25 février 2008

Un pied dans le passé...

... et l'autre dans le présent, "entré dans la mondialisation par effraction", disent certains. Pris dans la médina d'Oujda, ce cliché fait échos à quatre "news" captées pendant mon séjour marocain. Aussi anecdotiques que révélatrices :

     - Le Maroc boycottera le prochain Salon du Livre de Paris. Argument avancé, la littérature israélienne sera à l'honneur. Comme pour faire contre-poids, la deuxième édition du Festival Méditerranéen des Ecrits de Femmes se déroulera à Rabt en avril prochain...

     - Le 14 février dernier mourrait dans sa cellule Ahmed Nasser, 95 ans, condamné à 3 ans de prison ferme pour avoir "maudit verbalement" son pays...

     - A Targuist, petite ville du Rif, un jeune a filmé des gendarmes en flarant délit de corruption et a mis la vidéo sur le site Youtube : coupables condamnés et mesures prises "d'en haut" pour freiner l'économie souterraine...

     - Fouad Moustada, un ingénieur de 26 ans, risque toujours 5 ans de prison ferme pour s'être présenté sur le site de rencontre Facebook sous le nom du Prince Moulay Rachid...

A Tétouan, j'écrivais à côté d'un Marocain à la retraite qui tenait son propre blog politico-sportif, en arabe. A Chefchauen, à côté de deux jeunes Marocains consciencieusement occupés à séduire une Madrilène, via Skype. A Al-Hoceima - cris de joie et éclats de rire - un Marocain apprenait que son meilleur ami avait réalisé son rêve : atteindre Londres. Partout, des discrets, en fond de salle, consultent des sites pornographiques, alors que des femmes mariées s'entretiennent avec leur "cyberamant" marocain. Tout cela entre deux coupures d'électricité...

J'avais découvert le Maroc en 1996, sous l'ère Hassan II. Ces derniers jours, je n'ai pas rencontré un seul Marocain nostalgique de l'ancien roi. En une décennie, le pays a véritablement changé de visage : le nombre de voitures, de grands chantiers, l'accès à internet, la téléphonie mobile, les investissements étrangers, les modes vestimentaires, etc.

Toutefois, deux secteurs "moyennement sains" équilibrent encore l'économie du pays : l'argent rapatrié par les émigrés marocains (9% du PIB) et le tourisme. Le programme Vision 2010 vise à atteindre les 10 millions de visiteurs en cette année (7 millions en 2007, pour la première fois, plus que la Tunisie). Outre les "soucis collatéraux" (1'453 "faux guides" sont passés devant la Justice en 2007), le tourisme est à la base de la crise immobilière de Marrakech et reste un secteur fragile, à la merci d'un possible attentat terrroriste : 32 personnes viennent d'être mises aux arrêts pour probable relation avec une entreprise terroriste s'apprêtant à commettre une série d'attentas au Maroc...

L'optimisme du roi et de la presse officielle puissent-ils déteindre sur les jeunes. Des jeunes qui n'ont qu'un mot en tête : chômage. Et peu d'intérêt pour la politique, sinon la politique migratoire de l'eldorado européen.

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Parenthèse féminine

Elle fait le premier pas. La quarantaine, voilée plus qu'il n'en faut, mais le regard accrocheur. Elle me dit que sa soeur vit à Paris, enfin près de Paris, à Saint-Denis, qu'elle y a vécu quelques mois, mais que son mari n'a pas supporté. Il est aujourd'hui maçon à Nador. Elle a quatre enfants. Le petit dernier dans les bras. "Je n'ai jamais travaillé, mais je veux travailler..." D'un français minimal (j'imagine sa vie à Saint-Denis), elle me dit que Mohammed VI est "très très bien pour les femmes". Discussion lente, hésitante, belle...

A la rescousse, une étudiante de 18 ans, première année en technique de management, vient jouer les traductrices. Elle ne porte pas le voile, "mais après, oui, je l'espère, inch'allah". Son père est prof de gym et elle adore le basket, mais sa ville de Zaio n'a pas de club féminin. Elle écoute un peu Céline Dion, mais surtout de la musique berbère amazigh qu'elle ne danse (des épaules) que lors des mariages. Pendant ses temps libres, elle reste à la maison, "tchate" avec ses amies et, depuis 2 ans, avec un Américain de Détroit. Du nouveau Code de la famille, elle apprécie le réhaussement de l'âge légal du mariage de 15 à 18 ans, mais préférait l'ancien article qui demandait aux femmes de recourir à un tuteur pour se marier : "les parents peuvent nous empêcher de faire des erreurs..."

