an 78. La seconde, la basilique Saint-Augustin (qui vécu ses dernières années à Annaba), construite par les Français entre 1881 et 1900. A son pied, un théâtre romain du Ier siècle, dont la scène serait la plus vaste de tous les monuments du genre en Afrique du Nord. Juste fascinant.

08:28 Publié dans d Algérie | Lien permanent | Commentaires (7)

Commentaires

Les oiseaux chantent aussipar chez nous, pas pour séduire l'acheteur mais leur partenaire, et indirectment la promeneuse de l'aube... Le printemps arrive, youpi!

Écrit par : erica | 20 mars 2008

tahia annaba

Écrit par : choukri | 26 juin 2008

http://tunisie-harakati.mylivepage.com

Les oiseaux peuvent-ils chanter pour la libération de Sameh Harakati ?

Écrit par : Olivia Ginds | 26 septembre 2008

M. Blaise! contentez vous de décrire votre voyage et épargnez nous vos critiques des sociétés que vous croisez! une fille qui travaille dans un cabaret pour rembourser sa dot..code de la famille oblige!! lisez le code de la famille algérien, d'abord, avant d'écrire de telles conneries!
ah au fait la basilique a été construite par des algériens! vu que les pierres ont été portées par des autochtones, et l'ouvrage financé avec des fonds puisés dans les richesses des algériens. Ah oui les français n ont fait que dessiner les plans.. par un seul architect.. et je ne sais même pas s'il était français. Comme tous les ouvrages d'ailleurs du temps de la colonie, tous algériens car je ne crois pas que les français ont ramené des fonds et des "sous" avec eux pour construire les monuemnts et villes qu'on connait maintenat. Ils se sont servi et asservi sur place...

Écrit par : ahmed | 01 février 2009

Bien, Mr Ahmed !
Quant à moi, j'aimerai corriger quelque chose d'important ! Monsieur Blaise laisse dire que dans les échoppes en biais du port ne vendent du vin en brique et des fioles, comme il le dit, de pastis. Il omet en fait de relater un peu le produit de notre ONCV, je veux les grands crus en côteaux, comme les Mascara, Tlemçen, Media, Dahra, Ain Bessem, Zacar, Bouira...des vins rouges, blancs, rosé sans parler de la Cuvée du Président, mariages des meilleurs cépages, viellée en fut de chêne. Des vins nobles d'Appellation d'Origine Garantie qui ont eu leur mérite depuis le 17ieme siècle et qui continuent à remporter des concours en Afrique du Sud, Canada... La France a bien fait sa fortune lorsque elle a multiplié les plantation au temps où l'Algérie était devenue pays grand importateur de vin et où ces experts dans un grand concours ont bien confondu nos vins pour des Bourgogne. Je suis juste amateur et je laisse ici, aux lecteur le site de l'oncv, non pas dans un but de pub(l'ONCV ne cherche jamais de collaborateurs pour ces Domaines bien gardées) mais dans le but de prouver que Monsieur Blaise faisait parti en grosso modo de ceux qui cachent la volonté constante de la recolonisation en faisant l'intox à nos jeunes, surtout, et maintenir leur malaise d'ado. Il n'y a que deux vins en brique produit par l'ONCV : Mouflon d'Or et le Sellier. Ce sont des vins de tables excellents puisque produits contrôlés par l'office, donc par des ingénieurs oenelogues. Le reste du produit dont veux parler Mr Blaise c'est un produit de quelque privés qui se sont déguisés pour des viticulteurs, comme ceux de la marque Borj El Amir, El Ançor, Chakwa, H'Dia...tous en briques qui se vendent pour ces revendeurs à la sauvette à 100 DA pour être revendus jusqu'à 400 DA la brique de 1L. Hélas, en vu de leur dangerosité, ces vins en briques et qui ne sont pas de l'ONCV, passent sans controle sous des mains d'imbéciles. Nos vins de renommée et en différentes formes de bouteilles se vendent même cher dans quelques grands restau en France. Mr Blaise veut bien contrôler sa langue ficelée, surement, par le tanin d'un Bordj El Amir, très acide et qui cachent sous ses 11° affichés sur la brique que ces collaborateurs ont offert avec les 15° et même plus. Du suicide. On en a marre du médiocre qui nous vient de l'occident, même ces pastis et Whisky en poudre spécialement produit pour les Africains ! Laisser-nous tranquilles, on cède pas nos meilleurs Domaines, nos Grands Crus et notre esprit d'algériens, qui se révèle non pas par vos collaborateurs médiocres et imbéciles mais dans par votre vocation historique d'idées mortes et mortelles comme l'a bien décrit notre Malek Bennabi en 1977. Je ne vous cite pas le livre. "Hhel'li ! Cherchez ! Haya trach, courage :)

Écrit par : Golden | 15 octobre 2010

Bonsoir à tout lecteur consencieux !
Je voudrais m'excusez pour l'omission de l'adresse que je voulais donner dans mon commentaire du 15 octobre, pour les fautes d'ortographe et surtout pour le nom propre de la région Zaccar que j'ai écrit Zacar. Le site de l'ONCV est www.oncv-groupe.com
Bonne dégustation...pour les indigènes ;-) lolali, hadh etfal hadha kbih envers...et oui, oeil pour oeil, dent pour dent. Encore..! choumi naya :-O

Écrit par : Golden | 18 octobre 2010

...C'était à tout lecteur consciencieux...et oui ouioui :) Quand Golden évoque Domaine El Borj, Mascara :-X hiiii, mais j'ai rien dit, là !

Écrit par : Golden | 18 octobre 2010

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