08 mars 2008

Cette goutte d’eau qui évite de crever en mer...

Sa peste se propageait à Oran. Furtif locataire du 65, rue Larbi-ben-M’hidi, Albert Camus n’a jamais pardonné à la ville de tourner le dos à la mer.

ORAN C’est chose faite. La wilaya s’est offerte une promenade en front de mer et les jeunes ne pensent plus qu’à çà. Ils sont hantés. L’Azur! L’Azur! L’Azur! Saïd, lui aussi, a bien failli succomber aux chants des sirènes et embarquer pour l’Europe... mais j’anticipe.

Point de départ, le quartier de Sidi el-Houari, le Vieux Oran adossé au djebel Murdjadjo, plus précisément dans la cour de la mosquée du Pacha (photo) qu’un minaret domine du haut de ses deux siècles. Il en a vu du pays.

Même si le quartier juif a la face décrépite, si trois siècles d’occupation espagnole n’ont presque pas laissé d’hispanophones, si le kiosque et la gendarmerie des Français sont obsolètes, le Vieux Oran est un concentré méditerranéen dont les influences dépassent de loin les frontières algériennes.

A l’image de l’église Saint-Louis. Bâtie par les Espagnols sur les ruines d’une mosquée, elle est devenue synagogue sous les Ottomans, cathédrale sous les Français, puis bibliothèque pour les enfants après l’Indépendance. Aujourd’hui, j’y rencontre un homme assis sur les marches de l’édifice. En ruine. L’homme hèle un enfant. Il ira chercher celui qui a la clef pour voir dedans. Merci. Entre temps, un de ses amis klaxonne. Il gare sa voiture. Ah, tu veux monter au fort ? Il ouvre une portière. Il s’appelle Saïd. Au deuxième virage, il téléphone à sa femme pour la prévenir qu’il y aura un invité pour le couscous (c’est vendredi). Merci. Au policier qui garde la route, il glisse deux cigarettes. Il dit que c’est un pauvre malheureux.

Perchée à 400 mètres en dessus de la mer, la vierge  surplombe Oran. La basilique Notre-Dame-du-Salut (photo ci-dessus) fut construite pour remercier le ciel d’avoir fait miraculeusement tomber la pluie et stopper l’épidémie de choléra qui avait décimé la moitié de la population en 1850. A travers ses voûtes, on distingue le Fort Santa-Cruz (photo ci-dessous), empreinte espagnole. Un peu plus loin enfin, le marabout de Sidi Abd el Kader reçoit de fréquents visiteurs soucieux de mettre la chance de leur côté.

Mais le temps passe et Saïd ne manquerait la prière pour rien au monde. On file. Il habite à deux pas de la mosquée du Pacha. Je regagne donc sa petite cour et vous écrit cela pendant que les hommes prient.

Après le couscous, les deux enfants aînés de Saïd (photo) veulent jouer à la Playstation, mais papa préfère voir les informations. Il est question de 34 harragas repêchés au large des côtes algériennes. Traditionnel exercice de comptabilité. Les policiers brandissent les sanctions, les marins ne comprennent rien et les économistes s’étonnent que l’esprit d’initiative, le courage et le travail d’équipe que requiert l’organisation d’une telle aventure ne se retrouvent pas dans l’économie du pays. Saïd ne pipe mot.

Lui aussi rêvait d’Europe. L’Espagne est à 182 kilomètres. Le syndrome Yves Saint Laurent. Cet Oranais exilé. Heureusement pour lui, un projet Nouvelles Frontières lui a permis de suivre une formation en Italie. De retour au pays, il fonde l’Association du Dauphin d’Or qui propose des cours de sensibilisation contre l’immigration clandestine. En quatre ans, une vingtaine de jeunes ont ainsi appris à pêcher. Ce n’est qu’une goutte dans la mer, tu comprends, mais...

12:17 Publié dans d Algérie | Lien permanent | Commentaires (6)

Commentaires

Bonjour monsieur BLAISE,
Je suis Algérien de pontarlier et j'ai eu la chance de lire votre article sur ORAN que j'ai énormément apprécié , de ma part je vous invite a m'accompagner avec plaisir a Constantine trés belle ville de l'est de l'algérie ville d'Enrico massias et Smain le commique francais, tenez moi au courant c'est avec plaisir que je serai votre guide.

Écrit par : Aiachi A. | 08 mars 2008

Il y avait quelque temps déjà que Mallarmé me manquait. Grâce à vous, c'est l'occasion de l'empoigner. Vous voyagez avec Mallarmé?

Mallarmé: "L'Azur"


De l'éternel azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs
Le poète impuissant qui maudit son génie
A travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l'intensité d'un remords atterrant,
Mon âme vide, Où fuir?
Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant?

Brouillards, montez! versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera le marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux!

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t'en venant la vase et les pâles roseaux
Cher Ennui, pour boucher d'une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Eteigne dans l'horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l'horizon!

- Le Ciel est mort. - Vers toi, j'accours! donne, ô matière
L'oubli de l'Idéal cruel et du Péché
A ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché.

Car j'y veux, puisque enfin ma cervelle vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d'un mur
N'a plus l'art d'attifer la sanglotante idée
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur...

En vain! L'Azur triomphe, et je l'entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angelus!

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu'un glaive sûr
Où fuir dans la révolte inutile et perverse?
Je suis hanté. L'Azur! L'Azur! L'Azur! I'Azur!

1864

Écrit par : fernando | 08 mars 2008

Quel plaisir Fernando que votre âme alarmée !
Celui-ci pour la route. Il est de Leila Djabali. Elle l'a écrit dans la prison de Barberousse (Alger) en décembre 1957 :


POUR MON TORTIONNAIRE LE LIEUTENANT D...

Vous m'avez gifflée
- on ne m'avait jamais gifflée -
Le courant électrique
Et votre coup de poing
Et ce vocabulaire de voyou
Je saignais trop pour pouvoir encore rougir
Toute une nuit
Une locomotive au ventre
Des arcs-en-ciel devant les yeux
C'était comme si je mangeais ma bouche
Si je noyais mes yeux
J'avais des mains partout
Et envie de sourire.

Puis un matin, un autre soldat est venu
Il vous ressemblait comme une goutte de sang

Votre femme, lieutenant,
Vous a-t-elle remué le sucre de votre café ?
Votre mère a-t-elle osé vous trouver bonne mine ?
Avez-vous caressé les cheveux de vos gosses ?

Écrit par : Blaise H | 09 mars 2008

http://tunisie-harakati.mylivepage.com

J'aimerai moi vous parlez de la prison de Messaadine à Sousse en Tunisie. C'est la maison d'arrêt où est détenue une prisonnière de droit commun du nom de madame Harakati Sameh. Monsieur Blaise, j'aurai bien apprécié que vous fassiez un article sur le sujet. Elle a besoins du soutien de tous. Visitez son site internet pour comprendre la situation..........et faite au mieux.....merci.

http://tunisie-harakati.mylivepage.com

Écrit par : françois | 21 septembre 2008

the artist name from Jordan is Wrong , her name is Hilda Hiary not Hilda Hilary

Écrit par : dina | 30 novembre 2008

Blaise,

Je suis la petite fille de Leila. Comment connaissais vous ce poeme? Connaissiez vous ma grand mere? Repondez moi svp. Merci

Emma

Écrit par : Emma Djabali | 20 octobre 2013

Les commentaires sont fermés.