NOUVEAU DROIT DE LA FAMILLE Deuxième pays arabo-musulman à franchir ce pas, après la Tunisie, le Maroc a adopté en janvier 2004 une réforme radicale du droit de la famille. En vertu de cette loi, la femme marocaine est maintenant considérée comme une adulte, délaissant ainsi son statut de mineure qui l’obligeait à vivre sous la tutelle du père, du frère ou de l’oncle. La femme marocaine peut dorénavant choisir librement son époux et demander le divorce sans nécessairement perdre la garde de ses enfants et devoir quitter le domicile conjugal. Elle peut aussi refuser la polygamie.

... mais soudain, elle se tait et se referme. Venant de la surprendre en train de converser avec un étranger, deux amies rient d'elle...

Si au Maroc, les femmes étudient et se mettent sérieusement au boulot, si la mode fait des ravages, de même que la presse féminine marocaine... à la campagne, seuls 27% des filles sont scolarisées dans le primaire (Rapport du Fonds des Nations-Unies pour la Population 2007). Que le prochain concours Miss Monde ait des chances d'être organisé à Marrakech en novembre prochain ne suffit pas. Au contraire ?

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23 février 2008

Le téléphone arabe du père Joseph

"Vous êtes chrétien ?" Un jeune Libanais catholique, un brin efféminé, m'accoste. Il me conseille "a-bso-lu-ment" de faire la connaissance de Père Joseph… 
OUJDA A quelques kilomètres de l’Algérie - par la route clandestine, puisque la frontière est fermée - Oujda est un carrefour entre l'Afrique noire, le Maghreb et l’Europe, que l'on rejoint via le port de Nador, sur la côte marocaine. Cela explique pourquoi les candidats à l'émigration clandestine entrés en Algérie s'installent momentanément dans des abris de fortune jouxtant le campus universitaire d'Oujda, ou dans la forêt de Beni Issnasen, avant de poursuivre leur route. Cela explique peut-être aussi pourquoi, en plein Boulevard Mohammed V, une église et une mosquée travaillent côte à côte.


Alors que la mosquée (minaret en photo) n'a qu'une dizaine d'années, l’Eglise Saint-Louis fêtera son centenaire ce 25 mai. La célébration réunira une chorale parisienne invitée par un Juif d'Oujda, un ensemble marocain de musique classique et un choeur d'étudiants subsahariens vivant à Oujda. Un melting-pot qui ne déplaît pas au Père Joseph, maître des lieux depuis 32 ans : "Les Oujdiens sont fiers de la proximité des deux lieux de culte. Encore ce matin, deux lycéennes, envoyées chez moi par leur professeur, m'ont questionné pour faire un exposé sur le christianisme..."
Echarpe de laine, vieille veste matelassée et pantalons en velours côtelé, Père Joseph ne porte pas sa fonction sur lui. Un peu sur ses gardes au départ, il me laisse poser les questions (il m'expliquera que beaucoup de journalistes français l'ont sollicité, puis détourné ses propos), mais après un temps - la parole intarissable et les voies redevenues pénétrables - il m'emmène dans son univers, son passé, ses anecdotes.
Il faut, dans son église, soulever l'épais tapis sur lequel repose des troncs centenaires d’oliviers, de citronniers et de poivriers - "Œuvres du Créateur" - pour découvrir une épitaphe : "Ici repose Bonaventure Cordonnier, franciscain fondateur et 14 ans curé de cette paroisse". Sur le chemin de croix, un Christ moderne peint par un ami. Au fond, un vitrail fabriqué par une amie. En dessous, quelques pictogrammes contemporains esquissés par un artiste musulman. Dans un coin de l'église, une photo d'une certaine Mlle Libouban, fondatrice de la première école d’infirmière du Maroc, et une tente berbère (photo).


"Le téléphone arabe fonctionne, mais il faut du temps." A 78 ans, Père Joseph s'est fait sa place à Oujda. En 1953, c'est pour accomplir son service militaire qu'il se rendit pour la première fois au Maroc, à Rabat. Trois ans plus tard, on l'envoya en Algérie : "malheureusement à l’époque, la possibilité de dialogue et de communication n’existait que très peu avec la nation arabe et en particulier avec ce peuple algérien…" (qu'en est-il aujourd'hui ?)... Il y avait rencontré les moines assassinés à Tibérine en 1996. Et puisque l'histoire bégaie, il a appris la veille qu'un autre ami, le prêtre Pierre, vient d'être condamné à un mois d’emprisonnement pour avoir prêché dans un oued algérien, près de la frontière marocaine… En 1964, il s'engage pour dix ans à Casablanca, puis rejoint Oujda : "au début, l’église était pleine. D'abord des Français, puis des coopérants d’Europe de l’Est. Aujourd’hui, plus qu’une trentaine de Catholiques, principalement des étudiants subsahariens, viennent à la messe du samedi soir". Mais quand on aime…

Car avant d'être curé, Père Joseph fait oeuvre d'humaniste. Sous son nom d'auteur, Joseph Lépine, il a signé une douzaine de romans, contes, témoignages, essais et pièces de théâtre. Ainsi quitte-je son presbytère… deux livres sous le bras.

*

Contre le soir, j’ai rendez-vous avec Michael, un jeune Nigérien rencontré dans la rue. Il mendiait. Il parlait anglais. Il m'a dit qu'il a fui son pays il y a six mois, qu'il se préparait à tenter sa chance depuis Nador. Mais qu'il était "un peu pressé". Oui, ce soir, 18h, au Café El Jadida, sans faute.
 
C’était à prévoir, un lapin. Lapin contre bouquin, je sors Une marche en liberté de Joseph Lépine. Effluves de haschisch, jeux de carte et vieux film à la télévision, le décor de l'El Jadida se prête à la lecture. Je découvre le témoignage d'un émigré camerounais recueilli - dans tous les sens du terme - par le Père Joseph. Jean-Paul Dzokou-Newo avait quitté son pays pour gagner le Maroc, via le Nigeria, le Niger et l’Algérie. Comme Michael.
Passage de la frontière entre l'Algérie et le Maroc (extrait) : "La police fait son boulot, d’autres arnaqueurs aussi, munis de couteaux, des agresseurs sans scrupule capables de tous les coups. S’il y a résistance, ils vous jettent une lame tranchante au ventre. Le dépouillement est souvent total : une montre, un portable, un vêtement, que sais-je encore. Comme toujours, l’argent se monnaie…"
Arrivée aux portes de l'enclave espagnole de Melilla (extrait) : "C’est un durcissement notable de répression qui s’abat sur toute la communauté de l’Afrique subsaharienne en déroute. La sécurité marocaine : gendarmerie – police – l’armée elle-même pénètrent au camp de Gourougou et bastonnent, entraînant la population des environs jusqu’aux enfants eux-mêmes contre nous, alors qu’elle était jusque là bienveillante avec nous, prétextant le viol des femmes de notre part. Nous n’avions pas changé d’attitude. Ce furent des moments très douloureux. Nous n’avions pas la possibilité de nous nourrir. Enfermés sur nous-mêmes, nous n’étions plus les mêmes, sinon dans un état de bestialité, parqués, en quelque sorte, dans l’enceinte d’un périmètre imposé. Toute une population, dans la peur elle-même, armée se dressait contre nous, sans savoir pourquoi…"

* 

Père Joseph me poursuivra encore quelques kilomètres. Ouvrage plus intime, Terre de Labours s'est écrit à deux mains avec son frère Paul. S'y trouvent quelques mots d'un ami du Père Joseph, tirées d'une lettre qu’il lui avait adressée juste avant de mourir :
 
"J’aimerais revoir la ville d’Oujda, ses remparts, parcourir la médina, sentir à nouveau toutes ces odeurs particulières, m’attarder sur ces visages amis, prendre une dernière fois le temps de bavarder, d’aller un peu plus loin et de reparler encore… En un mot de prendre le temps d’être ensemble autour d’un verre de thé…"
___

PS 1 : Le Maroc, "pays de transit", est en voie de devenir "pays d'accueil". En 2007, le Maroc accordait le statut de réfugié à 786 personnes venant principalement de Côte d'Ivoire, du Congo et d'Irak. Contre seulement 62 en 2005.
PS 2 : Terre de Labours, Ed. du petit Véhicule, Nantes, 2002. Une marche en liberté, Maisonneuve et Larose, Paris, 2006.

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22 février 2008

JH, 29 ans, cherche Europe...

  Il prend place à côté de moi et installe sa mère devant lui. Une main sur son épaule, il m’explique qu’il l’emmène chez un médecin de Berkane, "un médecin formé à Paris", précise-t-il.  Première fois au Maroc ? Comment vous trouvez le Maroc ? Pourquoi voyagez-vous seul ?… Entrée en matière habituelle. Les confessions viendront ensuite. Petit à petit. Comme défilent les vastes plaines verdoyantes de l’Oriental marocain…

  Diplômé en sciences politiques à l’université d'Oujda (où je me rends), il habite Al-Hoceima (d’où je viens). Il est au chômage. Sa famille vit grâce à son père qui vit à Lille. Ce dernier est aussi au chômage, mais, à la différence de son fils, il le touche...

  "Rien n’est fait pour retenir les jeunes à Al-Hoceima. Il n’y a que les fonctionnaires, les militaires et les politiciens qui font carrière..." Il a cherché à étudier en France, mais les facs le refusent à cause de sa maîtrise approximative du français (il a étudié en arabe).

  En décembre dernier, il avait réuni les 5'000 dirhams (450 euros) nécessaires pour être l’un des 60 candidats à prendre place dans un zodiac de 9 mètres, quitter la côte, près de Nador, et tenter de rejoindre l’Espagne, via la côte de Malaga, moins sécurisée, selon lui, que celle d’Almeria. Avec lui, à boire, à manger et des habits de rechange. Après 18 heures de mer, en comptant une longue attente pour débarquer de nuit, la police espagnole les repérait : deux jours en prison en Espagne, puis retour à Nador où, à sa grande surprise, il fut quitte pour un simple serment.

  Il m’avoue ensuite avoir déjà tenté sa chance, il y a dix ans, mais "à l’ancienne", en forçant simplement le passage sur un ferry de Nador. Il en garde le souvenir d’une sévère correction... Plan de rechange, il avait voulu marier "en blanc" une cousine qui habite Perpignan, et ainsi obtenir les précieux papiers. Cette dernière avait accepté, mais sa tante s'y opposait…

  Berkane est en vue. Il m’avoue finalement aimer secrètement une fille qui étudiait en même temps que lui à Oujda (on peut parler fort, sa mère ne parle pas français). Il lui a dit et lui répète qu’il ne faut pas l’attendre. "Mais sûr que lorsque j' aurai ma situation en France, si ce n’est pas trop tard, je la marierai et la ferai venir avec moi !" 

  Fin février – cette fois, c’est son père qui lui a envoyé les 5'000 dirhams - il retentera sa chance sur un zodiac…

 

  "Yakoulna el out ouala doud". Etre bouffé par les poissons, plutôt que par les vers de terre. Ainsi réfléchit mon "brûleur de frontières". Chemise rayée assortie à des pantalons à plis, propre sur lui, joues bouffies, éduqué... il n’a pas le gueule de l’emploi. Il est comme vous et moi. Plein de malice et d’entrain, il m’a juste raconté son choix. Un choix intelligible. Son "évasion" est une sorte de plan de carrière, un investissement certes "à risque", mais qu’importe pour lui de mourir en tentant sa chance, au Maroc, il ne vit plus.

 

  Dans un mois, il fera peut-être partie de ces anonymes dont parlent de petits encadrés, en marge des quotidiens, mentionnant le nombre et la provenance de clandestins attrapés par la police espagnole…

  Peut-être le problème majeure du débat européen sur l’immigration est de ne pouvoir avoir à côté de soi un de ces fameux "brûleurs de frontières" pour lui demander simplement : "Pourquoi es-tu parti ?"

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PS : Une étude conduite par la Banque africaine de développement, publiée le 28 janvier dernier, chiffre, en 2005, à 1,5 milliard d'euros les fonds envoyés de France au Maroc. La totalité de ces transferts pèsent 9% du PIB du pays et 750 % de l'aide publique au développement dont il bénéficie.

20:41 Publié dans c Maroc | Lien permanent | Commentaires (1)

21 février 2008

Al-Hoceima : pêche, cinoche et Real

Il pleut à l’intérieur d’un bus qui se traîne vers la mer. La pluie goutte sur différents sièges selon si le bus monte ou descend, et puisqu’il n’est pas plein, les passagers jouent à la chaise musicale. Sans musique, sinon celle d’un moteur de 1988. Faisant de puissants gestes à mon voisin, j’ai le temps de regretter de ne pas avoir appris l’arabe. Non, je n’ai pas le temps. Le bus tombe en panne.

Suite du voyage en taxi collectif – trois devant, quatre derrière – lecture coranique plein tube et, du Rif à la Mer, paysages absolument magnifiques (pas de photos, mais ma parole). A quelques kilomètres d’Al-Hoceima, une dizaine de policiers s’affairent autour d’un radar portatif. Journée Nationale de la Sécurité Routière. Argument plus percutant : un camion en mauvaise posture paralyse la route.

AL-HOCEIMA Après les "ports à containers", quel plaisir de flâner dans un vrai port de pêche. Des caisses à poisson de taille plus humaine, un chantier naval bordélique, des marins qui achètent des clopes au détail en râlant à cause de la météo ou du prix de la sardine... Les embarcations regagnent le port au premier "Allah akbar", pour l’Al-Fajr. Commence alors la vente aux enchères "à la criée" dans la halle aux poissons. Le stock, plus maigre que de coutume, engage des bousculades plus agressives que de coutume. En milieu de matinée, il ne reste sur les docks qu’une dizaine de vendeurs isolés. Ils monnaient ce qu’ils ont chapardé pendant la vente en gros... Contre le soir, rebelote, une montagne de caisses vides et une vingtaine d'hommes sur le pont, de la  glace dans la soute et le soleil qui se couche…

*

Ces marins étaient en grève jusqu’à hier.

Un accord vient d’être signé avec le ministère de la Pêche visant à alléger la hausse du prix du gazoil, aujourd’hui à 7,8 dirhams le litre (CHF 1.-).

Le ministère leur a promis un plafond à 5 dirhams...

Suite au tremblement de terre du 24 février 2003 - 570 morts dans la région - certains villages manifestent encore aujourd'hui à Rabat, parce qu'ils n'ont pas été dédommagés par le gouvernement. Comme promis...

*

Et maintenant ? Que font ceux qui restent à quai ? Au Gran Cinema, le seul de la ville, le film indien sous-titré français-arabe ne séduit qu'une dizaine de personnes... Le patron accuse la vente de DVD (15 dirhams, contre 8 pour une séance) et craint de bientôt suivre le sort du second cinéma de la ville : une ruine. Faudrait-il changer la programmation ? Il n'a pas le choix. Les films occidentaux sont trop chers.

Les jeunes, ils restent chez eux ou font "la promenade du parc". Cet été, en cet endroit, s’inaugurera la nouvelle Place Mohammed VI. Les palissades du chantier parlent d'une future "Place des parfums du nord"...

Certains jeunes préfèrent se retrouver en masse au bar Nejma. La consommation n'y est pas obligatoire et un écran géant - un drapeau marocain sur le poste et un portrait du roi sur le mur - ne propose pas ce soir, comme d'habitude, des films indiens, mais le match Madrid-Rome. Le bar, plein à craquer, a dû ajouter un petit téléviseur sur la terrasse. Des cris. A nombre égal pour chacune des deux équipes. Des cris et des enfants qui vendent des amandes, des cacahouètes et des cigarettes de contrebande... 

Non, pas une femme.

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19 février 2008

Aux sources du trafic de haschisch

KETAMA Conifères noueux, pâturages escarpés et sommets enneigés. Ce pourrait être les préalpes si ne se dessinait soudain dans les vallées brumeuses du Rif une petite ville boueuse qui ne donne pas envie, à première vue, de s’attarder. Ketama. Pourtant, si, en suivant la direction de Fès, on prend la première route à gauche, puis marche encore cinq ou six kilomètres sur une piste défoncée qui devient peu à peu chemin boueux…

AZILA Il faut imaginer ces terrasses en été. Des plantes de cannabis de trois mètres. L’odeur. Au pied du Mont Tidighin (2456 m), les quelques centaines d’habitants du village d’Azila entretiennent une tradition vieille de quatre siècles. Cependant, depuis une trentaine d’années, le village fonctionne en "monoculture". Le moindre replat est exploité pour le "kif" et je m’étonne de compter dans ce petit bled berbère quatre imposantes mosquées : quelque chose à se faire pardonner ?

A Azila, interdit de se plaindre de la pluie. "La pluie, c’est la survie", d’autant que dans deux semaines, le village commencera à planter. "Avec des chevaux, c’est mieux qu'avec un tracteur, car ça ne casse pas les graines", m’explique Abdoul (prénom fictif), frère aîné d’une famille de 23 enfants (son père a eu quatre femmes...) et chef de l’entreprise familiale : "C'est parce qu'Azila donne le meilleur kif du Rif que Mohammed V nous avait déjà donné l’autorisation d'en cultiver il y a 40 ans"... A l’indépendance du Maroc, en 1956, le kif fut prohibé dans tout le pays. 

*

Dans l’ouest du Rif, l'Etat cherche toujours aujourd'hui à remplacer le kif par des cultures d’olives, d’amandes... ou par le tourisme.
Sur la côte, les cultures ont été brûlées au lance-flamme en 2005 (les responsables des attentats de Madrid viendraient de Larache)…

L'an dernier, le Maroc fournissait toujours les 80% des 3’000 tonnes de haschisch fumées en Europe.

*

Après un petit tour du "domaine", Abdoul m’invite chez lui. Une maison neuve et spacieuse déposée dans la boue. Dans la salle commune, une télévision et un lecteur DVD. Il glisse un CD d’Alpha Blondy, sort de son djellaba deux téléphones portables et en roule un bien chargé. Une femme vient bourrer le fourneau. C’est sa mère. Une autre apporte du thé. C’est la femme de son frère. Abdoul veut me faire écouter un DVD de musique berbère "coupée" au rap français. Pour finir, il accepte de le mettre sur pause. On parle de son travail...

(cette photo estivale n’est évidemment pas de moi. De toute façon, depuis qu’un étranger a mis en ligne une vidéo montrant des femmes du village, il est interdit de prendre ici quelque image que ce soit. On se méfie de ceux qui viennent "par pure curiosité". La première photo de l'article est passée "entre les gouttes")

L’hospitalité berbère n’est plus à prouver. Le présent est agréable avec Abdoul. Cependant, il est clair que l'invitation n’est pas 100% gratuite. "Si tu veux, on peut t’envoyer la marchandise par la poste. Depuis Fès, pas de problèmes..." Si le gramme coûte 15 dirhams (2 francs suisses), il tombe à 5 dirhams à l’achat d’un kilo, ou à 8 dirhams pour la meilleure, celle que les Espagnols appelaient "Oro Negro" et que l’on retrouvera en Europe sous les appellations "Sputnik", "Zero Zero" ou "King Hassan". 

TRAFIC Abdoul vient juste d’en envoyer à un Italien qui avait passé quelques nuits à Azila (ce dernier a laissé une "fresque" sur le mur d’une maison et le souvenir d’une mémorable "Pizza Party" pour une trentaine de villageois...). Aux dires d'Abdoul, les Espagnols préfèrent la "méthode caramel" qui consiste à avaler une pilule anti-faim, puis des boulettes de 5 grammes emballées dans du cellophane (il est conseillé de boire beaucoup d’eau et de marcher un peu, toutes les vingt boulettes, pour faire descendre). On pourrait sans problème en avaler ainsi 500 grammes.

De la peine à mettre en doute les paroles d’Abdoul. Il parle arabe, quatre dialectes berbères, italien, espagnol, français, anglais et cherche à perfectionner son allemand, parce qu’il se prépararait à marier une Allemande... Pas de doute, il est connecté. Et ses anecdotes de "touristes en espadrilles", comme il dit, ne doivent pas cacher l'essentiel du commerce.

Des camions équipés de "caches" se rendent directement chez lui pour transporter la marchandise vers les côtes (on peut y placer un morceau de viande d’un chien mort pour que les chiens des douaniers rebroussent chemin...). Ensuite, c’est aux "barons" de Tanger, Tétouan, Nador ou Casablanca de l’acheminer en Europe par container, sur des navires de commerce, avec la complicité de services d’import-export officiels (il est paraît-il des passeurs qui ne demandent en contrepartie qu'un passage assuré et définitif en Espagne)…

PAUVRES CULTIVATEURS Mais revenons à Azila... La grande maison d’Abdoul  deviendra cet été le premier Hôtel d’Azila, lorsqu’il aura ajouté un troisième étage. Car le deuxième est déjà occupé par son atelier. Hélas, il ne le montre qu’aux acheteurs.

Quoi qu'il en soit, Azila ne voit rien des fortunes amassées par les traficants. Si la maison d'Abdoul est confortable, l’électricité est souvent coupée dans la soirée et se fait attendre en vain le matin. La piste qui mène au village est défoncée. La survie des cultivateurs dépend toujours de la qualité des récoltes. Et non, pas de Mercedes garées devant les fermes. Abdoul me dit que Hassan II a sacrifié la région ("ils ont le kif, ils n’ont rien besoin d'autre"). Lui réclame sérieusement à l'état des subventions...

En les attendant, les yeux absorbés par un DVD (Jackie Chan se bat dans les rues de Las Vegas), les mains occupées à en rouler un (un dernier), Abdoul parle de moins en moins... Hein ? Ah. Je peux dormir là.

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18 février 2008

RIF : Le prix du Paradis

CHEFCHAOUEN Aux portes du Rif, dans cette petite ville montagnarde réputée pour son bon air et sa médina, certains achètent le paradis au Bar Oumourabie. Il coûte 15 dirhams (un euro), s'appelle Flag Beer et se transporte sous le djellaba jusqu'à une terrasse, où, près d'une bouteille de jus de pomme gazeux Pom's, il passe inaperçu (si le "Service de Sûreté" surprend le manège, il demande 600 dirhams)...

D'autres - la grande majorité - préfèrent au "Monsieur Nerveux" (alcool), la "Dame Tranquille", comme on l'appelle ici : "Si Allah fait croître le cannabis, il faut y faire honneur", me dit-on...

Certains, enfin, passent à la vitesse supérieure :

Un Espagnol vient d'offrir 380'000 dirhams (35'000 euros) pour cette petite ruine isolée (photo)... Une centaine d'étrangers vivent ainsi à Chefchaouen à plein temps et plus nombreux encore sont ceux qui y ont acheté une "résidence secondaire". Résultat : en 10 ans, les prix de l'immobilier ont sextuplé, suivant l'exemple des grandes sœurs, Marrakech et Essaouira.

Si certains indigènes crient à une "nouvelle invasion coloniale" et réclament une loi de réglementation (une sorte de Lex Koller...), d'autres se font plus accueillants : "les Marocains ne veulent plus vivre dans la médina et n'ont les moyens ni de restaurer les bâtiments, ni d'acheter du mobilier ancien. La ville a besoin des étrangers..." La preuve par l'exemple. A droite, la maison d'Emilio, un Espagnol installé ici depuis deux ans. A gauche... une bonne affaire (photo) :

Qu'en pense Emilio ? Impossible de le rencontrer. Comme tous les Espagnols installés ici, il ne reviendra qu'au printemps. Ne se rencontrent que les membres des organisations espagnoles d'entraide sociale (IPADE et MZC) et d'écologie (Talass matane) qui me disent que c'est un très bon investissement. Depuis l'Espagne, on loue sa "maison authentique, rénovée, tout confort, au coeur de la médina" pour 800 euros mensuels. En deux ans, l'achat est rentabilisé.

Et si moi aussi je m'offrais le Paradis ? L'agence immobilière Bakali est fermée : "le patron est allé faire des courses à Tétouan", me dit-on. L'autre agence, Appium, propose au catalogue des dizaines de maisons, de 20'000 à 200'000 euros : "l'essor immobilier a commencé avec les Espagnols de Ceuta. Puis sont venus les Espagnols de la péninsule et les autres étrangers...

 *

En 1920, les Espagnols s'emparent de Chefchaouen.
Ils la rendent après l'indépendance du Maroc, en 1956.

550'000 touristes espagnols ont visité le Maroc en 2007. 

*

Mais au Maroc, mieux vaut court-circuiter le système, limiter les intermédiaires, d'autant plus que chacun connaît une personne qui connaît une personne qui... vend une maison. Ainsi me retrouve-je dans la maison familiale de Yassin (photo), dans la médina, deux étages, cinq pièces, électricité, eau courante, puit de lumière, terrasse avec vigne, le tout pour 800'000 dirhams (75'000 euros), libre de suite. Un Allemand lui offert la somme, mais ne répond plus depuis quelques mois. Un Anglais offre 600'000. "Si tu veux, la semaine prochaine, la maison est à toi !"

En discutant un peu, on découvre qu'à Chefchaouen, le propriétaire de la maison d'hôte Par Ras El est zurichois (www.chefchaouen.ch). Et que l'Hôtel Goa (pas sympa, le "g" est imprononçable pour les arabophones…) est tenu par une Lausannoise.

Sous des tentures de Ganesh et de Bouddha, Valérie Mandrin (photo), 46 ans (lectrice quotidienne du 24 Heures online...), raconte comment elle a acheté en 2001 une maison qu'elle a transformée ensuite en hôtel. "J'ai eu le coup de foudre pour cette région qui ressemble à la Suisse... et enfin un endroit au Maroc où une femme pouvait boire seule un café sur une terrasse !"

Des anecdotes, elle en a à la pelle. "Au début, peu coutumiers des animaux de compagnie, les Marocains jetaient des pierres sur ma chienne Safi..." Sa femme de ménage (payée 150 euros par mois, pour 4 heures par jour, 6 jours par semaine) ôte le manche du balai pour laver "à la marocaine", courbée en quatre (mais aujourd'hui, elle n'est pas venue...). Les ouvriers marocains, "d'une lenteur inimaginable", lui ont détruit tous ses outils pour faire un "boulot de glandu" (il pleut à l'intérieur)... L'associé marocain avec qui elle a acheté la maison lui cause bien des problèmes...

En résumé, "pour vivre ici, il faut être très forte de caractère", avoue Valérie Mandrin. Depuis peu, son mari a décidé de vivre à nouveau en Suisse et ne revenir à Chefchaouen que pour les vacances...

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15 février 2008

Passer de "l’Île verte" à la "Cloison" : Brûler le détroit

Trois jours que ça dure. La tempête. Les ferries en partance pour l'enclave espagnole de Ceuta s'ennuient dans le port d’Algeciras, à la pointe sud de la péninsule.

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D'Algeciras (de l’arabe "Al-Yazirat-al-Jadra",qui signifie "île verte")...

 

... à Ceuta (du latin "septum", qui signifie "cloison").

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ALGECIRAS Sur les quais, Adnane patiente près de son convoi (photo). Il y a sept ans, il passait quelques jours en France, muni d'un visa touristique. Puis trois mois à Majorque, chez un cousin qui lui avait trouvé un travail dans la restauration. Aujourd'hui, à 39 ans, il possède la double nationalité espagnole-marocaine. Il est maçon à Valence. Cinq fois par an, il rejoint sa famille, à Oujda. Il est le seul à être parti : "mon frère est allé en Allemagne, mais n'a pas aimé. Il est rentré..." Adnane en profite pour ramener au bled des bicyclettes, des vêtements, une climatisation et un chauffage. Ses deux enfants vivent au Maroc : "ils apprennent l’arabe et le français. Ils viendront en Espagne ensuite, pour les études supérieures, puis reviendront au pays, car ils préfèrent le Maroc. Ils ne viennent à Valence que pour les vacances..." Après une longue conversation (on a tout le temps...), Adnane se confie : "Venir en Europe, avec du recul, ce n’était pas la bonne solution. Le prix de la vie, le loyer, le racisme... Je regrette mon choix et prépare mon retour au pays. Non, ça ne sert à rien de le dire aux jeunes Marocains. Ils veulent voir..."

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En milieu de journée, le vent se calme un peu et un ferry peut quitter le port. Des vagues de quatre mètres cassent toutefois l'ambiance à bord. Les sacs vomitifs circulent. A l’intérieur, pêle-mêle, on sieste, on fait connaissance, on est coude à coude. Abdoul Salam (photo) est un immigré marocain qui travaille au Carrefour de Madrid. Il m’invite chez lui, à Ketama, dans le Rif. Une adresse sur un bloc-note. Merci Abdoul. Deux businessmen espagnols se rendent à leur agence. Ils préfèrent faire les trajets chaque semaine et ne pas vivre à Ceuta, "en Afrique", comme ils disent. Ils détestent Ceuta, mais le poste est bien rémunéré. Ils assurent que les deux pays s’entendent très bien. La preuve, Juan Carlos s’y est rendu (pour la première fois) en novembre dernier.

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CEUTA Sur la Plaza de Africa, personne, sinon deux touristes qui lisent le Routard et un vendeur de haschisch qui jure qu’il n’y a pas de problème pour l’amener au Maroc. C’est le retour qui est "un peu difficile"...

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Le 28 décembre dernier, le cadavre d’un jeune homme tentant de rejoindre un bateau pour l’Espagne a été retrouvé dans le port de Ceuta.

 

Selon la revue Fortress Europe, 35 migrants ont été abattus par la police des frontières dans les enclaves espagnoles ces vingt dernières années.

 

Le centre de séjour temporaire d’immigrants de Ceuta est plein à craquer.

 

La "République de Bel Younes", une communauté d’Afrique noire installée dans des baraquements de fortune à quelques kilomètres de Ceuta a été "nettoyée" il y a deux ans par les Espagnols

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Contre le soir, la ligne d'autobus n° 7, celle qui mène à la frontière marocaine, ne transporte presque que des femmes. Très bien habillées, maquillées, foulard assorti, elles viennent toutes de Tetouan. "Ce sont des frontalières qui viennent gagner à Ceuta un millier d’euros mensuels. Une fortune ! Elles font des tâches domestiques. Seule la province de Tetouan a l'autorisation d'entrer librement à Ceuta. Les autres Marocains ont besoin d'un visa..." C’est un homme de 73 ans qui me raconte cela. Lui vient à Ceuta une fois par semaine, tout seul, "pour avoir la paix un moment". Il vivait en Espagne dans les années 70, "quand les Espagnols quittaient leur pays", s’amuse-t-il à relever…

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Juste avant la frontière, des femmes revêtent un dizaine de couches d'habits pour les ramener au Maroc. D'autres emballent leurs produits achetés dans les grandes surfaces Lidle ou SuperSol, dans l'enclave duty free de Ceuta. Produits de lessive, couches-culottes, Nutella, Petit Beurre, Vache qui rit, cigarettes, whiskey et Nescafé ont leur préférence.

Si on se hasarde le long de la frontière, on rencontre aussi des jeunes qui fouillent dans un tas d'ordures pour collecter des fils de cuivre qu'ils revendront 4 euros le kilo. Ensuite, sur des kilomètres, rien d'autre qu'un mur de six mètres de haut (photo). Derrière, des barbelés, des caméras thermiques, des détecteurs infrarouges et la police frontalière.

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"Ceux qui tentent de partir savent que l’Europe les rejettera, qu’ils y retrouveront les vexations et l’offense qu’ils fuient dans leur pays. Mais rien ne les empêche de brûler le détroit pour faire enfin quelque chose de leur vie..."

Tahar Ben Jelloum, Partir, 2006

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